10 millions de francs CFA. C’est un peu plus de 15 000 euros, un gouffre pour sept enseignantes à Dakar. C’est l’histoire de salaires jamais versés, d’une condamnation en justice ignorée, et d’un pavillon français qui ferme les yeux.
Pour comprendre, il faut rencontrer Charlotte. Son prénom a été modifié. Quinze ans de carrière dans l’Éducation nationale et un désir de changement. En 2022, elle s’envole pour le Sénégal pour enseigner à l’école des Almadies. L’établissement affiche un précieux sésame : l’homologation de l’AEFE, l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger. Une garantie de sérieux, du moins en apparence.
Car derrière la vitrine, la réalité déraille. Charlotte travaille, mais l’argent ne vient pas. Aujourd’hui, elle réclame deux mois de salaire impayés. Et elle n’est pas seule : six autres collègues attendent exactement la même chose.
Face à ce mur, les enseignantes saisissent la justice sénégalaise. En février 2024, le verdict tombe : l’école est condamnée. L’établissement demande un échelonnement des paiements, la justice refuse. Pourtant, des mois plus tard, rien n’a bougé. Charlotte et ses collègues ne voient pas la couleur de leur argent. Malgré une ardoise de 10 millions de CFA et une condamnation judiciaire, l’école reste ouverte. Pire, elle continue de recruter.
Alors, une question se pose : comment une école condamnée peut-elle garder son homologation française sans que l’État n’intervienne ?
L’homologation, c’est le label d’excellence du ministère de l’Éducation nationale. Un réseau géant : 615 établissements dans le monde, 400 000 élèves. Mais voilà : retirer ce label est une procédure administrative lourde, politique, qui prend souvent plus d’un an.
Retirer l’homologation au milieu de l’année, c’est risquer de fermer les classes de centaines d’élèves, souvent enfants de diplomates ou de la bourgeoisie locale. Alors, pour préserver la vitrine diplomatique, on temporise. Quitte à laisser des enseignantes sur le carreau.
