Encore un paradoxe français. Aujourd’hui, on parle du football et des entraîneurs qui bossent à l’international. 10 Minutes d’inspiration pour votre vie aux quatre coins du globe. Bienvenue sur Français dans le Monde, le média de la mobilité internationale. Je suis Gauthier Seyss et aujourd’hui, on décolle avec Hugo Sanudo.
10 Minutes, le podcast des Français dans le Monde.
Hugo est à Bordeaux, d’origine de l’Argentine. Et évidemment, quand on parle football, Argentine en 2026, on est bien d’accord, Hugo, on va passer rapidement sur ce sujet pour n’énerver aucun Français fan de foot. Ouais, parfait. Je trouve que c’est une bonne idée de ta part. On oublie.
On va parler de ce réseau international de football. Alors juste pour planter le décor, le football, et on l’a dit sur l’antenne de la radio des Français dans le Monde, est un moyen d’intégration. Le sport et l’expatriation, ça fonctionne bien ensemble. Oui, c’est sûr. C’est très, très, très, très lié.
Et c’est clair que c’est un combat qu’on mène depuis des années pour essayer de montrer l’importance qu’a le football dans ces relations entre la France et l’international. Alors, sur ton parcours, tu es né en France, deux parents argentins. Tu as vécu et grandi à Paris où tu as fait tes études. Évidemment, un échange universitaire va se faire avec l’Argentine. Tu te souviens de la première fois que tu foules le sol de l’Argentine, ça t’a fait quelque chose?
Non, la première fois, bien sûr, je ne me rappelle pas, je devais être tout petit. Mais oui, en tout cas, une relation très forte avec l’Argentine, une relation avec toute ma famille là-bas. Donc ouais, comme on dit, je me sens vraiment des deux pays, ça c’est sûr. Et puis on va rajouter un troisième pays, c’est l’Inde, où tu vas finir tes études et notamment commencer à travailler autour du monde du football. Qu’est-ce qui s’est passé entre toi et l’Inde?
Oui, c’est assez inexplicable. J’y suis allé pour finir mes études, une cinquième année là-bas, un échange universitaire à Chandigarh, dans le nord de l’Inde, dans le Penjab, et je me suis senti très bien tout de suite. Mais comme je dis, quand on est étudiant, on vit dans les campus universitaires, c’est le meilleur moyen pour comprendre une société, pour s’adapter, pour surtout ne pas se poser mille questions et juste profiter de la vie dans ces pays-là. Donc oui, une relation très forte depuis ce moment-là avec l’Inde. Hugo, on me dit souvent que le français ne comprend pas du tout la vie, la culture indienne, qu’on ne voit pas ce pays se moderniser.
Comment tu le regardes aujourd’hui, toi? Je suis rentré dedans sans me poser mille questions, on y reviendra un peu comme les entraîneurs s’expatrient. Du coup, j’ai pris tout ce que j’avais à prendre, j’ai découvert plein de choses. C’est un pays qui me passionne, que je trouve super… Super intéressant, j’ai plein d’amis là-bas.
Moi, je vois que c’est un pays qui avance quand même très compliqué par sa taille, mais il se passe plein de choses. Moi, je suis positif et optimiste pour ce pays-là. C’est là-bas que tu vas te mettre de l’autre côté du micro. Aujourd’hui, tu es mon invité, mais habituellement, avec le podcast en dehors de ma surface, tu as mis en avant des entraîneurs. Tu as vite compris qu’il y avait un sujet entre le football, les entraîneurs et l’international.
Oui, c’est ça en fait. Grâce à ces voyages en Inde, j’ai rencontré beaucoup d’entraîneurs de foot et je me suis dit qu’en fait, c’était des gens qui me passionnaient, qui avaient plein de choses à dire et on ne leur tendait pas souvent le micro. Donc, en plein Covid, je me suis dit, allons-y, faisons découvrir ce parcours de vie au maximum de personnes et je l’ai fait comme un passionné. C’est le seul objectif de mettre en avant ces entraîneurs-là qui représentent le foot français international et qui ont une relation particulière dans les pays où il travaille en fait. Et c’est ça qui me passionne et que j’essaie de faire découvrir aux autres.
Et ça t’a amené à monter le réseau international du football français qui existe depuis trois ans. Tu as été accompagné par la FFF les deux premières années. Aujourd’hui, on va mettre quelques chiffres. Il y a environ 300 entraîneurs français qui vivent à l’étranger, des anciens joueurs, des formateurs, un public plutôt divers et varié qui partent pour des entraînements de gamins jusqu’à des équipes nationales. Oui, c’est ça.
Il y en a beaucoup. Moi, c’est les personnes que j’ai recensées en faisant grandir le réseau, parce que c’est le réseau du réseau qui grandit comme ça. Mais oui, je pense qu’il doit y avoir un peu plus de 300 actuellement à l’étranger. Mais qui ont des projets là-bas ou qui ont été là-bas, on est beaucoup. Nous, aujourd’hui, on a un réseau de plus de 500 personnes, mais je suis sûr qu’on pourrait en avoir beaucoup plus.
Et oui, comme tu dis, ils travaillent dans tous les domaines, dans la formation, dans le foot pro, dans les fédérations. Et c’est vrai que les Français dans le football sont très recherchés parce qu’il y a une vraie expertise dans le développement du joueur et de la joueuse. Alors évidemment, on va arriver dans le paradoxe que je signalais en intro. C’est une richesse, c’est une puissance. Pour autant, est-ce qu’on s’en occupe bien?
Pas sûr. Vous venez de faire un article avec notre partenaire, le Think Tank, la France et le monde en commun, qui met d’ailleurs justement un peu en avant ce paradoxe. C’est ça. En fait, c’est des discussions qu’on a depuis des années, notamment avec Florence Bayon, la présidente, qui a un fils qui joue en Équateur, qui est professionnel là-bas. Et c’est vrai que tous ces Français expatriés ne sont pas très…
Reconnus dans le monde de la diplomatie française. Ici en France, on ne les reconnaît pas trop sur tout ce qu’ils peuvent apporter. Et en fait, mon seul combat, c’est de mettre en avant ces personnes-là qui représentent la France à l’étranger. Qui représentent cette excellence dans la formation, et qui ne sont pas des expatriés comme les autres, ils partent tout seuls, ils ont des problématiques autres par rapport aux expatriés un peu plus classiques, et ils ouvrent beaucoup de portes, ils sont en contact avec des dirigeants, des présidents de clubs, des gens dans les ministères, et par contre nous, la France, on ne les met pas trop en avant, on n’utilise pas trop cette ressource-là. C’est vrai qu’on parle dans le football, on parle beaucoup de soft power.
La France ne l’utilise pas beaucoup en fait. Justement, d’où cette expatriation contrariée dans le titre de cet article? Qu’est-ce qui est contrarié dans leur aventure? Je vais prendre un petit exemple. C’est vrai que l’accès au diplôme aujourd’hui dans le monde du football chez les entraîneurs est très important.
Parce qu’on a besoin de diplômes pour pouvoir prétendre travailler dans certains postes. Et aujourd’hui, la seule manière d’obtenir ces diplômes pour les Français, c’est via la Fédération Française de Foot, via la France. Et on voit qu’en fait, ils ne sont pas très reconnus, leur parcours étranger n’est pas vraiment reconnu, on ne va pas rentrer dans les détails. Mais ils ont du mal à obtenir des diplômes qui leur permettent de trouver du travail, notamment à l’étranger. Et donc, on a même des entraîneurs qui doivent rentrer en France, même avec des propositions de travail, parce qu’ils n’ont pas le diplôme requis.
Et ça, c’est des problématiques très françaises qu’on n’a pas forcément dans les autres pays européens. Et donc, c’est un peu comme on voit, on se met un peu des bâtons dans les roues et on ne profite pas de ces entraîneurs. Qui nous représentent à l’étranger et qui nous représentent très bien. Alors aujourd’hui, un podcast existe pour justement éclairer ces parcours qui sont très variés, très pluriels. Oui, c’est ça.
Encore une fois, on a plus de 500 personnes dans plus de 50 pays qui sont dans des pays où justement, il n’y a pas vraiment de relations aujourd’hui. On a des personnes en Centrafrique, en RDC, aux États-Unis, en Asie, dans tous les pays du monde. Et l’objectif de ce podcast du réseau, c’est de mettre en avant ces profils-là, donc on discute pour essayer de bien comprendre la personnalité de l’entraîneur. Et mon objectif derrière, c’est bien sûr de développer leur employabilité, c’est-à-dire essayer de les aider à créer un matériel pour essayer de se vendre et de mieux se vendre. Parce qu’on a tendance à dire que l’entraîneur français, il a un vrai savoir-faire, mais pas très bon en faire savoir, il ne se fait pas très bien en communication.
Et justement, avec la radio des français dans le monde, on va creuser ce sujet. Tu vas m’envoyer des entraîneurs et c’est là qu’on verra qu’il y a une grande diversité dans les profils. On part pour quelques mois, quelques années. On part et on ne revient pas. Enfin, tout existe finalement, comme dans tous les sujets.
C’est ça qui est vraiment intéressant et qui me passionne, ces entraîneurs-là. Il y en a qui travaillent dans les académies, qui vivent pour la formation des gamins des pays où ils travaillent. Il y en a dans le foot professionnel, des sélectionneurs nationaux. Donc oui, on a tous types d’entraîneurs et c’est ce qui fait la richesse de ce réseau-là. C’est cet échange-là entre toutes ces personnalités.
Et est-ce qu’avec le temps, ça s’améliore? Est-ce que notamment ce réseau international du football fait avancer la cause? Oui, j’espère. J’espère. Je sens qu’en tout cas, on a répondu à un besoin de ces expatriés qui se sentaient et qui se sentent un peu seuls quand ils partent.
Parce que voilà, comme on le disait, il n’y a pas vraiment d’appui institutionnel. Ils n’ont même pas forcément de relation avec les consulats, les ambassades des pays où ils partent. Et donc voilà, on a créé un sentiment d’appartenance, on essaie de créer un réseau fort entre eux, créer du lien, faire beaucoup de mise en relation. Et là, maintenant, on va arriver dans une deuxième version de ce réseau, dans l’objectif d’accompagner, d’avoir un accompagnement plus personnel pour chaque entraîneur, pour l’aider à développer son potentiel et développer l’emploi des Français à l’étranger. Donc ouais, j’espère qu’on répond un peu à cette problématique et on corrige un peu ces problèmes-là.
Finalement, dans le sport, comme dans tous les sujets, on connaît mal ces entraîneurs expats. Oui, on connaît très mal. Et souvent, en plus, en ce moment, on a un peu la tendance à dire le football, c’est voilà, on voit que la Coupe du Monde, on voit que les problématiques un peu plus globaux du football. Mais ces Français-là, en fait, ils n’ont rien à voir avec ce football-là. Ces Français-là, ils vivent pour la formation, ils vivent pour l’éducation des enfants du monde ou des joueurs.
Ils travaillent avec des gamins qui rêvent que d’une chose, c’est sortir de la misère de là où ils sont. Donc, en fait, il y a quand même des gens avec beaucoup de valeur et qui essayent de transmettre ça dans les pays où ils travaillent. Donc, c’est clair qu’on ne parle pas beaucoup de ce football-là, malheureusement. Et c’est notre combat de montrer qu’en fait, si la Coupe du Monde existe, c’est parce qu’avant, il y a tout le travail qui est fait, notamment par nos entraîneurs français à l’étranger. Eh bien Hugo, on va s’amuser à les éclairer et à en parler sur cette antenne.
Merci. On peut entrer en contact directement avec toi, il y a le lien LinkedIn pour pouvoir échanger et donc à suivre plusieurs interviews pour éclairer ce métier d’entraîneur français à l’international. Merci, bravo pour le travail et puis au plaisir de te retrouver. Merci beaucoup Gréthier, merci pour aussi cette mise en lumière de ce projet-là.
Français dans le monde, le média de la mobilité internationale. Radio et podcast sur fdlm.fr.