Bienvenue dans 10 minutes, le podcast des français dans le monde pour aider tous ceux qui se préparent ou qui vivent de près ou de loin la mobilité internationale. Je suis Gauthier Seyss et j’ai le plaisir de passer 10 minutes avec monsieur le sénateur Yann Chantrel. Nous partons ensemble au Sénat à Paris. 10 Minutes.
Merci d’être avec nous à l’écoute de la radio des français dans le monde. Vous êtes plus de cent mille à nous écouter aux quatre coins du monde. Mais là, on va simplement s’arrêter dans la capitale et aller dans le très beau Sénat français pour y retrouver Yann Chantrel. Bonjour. Bienvenue, monsieur le sénateur.
Bonjour, merci de me recevoir. C’est notre premier échange en cinq ans de radio. C’est la première fois qu’on échange tous les deux. Eh bien, ravi en tout cas de pouvoir commencer ce premier échange. Et tu m’as autorisé à ce qu’on puisse se tutoyer comme avec les autres députés ou sénateurs qui sont déjà venus à notre micro.
Petit mot, retour sur ton cursus. Tu es né à Épinay-sur-Seine, d’une famille modeste attachée à l’école publique, puis des études à l’université, master en communication politique. Avant de créer ta première société à 25 ans dans les services à la personne. Et puis tout va décoller en 2011. Tu m’arrêtes si j’ai dit des bêtises.
Non, c’est juste. C’est très juste. 2011, Direction le Canada. L’international était important avant ou est-ce que ça a pris une autre dimension quand on s’est mis à vivre à l’étranger? Oui, ça a pris clairement une autre dimension à partir du moment où j’ai vécu à l’étranger.
On fait face à l’altérité, ça nous décentre complètement et ça nous fait changer complètement de paradigme. Ça fait changer de regard un peu aussi sur la beauté de la France, sur la qualité de la France. Exactement. Ça nous permet en fait de prendre du recul, comme par rapport à toute situation, mais là par rapport à notre pays, par rapport à notre propre culture. Ça permet aussi de mieux connaître notre propre culture puisqu’on en est confronté à une autre.
Ce qui fait ses spécificités et ça nous permet de voir ce qui est bon dans notre pays, qu’il faut préserver et ce qu’il faut changer également, bien évidemment. Donc ça, ça donne cette force politique, je dirais. Est-ce que c’est pas finalement paradoxal que ce sont les Français d’étrangers qui parlent le mieux de la France, de sa gastronomie, de son système social, de son système de santé, alors que les Français de France, eux, parlent mal des Français expatriés en disant qu’ils sont tous des évadés fiscaux? Tout le monde a faux! Oui, tout à fait.
Je pense qu’il y a un juste milieu entre les deux. Puis, il y a des fois des caricatures dans un sens ou dans l’autre. Mais clairement, oui, c’est en étant hors de France qu’on s’aperçoit aussi de la qualité, par exemple, de notre savoir de vivre par rapport à la culture, par rapport à l’alimentation, nos spécificités. Et donc, ça ne fait que les renforcer. On souhaite souvent même, d’ailleurs, les recréer là où on vit, des espaces où ça permet de continuer à les vivre.
On peut d’ailleurs saluer toutes ces assauts qui s’animent aux quatre coins du monde et qui font briller notre pays. Est-ce que toi, tu utilises le terme de diaspora? Oui, tout à fait. Moi, je ne suis pas un expatrié. Et d’ailleurs, de moins en moins, nos compatriotes sont des expatriés puisque les expatriés, on était envoyés en fait par son entreprise.
Désormais, nos compatriotes partent d’eux-mêmes. Ils ne partent pas envoyés par une entreprise, ils immigrent. Donc moi j’étais même un immigré et un immigré dans le pays dans lequel j’ai atterri et j’ai dû suivre tout le processus d’intégration que peut subir et suivre un immigrant. En 2014, tu vas te retrouver conseiller consulaire au Canada. On va en parler parce qu’actuellement, sur l’antenne de la radio, on agite les prochaines élections qui auront lieu dans quelques mois.
On explique pourquoi on vote, on explique pour qui on vote, comment on va pouvoir le faire par Internet, aux urnes, par procuration. C’est important pour nous, cette mission citoyenne. Toi, ça a été un grand changement dans ta vie de devenir conseiller consulaire? Oui, j’ai toujours eu à cœur de toute façon d’être utile aux autres et c’est vraiment, alors conseiller des Français de l’étranger, il faut savoir que c’est en plus un mandat bénévole, c’est vraiment donner son temps aux autres pour les aider et effectivement, moi j’étais en plus dans un endroit où il y a beaucoup de Français qui est Montréal, près de 100 000 Français. Donc j’étais très présent pour pouvoir les aider, les outiller, les accompagner, même dans leur processus d’intégration d’ailleurs, là-bas au Canada.
Et ça a été une expérience vraiment très très enrichissante effectivement au service de l’intérêt général et des autres. Ça m’a beaucoup appris sur les problématiques qui n’étaient pas que dans mon pays, parce que j’étais en lien bien évidemment avec d’autres élus, c’est l’effet diaspora dans le monde. Pour voir aussi des fois des choses similaires entre nous et les différences. Donc, c’était vraiment très formateur et c’est un mandat exigeant parce qu’il est en plus de nos activités professionnelles, vu qu’il est bénévole. Moi, j’avais une activité professionnelle à côté, mais c’était très gratifiant puisque les gens sont souvent très reconnaissants quand vous les aidez et donc humainement, en tout cas, quelque chose de très fort.
Et un petit cocorico, parce que notre pays propose quand même des actions citoyennes, on est à peu près un des seuls pays à permettre de voter à l’étranger, d’avoir des représentants, d’écouter ce qui se passe sur le terrain, il faut être fier de ça? Oui absolument, on a cette chance de pouvoir avoir une représentation à tous les niveaux, que ce soit au niveau local à travers les conseillers des Français de l’étranger, mais parlementaire, à travers les députés, qu’on élue directement depuis 2012. Et puis les sénateurs et sénatrices également, qui représentent tous les Français établis hors de France, puisque nous, notre circonscription au Sénat, c’est le monde entier. Depuis 2021 d’ailleurs, tu as été élu sénateur. Ça fait quoi lorsqu’on se retrouve le soir en famille?
Ça y est, aujourd’hui je suis sénateur, ça a changé quand même un petit peu. Après ce que ça change c’est que finalement ça me donne plus de poids pour porter des choses que je portais déjà comme conseiller en fait. J’étais un élu de terrain et je suis resté attaché à être très présent sur le terrain en lien avec les élus qui nous élisent notamment et de pouvoir porter plus haut et plus fort des sujets que je portais moi-même quand j’étais conseiller des Français de l’étranger. Donc disons que ça donne une force de frappe, ça donne aussi beaucoup de responsabilité, parce que ça nous engage, on fait la loi, donc faire la loi ce n’est pas quelque chose d’anodin, c’est quelque chose de sérieux, qui doit être fait justement en concertation à travers le vécu réel de nos compatriotes. Et ça je pense, moi je le prends surtout comme une grande responsabilité, que j’ai et ça n’a pas changé la personne que j’étais, ça l’a rendu peut-être plus occupé mais clairement ça n’a pas changé les fondamentaux qui m’animent au contraire.
Alors, en l’occurrence, tu parles de terrain. Être sénateur des Français de l’étranger, c’est jouer sur un grand terrain. C’est là qu’on se rend compte que la terre est grande, qu’il y a beaucoup de préoccupations, de spécificités. Il faut être agile pour trouver des réponses. Oui, absolument.
Il faut une forme d’agilité et de présence. Moi, j’ai été attaché. Alors, c’est très demandant, effectivement, mais c’est très important. De pouvoir aller sur le terrain, faire des rencontres, rencontrer les gens. C’est là où on apprend le plus de la réalité concrète, de l’environnement dans lequel nos compatriotes vivent, qui sont très différents d’un pays à l’autre.
Il n’y a pas les mêmes problématiques, il y a des enjeux sécuritaires dans certains, après il y a des enjeux culturels plus forts dans d’autres. Et ça pour moi, c’est incontournable de pouvoir être présent. Ce n’est pas un mandat qui s’exerce en restant à Paris. C’est très important d’être continuellement sur le terrain à la rencontre des élus, mais surtout des français. Moi, à chaque fois que je me suis déplacé, j’ai fait à peu près 70 pays.
J’ai toujours eu à cœur aussi de faire des rencontres publiques, ouvertes, avec nos compatriotes, assez directes, qui interpellent, parce que moi je considère que quand on est élu, on doit rendre compte de ce qu’on fait, et puis on doit écouter aussi les problématiques concrètes pour pouvoir ensuite, quand on rentre et qu’on va à Paris, pour les porter justement au Parlement. Et ça, j’ai toujours été attaché à avoir ce lien direct, aussi bien avec les élus que la population, avec les Français eux-mêmes. Il faut dire que tu as été gâté depuis ton élection, puisqu’il y a eu la crise du Covid, des crises économiques, des guerres, des tensions. Presque un monde qui tourne un peu à l’envers ces derniers temps. On est comment face à ces actualités en réagissant au plus vite, au mieux?
Oui, nous, on est vraiment la courroie de transmission directe aussi auprès de nos compatriotes. Effectivement, je pense notamment en ce moment avec ce qui se passe au Moyen-Orient où on est en permanence en contact aussi bien que nos ambassades consulatiques que nos élites qui sont sur place. Je parlais des élus qui faisaient énormément de travail bénévole, mais eux aussi c’est énorme ce qu’ils font dans ces situations-là extrêmes pour pouvoir aider nos compatriotes. Donc ça demande effectivement une certaine souplesse par rapport à différents éléments. On ne compte pas nos heures, bien évidemment, mais c’est normal, on défend l’intérêt général et une présence quotidienne pour pouvoir soutenir, aider et porter les problématiques que n’ont pas toujours conscience nos diplomates ou qui font du très bon travail.
Nous, on est complémentaires d’ailleurs, je pense, sur ces différents sujets. On n’est pas en opposition, on est en complémentarité puisque nous on fait la loi et on est là pour modifier justement des sujets et modifier la loi pour rendre service et agir au plus près pour le bien de nos compatriotes. Alors justement, si tu veux bien, on va s’arrêter sur deux sujets en particulier, la francophonie, avec une plutôt bonne nouvelle puisque la France et la langue française est repassée quatrième langue mondiale, plus de 800 millions de francophones. Là, c’est à nouveau Cocorico. Oui, tout à fait.
Il y a une augmentation constante du nombre de francophones. Alors, 800 millions, c’est plutôt les projections à horizon 2050. On a à peu près 390 millions à l’heure actuelle. Mais par contre, c’est vrai que c’est en progression, notamment avec le continent africain où ça se développe beaucoup. Et moi-même, je suis président du groupe d’études sur la francophonie au Sénat.
Donc, c’est un sujet sur lequel je suis très attaché et j’ai fait un rapport il y a deux ans. Avec différentes propositions, notamment la création d’un Erasmus francophone qui est porté depuis un certain nombre d’années et que j’essaye de porter encore plus fortement pour qu’on puisse mettre en place des programmes à l’échelle de l’espace francophone pour faire vivre dans le concret à travers des échanges au sein de l’espace, cet espace francophone, notre langue et la diversité finalement aussi de la langue française, parce qu’elle est très diverse de la manière dont on l’exprime, à travers ses mots, et c’est une richesse dont les Français de France, je pense, ont peu conscience. Là, quand on part, on a conscience de la diversité et de ce que représente cet espace qui est un impensé quand on est en France, pour les Français qui résident en France. Je pense que c’est un espace qui est sous-exploité, surtout dans la situation actuelle au niveau géopolitique dans laquelle nous sommes. Et qui mériterait justement d’être beaucoup plus travaillée à travers des politiques de coopération, notamment à l’échelle de cet espace.
On va maintenant s’attaquer sur un sujet qui est un peu plus difficile, on ne peut pas tourner autour du pot. On sait que l’éducation quand on est français de l’étranger est un vrai sujet, un vrai sujet de préoccupation pour les familles. On sait que le réseau AEFE traverse une période difficile aujourd’hui. Alors, regardons un petit peu comment les choses vont évoluer, les budgets ont baissé, les financements publics sont moins au rendez-vous, est-ce que des modèles hybrides sont en cours? Est-ce qu’il y a aujourd’hui des réponses à donner sur l’avenir de ce réseau?
Oui, absolument, et c’est important qu’il y ait un changement de cap. Parce que là, on mène effectivement une mission, je mène avec d’autres rapporteurs une mission sur l’enseignement français à l’étranger pour le Sénat qui rendra ses conclusions au mois de juin prochain. Donc, on est en train de faire un bilan des politiques publiques qui ont été mises en place ces dernières années. Et notre enseignement français à l’étranger est un système unique au monde également. C’est comme la représentation politique finalement.
C’est un modèle effectivement où il y a un financement public pour garantir justement une certaine qualité éducative qui est recherchée d’ailleurs à travers des enseignants d’ailleurs en grande partie qui viennent de France et également à travers des frais de scolarité qui sont plus bas que les autres offres éducatives des autres pays. Mais ils ont eu tendance, ce modèle a été délité parce que sous-financé effectivement, Et automatiquement, il y a un système où les frais de scolarité augmentent de manière très forte. Il y a une crise budgétaire assez systémique au niveau de l’Agence de l’enseignement français à l’étranger à laquelle il faut répondre. Pour ça, il faut savoir quelle vision avons-nous de l’éducation française à l’étranger dans les 15, dans les 10, 15 ans qui viennent. Et à partir du moment où on définit cette vision, nous, ce qu’on considère, c’est que la vision, il faut que ça reste un modèle de mixité sociale, un modèle de qualité éducative et de frais de scolarité les plus bas possibles.
Donc, ça, automatiquement, c’est un modèle qui nécessite un investissement. Parce que l’éducation, il ne faut pas l’oublier, ce n’est pas un coût, c’est un investissement. C’est un investissement dans les élèves, pour la jeunesse, mais c’est également un investissement en termes de coopération. Un investissement de coopération entre les pays, puisque la plupart des personnes qui sont dans nos établissements sont de diverses nationalités du monde entier, et quasiment représentées dans nos établissements. Et c’est ce qui fait la spécificité et la force de la diplomatie française, finalement.
Quand vous parlez à n’importe quelle diplomate dans le monde, ils disent que si on doit citer au moins une réussite en termes de diplomatie culturelle et éducative, c’est ça, c’est les établissements français. Ils sont mondialement reconnus pour ça. Donc, il ne faut pas fragiliser ce réseau, il faut plutôt le renforcer. Ça, ça va avec un cap politique, une volonté politique, notamment budgétaire. On rappelle que tu es sénateur sous les couleurs du Parti Socialiste, attaché donc, je suppose, notamment à ce sujet et à un accès aux bourses, à des frais de scolarité maîtrisés, parce que là on sent que ça dérape un peu quand même.
Ah oui, ça dérape totalement, puisqu’en plus, sans entrer dans le détail, mais l’Agence de l’enseignement français à l’étranger, suite à ses difficultés budgétaires, a fait porter la charge sur les établissements, donc sur les familles, qui engendrent à l’heure actuelle des hausses de frais de scolarité très importantes. Qui automatiquement met à mal la mixité sociale dans le réseau, puisque les bourses scolaires elles-mêmes, cette enveloppe, parce qu’on a également une politique spécifique, c’est qu’on a une enveloppe budgétaire pour les boursiers, pour qu’on puisse avoir des élèves qui n’ont pas forcément les moyens, qui puissent être scolarisés, mais ce n’est plus suffisant, parce qu’avec des frais qui augmentent et une enveloppe des bourses qui, elle, n’augmente pas, voire diminue, Automatiquement, on arrive à un stade où il y a moins en moins de boursiers et il y a moins en moins de compatriotes qui ont la possibilité de scolariser leurs enfants dans ces établissements. Et effectivement, ça aussi, je pense qu’il faut le renforcer. Il faut permettre à plus d’enfants issus de la classe moyenne, voire moyenne basse, de pouvoir scolariser, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle. Ils préfèrent choisir d’autres modèles d’éducation et c’est toujours un échec pour notre pays quand des enfants et des familles se détournent pour des questions de coûts.
Alors là, on va changer le regard de la classe, on va regarder les élèves. Maintenant, on va regarder les professeurs. Là aussi, comment on peut améliorer l’attractivité du réseau, attirer des professeurs motivés, s’occuper de leur carrière, la retraite, etc. Il y a un sujet aussi pour les professeurs. Il y a un sujet pour les enseignants.
En général, il y a un défaut d’attractivité du métier. Généralement, on constate même en France où il y a un besoin de revalorisation des conditions de travail qui sont demandées par les enseignants, notamment leur rémunération, bien évidemment. Et pour notre enseignement hors de France, ce qui fait aussi sa spécificité, sa qualité, c’est qu’une des participations de l’État français financier, c’est justement de mettre en disponibilité, en détachement des enseignants français qui viennent de l’éducation nationale, qui peuvent venir enseignant dans les établissements avec d’autres qui sont recrutés localement. Et c’est ce qui fait aussi la richesse et la spécificité et l’attractivité de cet enseignement. Et ça, il ne faudrait pas justement qu’on y mette fin.
Et il faut également le garantir, puisque ça fait partie de la qualité pédagogique de l’enseignement français. Et ça, ce système est également mis à part, pour des questions financières principalement. Et je pense que l’éducation nationale elle-même, le ministère de l’éducation nationale, doit s’engager pleinement au sein de l’Agence de l’enseignement français de l’étranger, aussi bien dans la direction, qu’également dans le financement. Et ça c’est vraiment le sujet majeur, c’est la participation finalement financière de ce ministère pour permettre ce rayonnement éducatif en dehors de nos frontières. Est-ce que tu as de bons espoirs pour que d’ici juin on arrive à des vraies solutions?
C’est l’objectif de notre mission, clairement. Même la ministre qui est en charge des Français de l’étranger nous a dit qu’elle attendait la remise de notre rapport. Il y en a d’autres. Il y a d’autres missions, d’ailleurs, qui sont en parallèle, et qu’elle attendait la fin des missions et les recommandations que nous allons faire pour prendre des décisions. En tout cas, nous mettrons sur la table un ensemble de propositions qui peuvent être prises immédiatement pour résoudre justement les difficultés dans lesquelles l’Agence est plongée.
Je rappelle que la radio des français dans le monde a fait un petit puisque désormais on a proposé une radio pour les petits français qui vivent en expatriation. Ça s’appelle Cocorico Radio. Je le salue au passage parce que les écoles AFFE du monde entier, si elles créent des contenus podcast, elles peuvent nous contacter pour qu’on diffuse leur travail. Savoir prendre la parole quand on est jeune par se passer devant un micro ou une caméra, tu en sais quelque chose. C’est utile dans la vie.
Oui tout à fait, ça demande une formation, ça peut être très utile. Souvent les jeunes sont mieux formés que nous parce qu’ils vivent dans un environnement qui n’était pas le même que notre, médiatique, avec les réseaux sociaux ou autre. Mais effectivement c’est une très bonne initiative parce que je vois souvent ce type d’initiative dans les établissements que je visite justement avec des radios qui sont dans les établissements et bravo à vous en tout cas pour cette initiative. Et bien j’en profite pour passer un message à ces responsables qui ont des projets pédagogiques autour du son. Contactez-nous, la radio des français dans le monde et Cocorico Radio.
Pourront relayer leur travail. Yann, pour terminer, prendre la parole sur un média qui ne s’adresse qu’à ces Français qui se préparent ou qui vivent la mobilité. Je me sens parfois un peu seul dans un univers radiophonique. On ne nous comprend pas forcément. On ne se rend pas compte que c’est un vrai enjeu de vivre à l’étranger avec des vraies difficultés pour la santé, etc.
Comment on peut faire changer cette image auprès des Français? Je pense que changer cette image, c’est en ayant ce genre de presse, de médias comme vous, ça y participe clairement, de pouvoir faire connaître nos problématiques, nos spécificités. Alors nous, les élus, nous sommes là pour ça aussi, puisque quand on est au Parlement, nous sommes confrontés à des parlementaires qui ne connaissent pas ces spécificités non plus, puisque eux-mêmes n’ont jamais vécu ce que nous avons vécu. Donc nous, nous apportons également ce vécu au Parlement. Et ça, je trouve que c’est important, parce que nous-mêmes, nous l’avons vécu, nous y vivons encore, même en grande partie, et donc nous l’apportons au Parlement pour changer justement les mentalités, la vision qui peut être faite, qui évolue malgré tout.
Les Français de l’étranger, c’est quand même beaucoup de gens maintenant qui se déplacent, qui ont vécu à l’étranger. On en rencontre de plus en plus qui sont même revenus en France. Cela participe au changement de notre pays, à son évolution également. Je pense que c’est une richesse, une ouverture sur le monde que la représentation politique permet d’avoir en interne. Je pense que cela, il faut vraiment l’utiliser pleinement pour montrer que Le monde, qui est un laboratoire, est disponible à travers ses ressortissants et qui le sont partout, et qui ont des choses à apporter, à contribuer, à partager et à valoriser.
C’est notre rôle à tous et toutes, je pense, de pouvoir permettre cette valorisation de cette diversité en notre sein, dans le monde entier. Et Hélène de Grise, la présidente de l’Assemblée des Français étrangers, disait sur notre antenne, dans le cadre d’un dossier sur les images déformées que peuvent avoir les Français sur l’expatriation, que le premier boulot était à faire sur les bancs du Sénat et à l’Assemblée nationale, parce qu’il y a encore beaucoup de clichés très très forts aussi. Oui, des fois, ça a beaucoup évolué grâce à la représentation. J’en vois beaucoup moins quand même. Il y en a toujours sur certains sujets qui peuvent émerger.
Mais effectivement, des fois, c’est une bataille permanente pour essayer d’aller à l’encontre des préjugés quels qu’ils soient. Ce n’est pas valable que vis-à-vis des Français de l’étranger, mais en règle générale. Et donc, nous, on s’y attelle effectivement à déconstruire des idées reçues. Pour terminer, Yann, on est aujourd’hui à Paris, mais tu prends souvent les moyens de transport pour te promener dans le monde. Est-ce qu’il y a un endroit en particulier où tu es particulièrement heureux de t’y rendre, voire peut-être d’y vivre un jour?
J’ai vu beaucoup d’endroits, j’aime beaucoup, en même temps j’aime tous les pays. Honnêtement, je ne peux pas dire qu’il y a le pays, mon pays de cœur, celui dans lequel j’ai vécu, notamment le Canada, évidemment. Mais après, tous les pays, je trouve, sont assez phénoménales. On voit tellement une diversité, le monde est beau, le monde est divers. De par ces cultures, ce serait très difficile pour moi de choisir.
Après, vous savez comment c’est, on choisit aussi les pays, pas uniquement par rapport à une carte postale qu’on visite, on choisit aussi par des liens affectifs, des fois parce qu’il y a des personnes qu’on connaît qui y sont. C’est ça aussi qui fait le fait qu’on bouge. Donc, c’est en fonction de ses proches, de ses compagnes, du moment dans lequel on est dans sa vie, aussi de ce qu’on souhaite au moment où on est dans sa vie. Je dirais qu’en fonction de ce que j’aurais envie, je choisirais le monde. En tout cas, une fois qu’on est parti, on n’a plus peur d’aller n’importe où.
Donc finalement, les barrières sautent. Donc on est capable d’aller n’importe où, je dirais. Ces barrières ayant sauté, je me donne la possibilité d’aller partout. Mais le Canada te manque un peu quand même. Le Canada, même si j’y retourne quand même, mais le Canada me manque bien sûr parce qu’il fait partie de moi, il fait partie de ma culture, c’est un pays que j’aime énormément, bien évidemment, mais le Canada lui-même d’ailleurs est très divers en son sein, est très multiculturel.
Le Canada finalement est un petit monde à lui-même aussi au niveau de sa représentativité des diasporas qui y vivent. Yann Chantrel, sénateur des Français de l’étranger, qu’on retrouvera dans le cadre d’un webinaire organisé le 23 avril prochain par Rémy Pépoc, qu’on a déjà reçu plusieurs fois sur cette antenne, très engagé au Vietnam, qui organise donc ce sujet, l’avenir de l’enseignement français à l’étranger. Je pense qu’il y aura débat. Il y aura beaucoup de choses à dire. Je vous invite à vraiment y participer pleinement.
Monsieur le sénateur, merci. Merci d’être venu pour la première fois, mais pas pour la dernière fois sur l’antenne de la radio. Et merci beaucoup de m’avoir invité. A bientôt. A bientôt.