Bienvenue dans 10 minutes, le podcast des français dans le monde, pour aider tous ceux qui se préparent ou qui vivent de près ou de loin la mobilité internationale. Je suis Gauthier Saïsset, j’ai le plaisir de passer 10 minutes avec Juliette Bruss et sa baguette magique. On va parler de l’entrepreneuriat quand on est à l’étranger. 10 Minutes. 10 Minutes.
Un jour, on fait un bol de soupe pour son enfant. Et puis, on se rend compte que la soupe, elle est trop chaude. Et puis, il y a une petite idée qui vient dans la tête. Et puis, cette petite idée, ça devient une baguette magique, la coula wand. Et puis ensuite, il faut l’industrialiser, il faut la fabriquer, il faut la distribuer, il faut la vendre.
Et c’est comme ça qu’on passe de maman à chef d’entreprise. Bonjour, Juliette. Bonjour, Gauthier. Tu as vu cette synthèse pour te lancer le sujet du jour. Pas mal.
Franchement, je devrais prendre la graine. On va parler de ce sujet d’entreprendre à l’étranger. De base, c’était dans ton projet de devenir un grand industriel? Non, pas du tout. Je pense que je me suis lancée dans l’entreprenariat vraiment sans savoir ce que c’était.
Je pense qu’au départ, ce n’était pas du tout une ambition de devenir entrepreneur. C’est une évidence. En fait, j’avais besoin d’un objet et quand j’ai découvert qu’il n’existait pas, j’avais besoin qu’il existe. Donc, c’est beaucoup de besoin. Et de le voir dans mon quotidien, dans les mains de mes enfants.
Et en fait, je me suis dit, quand quelque chose n’existe pas et qu’en plus, il est à la fois utile et évident, il faut le créer. Il faut le faire. Just do it, c’était le slogan de Nike à l’époque. J’ai fait pareil pour la radio des Français dans le monde. Quand j’ai vu qu’il n’y avait pas de radio pour les 3 millions de Français qui vivaient la mobilité internationale, je l’ai fait.
Maintenant, une petite différence entre toi et moi, c’est que tu t’es lancé dans quelque chose d’industriel. C’est un produit qu’on utilise dans le cadre de l’alimentation. Donc, est-ce qu’on pourrait partager aux auditeurs le fait que tu as découvert petit à petit des mauvaises surprises? Après des mauvaises, on va pas faire des grands mots aussi, mais on a des bonnes surprises. Les surprises c’est un bon mot.
Je pense que j’ai découvert tout ce qu’il y avait derrière et j’ai compris que l’entrepreneuriat ça ne s’apprend pas déjà. En même temps, ça se vit. On m’avait dit que c’était difficile, mais je pense que tant qu’on ne l’a pas vécu, on ne peut pas le comprendre. Mais effectivement, je pense que ma force peut-être au début, ça a été une forme de naïveté, je ne sais pas, et je ne savais pas à quel point c’était compliqué de dessiner, de produire, de faire fabriquer avec un certain standard, parce que pour moi, je n’avais pas du tout envie de créer quelque chose de mauvaise qualité. Aujourd’hui, je ne vois plus tout couleur monde comme un objet.
Je vois ça comme un univers, quelque chose qui peut vraiment faciliter la vie des parents, avec une esthétique qui me ressemble. Alors Kula Wand, c’est donc une baguette magique. Comme je l’expliquais, ça permet de refroidir une soupe, par exemple, qu’on va donner à un enfant. On l’a tous fait. Avoir le bol trop chaud, la peur de brûler l’enfant.
Là, on a une baguette qui est mise au congélateur, qu’on sort pour touiller, comme on dit dans le nord de la France. Je pense que… Je ne sais pas si c’est dans le dictionnaire, touiller. Mais voilà, ça refroidit donc la soupe. Cette idée, tu l’as eue lorsque tu étais à La Haye, on est en 2023, tu as à ce moment-là trois enfants en bas âge.
Et l’idée née, on va dire que dans la complexité pour les auditeurs de la radio des Français dans le Monde, il y a en plus le fait d’entreprendre à l’étranger. Est-ce que c’est une couche supplémentaire dans les difficultés? Moi, j’ai toujours vécu à l’étranger, j’ai grandi à l’étranger et pourtant, je pense que je n’ai jamais vraiment douté du fait que j’étais française. Donc ça, c’est une identité que j’ai toujours ressentie dans mon appartement, notamment par ma famille. Mais paradoxalement, en fait, je n’ai jamais eu besoin de vivre en France.
Mais ce qui est intéressant, c’est que dans l’entreprenariat, cette question identitaire revient. Et quand j’ai voulu créer mon entreprise aux Pays-Bas pour appartenir à cet écosystème, comme on essaie toujours d’appartenir dans les endroits où on Au final, j’ai compris qu’il y a certaines choses qui sont profondément ancrées. Et donc, la logistique de créer quelque chose dans un pays qui a une culture très, très différente de celle qu’on connaît, de par le fait de la France ou quoi que ce soit, effectivement, c’était un bel obstacle. Septembre dernier, vous vous installez en Suisse, vous voilà à Lugano, un déménagement du coup aussi du siège social. Tu en as profité, on va dire que cette étape dans ton parcours de mobilité internationale a été l’occasion de résoudre, on va dire une première erreur, c’est que le siège social n’aurait pas dû être aux Pays-Bas.
Exactement. Absolument. Je me suis dit, là, c’est tellement compliqué de naviguer déjà tous les enjeux de l’entreprenariat, en plus que de ne pas être dans un confort de connaissances culturelles ou même administratives. Je me suis dit, il faut absolument que j’ancre mon entreprise en France, qui représente aussi une grosse partie de qui je suis. Mais ceci dit, je me pose toujours des questions de comment ça aurait été si j’avais commencé ça à Singapour ou à Shanghai ou à Dubaï.
Donc en fait, partout où j’ai été, je me pose des questions maintenant. Parce qu’évidemment, même si en effet, tu te sens très française et qu’aujourd’hui, tu as mis le siège social en France, on ne peut pas dire que la France est reconnue pour ses atouts en termes de fiscalité. Donc en effet, l’idée de te mettre dans des endroits, de mettre le siège social dans des endroits où c’est plus favorable, on te l’a conseillé? Alors non, je pense qu’à ce moment-là, c’était vraiment une décision émotionnelle. Je savais qu’il allait y avoir plein d’autres problèmes et que la France n’était pas du tout le meilleur endroit pour commencer à entreprendre.
Mais j’avais besoin de quelque chose de stable, en fait, émotionnellement, dans ma vie. Et du coup, je me suis dit, voilà, au moins j’ai de la famille en France, j’y retourne tout le temps, c’est le seul endroit au monde où on n’enlèvera pas de ma vie. En février 2025, c’est le podcast 2426, on échange ensemble. Tu nous présentes ce projet et tu nous montres une maquette. Là, ce que j’ai dans la main aujourd’hui, c’est différent.
Ça a été fabriqué dans une usine. Comme c’est de l’alimentaire, il y a des histoires de qualité de plastique puisque ça va toucher les enfants. Il y a des normes, il y a des règles. Tout ça, tu te l’es pris en pleine tête entre le moment où on a échangé la dernière fois et aujourd’hui. Tu ne l’avais pas appréhendé en amont.
Le fait que je voulais absolument créer cet objet qui soit certifié CE dans les normes européennes, ça a toujours été hyper important depuis le début, donc je savais que ça allait être un peu compliqué. Après, ce qui est compliqué, ce n’est pas forcément la perception de l’objet plus que la chose elle-même. De le créer dans des normes particulières et de faire en sorte d’avoir des bons plastiques, ça c’est très, très compliqué. C’est long, mais ça se fait. Il faut trouver les bonnes personnes, la bonne logistique derrière les ressources, trouver du tri-temps.
Et je travaille évidemment avec des partenaires qui sont professionnels dans la production en Europe. Mais ce qui est dur, c’est toujours la perception du plastique, surtout aujourd’hui. Les gens perçoivent la baguette magique comme un bout de plastique, alors que de temps en temps, ils ne comprennent pas le travail derrière les matériaux. C’est important, c’est à moi de faire en sorte que ça se comprenne. Alors la baguette a été fabriquée en grande quantité au Portugal, si mes informations sont bonnes?
C’est exact, on la fabrique au Portugal. Donc c’est une production qui est vraiment spécialisée dans le moulage soufflé pour permettre à la baguette d’être comme elle est aujourd’hui. Et puis elles sont sous des normes européennes. C’est pas tout, une fois qu’elle est fabriquée, t’as des caisses complètes de quatre couleurs différentes. Mais ensuite, il faut les vendre.
Il faut rentrer dans des circuits de distribution. Et la Juliette, qui a eu l’idée dans sa cuisine de cette baguette magique, n’avait pas non plus forcément à appréhender toute cette problématique logistique. Je pense qu’on n’appréhende absolument rien dans l’entrepreneuriat. Quand on a une idée, on a envie qu’elle se réalise. On essaie de ne pas voir la montagne de là où on veut arriver.
On essaie de prendre chaque problème au moment où ça arrive. Il y a eu énormément d’erreurs, évidemment, des erreurs de contexte, comme on en a parlé avec les Pays-Bas, il y a eu des erreurs de logistique, du coup, comme si on veut dire effectivement sur comment on distribue tout ça, comment on met son stock, où on met son stock. Mais du coup, ces questions-là, elles se répondent petit à petit en ayant des échecs, comme tu l’as dit, mais aussi, ça aide à avancer. En fait, ce que tu veux me dire, c’est que chaque erreur t’a servi à avancer plus correctement. Exactement.
En fait, on me dit, je trouve que le mot erreur, c’est compliqué parce que c’est des erreurs qui nous forcent à avancer et trouver une solution plus ajustée. Et cette solution plus ajustée, en fait, finit par faire avancer encore plus vite. Et est-ce qu’il faut les bonnes personnes pour répondre aux bonnes questions au bon moment, quand on est dans l’entrepreneuriat? Le monde repose sur le savoir-faire des gens autour de soi. Je pense que quand on est entrepreneur, on passe 90% de son temps à poser des questions à des gens qui sont dans le domaine dans lequel on est en train de poser la question.
Que ça soit dans la logistique, dans le business development, dans le marketing, dans tout ce qu’entreprendre veut dire. Et ça, c’est ce que j’adore moi dans l’entreprenariat. Je pense que quelque part, c’est un peu un métier qui m’a choisie parce que c’est fantastique de rencontrer des gens. C’est quelque chose que j’ai toujours aimé faire et de découvrir leur monde, leur parcours et de comment on arrive quelque part. Et en plus d’être à l’étranger, c’est encore plus excitant parce que du coup, on a des points de vue complètement différents.
Parce que, comme tout le monde sait, entreprendre dans un endroit n’est pas du tout pareil qu’entreprendre quelque part d’autre. Et du coup, tous ces chemins de vie m’apportent énormément de connaissances différentes dans des contextes différents. C’est ça que je voulais dire, pardon. C’est le contexte, en fait, et ça, ça me passionne. Est-ce que la Juliette qui s’est lancée dans cette aventure a déjà failli tout claquer en disant voilà je m’en sortirai pas, j’ai engagé trop d’argent, est-ce que parfois on abdique?
Ah oui, je pense que comme tout entrepreneur, on se pose beaucoup de questions. Je pense que ça, c’est une des réelles leçons d’être entrepreneur, c’est de se remettre en question constamment, de se dire est-ce que ça vaut le coup? Est-ce qu’on met ça en péril? Est-ce qu’on continue? Mais justement, moi, je dois avouer que je crois tellement en mon idée et je crois tellement au produit lui-même et à l’univers qui s’est créé autour que je ne suis pas vraiment prête encore à… à arrêter.
Même j’ai l’impression que je commence à peine en fait. C’est vraiment, c’est tous les débuts de cette aventure. Et le fait que je sois en Suisse en plus aujourd’hui, ça m’excite parce que je suis dans un nouvel endroit qui me ressemble pas trop mal, que je m’identifie bien en Suisse et du coup ça me donne envie en fait de développer cela en Suisse aussi et de voir comment la coulavande peut exister dans mon nouveau décor. Alors coolavente.com, si vous voulez en savoir plus, si vous voulez même acheter la baguette pour refroidir les plats et les boissons en quelques secondes, sans souffler, sans attendre, c’est ce qu’on trouve sur ton site internet. Il y a également des boutiques qui le relaient aujourd’hui.
Mais là, cette partie logistique est dans ton programme du moment pour trouver des relais, pour trouver des vendeurs et pour augmenter le chiffre d’affaires. Toujours quelque chose à faire, on ne s’ennuie pas. Ah non, on ne s’en souvient absolument pas. Il y a énormément d’avenues à découvrir. Il y a tout et maintenant on est dans le business development, c’est quelque chose d’autre aussi.
Donc on apprend petit à petit, caillou par caillou, pas par part, pas à part on dit. Alors justement tu me disais en préparant l’interview, l’entreprenariat c’est comme une maternité. On découvre chaque jour et on répond à des questions chaque jour. Oui c’est ça, c’est vraiment pas quelque chose qui s’apprend. J’ai rencontré, comme je suis très curieuse, au début avant de me lancer, j’avais rencontré plein de gens qui étaient dans l’entreprenariat et c’est vrai que tout ce qu’ils me disaient me passait complètement par-dessus la tête.
Même si j’essayais de comprendre, je ne comprenais pas vraiment et la réalité c’est qu’on ne peut que comprendre quand on le vit parfois. Et ça, c’est vraiment une réalité que je trouve dans cette aventure. Et c’est vraiment très similaire à la maternité. C’est quand on a tellement de mamans autour de soi, de gens qu’on connaît qui ont des enfants. Ils vous racontent des choses et quand on ne l’a pas, on ne peut pas comprendre.
En tout cas, Juliette, content qu’entre la précédente interview et aujourd’hui, tout ce projet est bien avancé. Je te souhaite le meilleur pour la suite également, parce que chaque jour, des nouvelles idées, je suppose, et des nouveaux projets à accomplir. Bravo, au plaisir de te retrouver. Comment ça se passe, ta nouvelle vie en Suisse? Merci beaucoup, Gauthier.
Ma nouvelle vie en Suisse, comme je dis, elle se passe vraiment très bien. C’est un pays vraiment magnifique. En plus, je suis à Lugano, du côté du Tessin, donc là où il y a les grands lacs, pour ceux qui aiment l’aventure et la montagne. Et ça, c’est vraiment un plaisir fou d’être entouré de montagnes et de lacs. Et là, tu touches l’Italie.
C’est la partie qui… C’est l’Italie, effectivement. Donc, il va falloir que j’ajoute à la corde à mon arc de parler italien. Je suis un peu avancée, mais il va falloir encore une autre langue. Alors, grazie mille.
Prego. Vos podcasts sur la mobilité internationale sont sur fdlm.fr. Et sur YouTube en cherchant Français dans le monde.