[00:00:02] Gauthier SEYS: Et vous, où étiez-vous le 11 septembre 2001 Aujourd’hui, certains sont au-delà des étoiles. Bienvenue sur Français dans le Monde, le média de la mobilité internationale. Je suis Gauthier Seysses et aujourd’hui on décolle avec Benoît Clerc à Los Angeles. 10 minutes, 10 minutes, le podcast des Français dans le monde. Et oui, il y a des dates pas comme les autres. Le 11 septembre 2001, tout Tout le monde s’en souvient et Benoît, mon invité aujourd’hui, va revenir avec nous sur ce territoire américain qui a vécu des heures et des mois compliqués. Bonjour, bienvenue Benoît.
[00:00:42] Benoit CLAIR: Bonjour Gauthier Seysses.
[00:00:43] Gauthier SEYS: Alors on va ensemble évoquer ce roman qui va sortir le 21 septembre, Au-delà des étoiles, parce que tu as vécu de très près cet épouvantable 11 septembre 2001.
[00:00:55] Benoit CLAIR: Oui, effectivement, ça a commencé par un vol en avion qui Le 11 septembre 2001, j’étais à Paris et je rentrais sur ma base journalistique de Los Angeles après 5 semaines de vacances. Je décidais de rentrer, je suis reparti le 11 septembre et à mi-chemin sur le trajet, le commandant de bord nous a annoncé que l’espace américain, l’espace aérien était fermé et qu’il fallait faire demi-tour. Donc nous sommes repartis sur le hub de Northwest Airlines à l’époque qui n’était pas à Roissy-Charles de Gaulle mais qui était à Amsterdam. Donc 3 heures de vol vers l’aller, 3 heures de vol vers le retour et puis, une arrivée à Amsterdam où j’ai découvert sur les écrans géants à la sortie de l’aéroport de Schiphol les tours qui étaient en feu et qui étaient en train de s’effondrer, enfin qui s’étaient effondrées déjà depuis un moment et qui permettaient de voir l’ampleur de la catastrophe. C’est vraiment seulement à ce moment-là que j’ai découvert l’ampleur de la catastrophe. Alors je me suis immédiatement rapproché de ma rédaction à Paris évidemment qui se demandait où j’étais et j’ai passé la nuit dans l’hôtel, c’est un petit peu anecdotique, mais l’hôtel Pulitzer d’Amsterdam depuis lequel j’ai couvert j’ai essayé de joindre tous les gens que je connaissais à New York pour avoir évidemment des témoignages sur ce qui s’était passé. Et puis, je suis rentré à Paris le lendemain, puis reparti dès le 13, dès que l’espace aérien américain était rouvert. Je suis reparti le 13 vers d’abord un vol direct de Paris à Philadelphie et puis ensuite une voiture pour rejoindre Ground Zero où j’ai pris mes quartiers de reporter entre guillemets, où je suis resté de longues semaines sur place à Ground Zero.
[00:02:27] Gauthier SEYS: Alors Benoît, tu es journaliste, tu es à ce moment-là correspondant RMC Et LCI, on rappelle qu’on n’est pas dans le même monde, on est moins connecté à l’époque. Lorsque tu apprends que le vol va faire demi-tour, tu vas profiter un peu de ton métier de journaliste pour te rapprocher un peu de l’équipage. Et là, le commandant va parler avec toi. Alors c’est aussi une époque parce qu’il faut se rappeler que depuis, les portes pour accéder au cockpit sont fermées à clé, ce qui n’était pas le cas à l’époque. Là, tu vas discuter avec le commandant de bord qui va te dire ce qui va se passer en te demandant de ne le répéter à personne.
[00:02:59] Benoit CLAIR: Bah oui, parce qu’évidemment c’était tellement incroyable comme événement. Jamais l’espace américain n’avait été fermé, l’espace aérien n’avait été fermé avant, c’était une première. Et donc j’ai demandé au steward de l’avion, je lui ai dit, voilà ma carte de visite, est-ce que je peux voir le commandant de bord pour savoir ce qui se passe? Et le commandant de bord m’a fait venir au cockpit très gentiment. Il m’a dit, surtout soyez gentil, n’en parlez pas parce que je veux pas d’affolement dans l’avion le temps qu’on retourne à Amsterdam, mais voilà ce qui s’est passé. Et lui m’a annoncé donc qu’il y avait un avion qui s’était encastré entre le 101e et le 105e étage de la tour numéro 1 à 8h46 précisément du matin. C’était le vol American Airlines 11. Donc j’avais plein de précisions et quand je suis rentré à mon fauteuil, je me suis dit mais comment est-ce que je peux rejoindre la rédaction? Il n’y avait pas d’avion, il n’y avait pas de téléphone dans les avions à l’époque, il faut se rappeler. Donc il a fallu que je patiente. J’ai noté sur un petit carnet que j’ai gardé toutes les informations que le pilote m’avait données en me disant ça me servira quand j’arriverai. Et puis finalement, il a fallu que j’attende d’être à l’aéroport de Schiphol où il y avait un chaos total puisque tous les avions étaient ramenés vers Amsterdam. Donc les gens cherchaient à l’époque des pièces de monnaie pour pouvoir mettre dans les taxiphones, pour pouvoir appeler qui bon voulait. Pas de voiture de location, pas de train, pas d’avion pour rentrer à Paris. Enfin, c’était vraiment un petit peu infernal et on se sentait un petit peu impuissant en fait de savoir qu’un tel événement ne pouvait pas être raconté parce qu’on n’avait pas les moyens techniques de le raconter. À l’époque, c’était vraiment une vraie frustration. Oui, c’est vrai.
[00:04:31] Gauthier SEYS: Alors, 2 jours plus tard, tu vas pouvoir retourner aux États-Unis. Tu vas passer par Philadelphie. En préparant cette interview, tu me disais que ça a été le contrôle douanier le plus compliqué pour toi pour entrer sur le territoire américain. Ils t’ont fait un peu des misères. Et puis tu vas rejoindre Grande Zéro. Et là, c’est la catastrophe dans la catastrophe puisque les journalistes veulent raconter ce qui s’est passé. Il y en a des centaines, voire des milliers, qui occupent le terrain avec encore une fois des conditions techniques très différentes par rapport à aujourd’hui. Les hôpitaux sont pleins, le territoire est chaotique. Tu vas raconter tout ça. Et puis surtout, ben, on ne le sait pas forcément, mais pendant plus de 8 mois, les incendies vont continuer sur les tours, qui vont continuer à se consommer.
[00:05:16] Benoit CLAIR: Alors oui, on a oublié tout ça, mais c’est vrai que le poste frontière, j’avais à l’époque un visa de journaliste, j’étais pas citoyen américain. Et j’ai eu le malheur, pour cette, dans cette période-là, j’ai eu le malheur d’avoir sur mon passeport une date de naissance et un pays de naissance, surtout en Algérie. Donc forcément, le 13 septembre, un passeport avec une date de naissance et un lieu de naissance en Algérie, c’était un petit peu suspect malgré le fait que je sois parfaitement français, avec un papa et une maman complètement français. Le douanier était un petit peu tiqué, donc j’ai passé un long moment au poste de douane avant de pouvoir enfin rentrer sur le territoire américain, louer une voiture et puis effectivement me rendre à Ground Zero. Il faut se rappeler que c’était un chaos total. Il n’y avait pas d’électricité, AP Télévisions qui nous fournissait les liaisons satellites le faisait avec des vieux satellites et il fallait réserver son créneau longtemps à l’avance. C’était très, très compliqué, oui, ça a été. Et puis surtout, effectivement, ce qu’on a oublié, c’est que les incendies de ces tours, eh bien, ils ont duré pendant 8 mois, 8 longs mois, puis ça s’est arrêté officiellement au mois de mai suivant. Donc pendant 8 mois, ces tours ont continué à brûler, personne ne pouvait les éteindre. Et donc les fumées ont contaminé tout le sud de New York, ce qui a donné lieu à un vrai problème sanitaire qui existe toujours aujourd’hui, on en parlera dans un instant.
[00:06:31] Gauthier SEYS: Alors justement, parle-moi de la rencontre avec ta future épouse à ce moment-là. Elle va le devenir quelques mois plus tard. Elle, elle travaillait sur cette zone. Elle n’y était pas le jour J, mais dans les semaines et les mois qui ont suivi, elle a repris son travail et le tout en respirant des fumées cancérogènes.
[00:06:48] Benoit CLAIR: Oui, alors à l’époque, les autorités de santé de New York nous disaient que l’air était respirable et que personne ne courait aucun risque. Moi personnellement, je n’y ai jamais cru une seconde. Des milliers de personnes ont travaillé pendant les semaines et les mois suivants dans un environnement qui était saturé il faut se rappeler qu’il y avait de l’amiante, de la fibre de verre, des hydrocarbures, des métaux lourds, des poussières de béton, du carburant d’avion également. Donc c’est un mélange explosif, si je puis dire, que l’on n’a retrouvé dans aucun autre événement de l’histoire moderne. Et aujourd’hui, eh bien, on s’aperçoit de quoi Que ces fumées effectivement cancérigènes ont permis le développement de 73 types de cancers environnementaux qui sont répertoriés aujourd’hui par l’association, par l’agence qui traite les malades du 11 septembre, puisque c’est une vraie réalité, le Fonds d’aide aux victimes du 11 septembre. Médical. Ce fonds est ouvert, c’est Donald Trump qui l’a prolongé à la fin de son premier mandat jusqu’en octobre 2090. C’est-à-dire qu’encore pendant 65 ans, on va payer les conséquences de ces errements politiques à l’époque, puisqu’on a dit que tout se passait bien, les politiques pensaient que tout allait bien. Bien, en fait non, il y a aujourd’hui tous les jours des gens qui meurent encore à New York et ailleurs aux États-Unis de l’un de ces 73 types de cancers. Il y a, on a répertorié l’année dernière, en un an, on a Il y a un peu plus de 1500 morts qui sont toujours dus aux attentats du 11 septembre et ça continue donc puisque les épidémiologistes, pardon, pensent que ça va durer encore pendant 65 à 70 ans.
[00:08:19] Gauthier SEYS: Il a fallu attendre 2026 pour que tu prennes la plume et que tu écrives Au-delà des étoiles, un roman choc.
[00:08:26] Benoit CLAIR: Pourquoi avoir attendu autant de temps et qu’est-ce que tu as voulu dire dans le roman Eh bien, déjà, la première chose, c’est que mon épouse dont tu parlais, qui était contaminée, elle en est morte. Elle est décédée en novembre 2022 après 3 ans Entre le moment du diagnostic d’un cancer du pancréas et son départ, il s’est passé 3 ans. Ces 3 années-là, je les ai vécues de l’intérieur parce que peu de journalistes restent sur le terrain après un événement. Moi, j’y suis resté évidemment et je l’ai vécu. J’ai vécu des chirurgiens courageux mais impuissants qui passent 7 à 8 heures consécutives à opérer presque à la chaîne des dizaines de cancers avec des pronostics qui sont toujours forcément sombres. J’ai été dans les services hospitaliers, j’ai côtoyé au quotidien des personnels hospitaliers d’une incroyable humanité, mais tout ça, je l’ai vécu de l’intérieur. Donc il m’a fallu un petit peu de temps après ça pour, ben, repenser à tous ces événements, essayer de les écrire, de les décrire le mieux possible. Et j’ai pensé que le roman finalement était peut-être la forme la plus douce, entre guillemets, pour expliquer, bah, ce qu’on vit quand on est confronté à ce genre d’événement. Et j’y étais pas préparé, honnêtement. Quand on épouse quelqu’un et qu’on déclare que cette personne déclare un cancer 15 ans après, et que ce cancer est relié aux événements du 11 septembre, évidemment c’est un, un double choc traumatique. J’ai essayé de l’écrire dans des termes les plus doux possibles, entre guillemets, à la fois peut-être pour effacer la douleur, mais aussi pour donner de l’espoir aux gens. Parce que c’était ce roman, au-delà de l’intrigue, j’ai essayé de livrer un document un petit peu puissant, avec une fin qui, vous le verrez, est quand même une fin heureuse, et c’est ce qui est le plus important.
[00:10:02] Gauthier SEYS: Il y a eu 19 milliards de dépensés pour l’indemnisation des victimes. Quelque part, le chiffre dit aussi que les autorités savaient, qu’il y avait cet attentat du 11 septembre, mais qu’il y aurait aussi des conséquences dans le temps pour qu’autant d’argent soit mis sur la table?
[00:10:18] Benoit CLAIR: Je crois que personne dans les autorités politiques à l’époque a mesuré ça. Je crois que tout le monde était tellement abasourdi par le fait que l’Amérique devenait un colosse aux pieds d’argile, j’allais dire. Ça a été quelque chose de totalement— qui a abasourdi l’Amérique non seulement, mais le monde entier. Et je pense qu’aujourd’hui, on commence à se rendre compte seulement— c’est la première année pour ce 25e anniversaire, c’est la première année où où une minute de silence est consacrée aux familles des victimes collatérales dont je fais partie. Et c’est vrai que ça a été long, 25 ans d’attente avant que ce soit reconnu, mais maintenant on sait aussi que ce n’est pas fini, que ce n’est même pratiquement qu’un début. On aura d’ici encore 50-60 ans entre 1500 et 2000 morts chaque année, il faut s’en rappeler. Et l’indemnisation, ces 19 milliards dont vous parlez, ils ont été consacrés effectivement à des soins médicaux. Rien que pour l’année dernière, le gouvernement américain a dépensé 2 milliards de dollars Et ça va forcément continuer puisque le fonds de soutien, comme je vous le disais, reste ouvert jusqu’au 30 septembre 2090. Donc on voit bien que c’est pas une histoire qui est terminée et que effectivement le gouvernement le savait, mais ils ont pas du tout mesuré à l’époque les conséquences sanitaires. Et c’est des conséquences qui vont durer encore pendant plusieurs générations, comme on vient de le dire.
[00:11:34] Gauthier SEYS: Amour, compassion et résilience, rendez-vous dans le roman Au-delà des étoiles signé Benoît Clerc. Les liens pour trouver ce livre qui sortira donc à la fin du mois sera disponible dans le descriptif du podcast. Merci Benoît pour ce témoignage, et puis on va tous revivre ces 25 ans de ce jour dont tout le monde se souvient.
[00:11:54] Benoit CLAIR: Merci Gauthier. Français dans le Monde, le média de la mobilité internationale, radio et podcast sur fdlm.fr.