[00:00:02] Gauthier SEYS: Dans le cadre du dossier spécial divorcer en expatriation, focus aujourd’hui sur le sujet des violences conjugales. Bienvenue sur Français dans le Monde, le média de la mobilité internationale. Je suis Gauthier Seysses et aujourd’hui on retrouve Isabelle Tinet. 10 minutes, 10 minutes, le podcast des Français dans le Monde. Avec sa propre expérience et le groupe Facebook aujourd’hui, Isabelle Isabelle est incontournable dans ce sujet douloureux des violences conjugales lorsqu’on est en expatriation et qu’un divorce s’impose. On traverse de fortes turbulences. Bonjour, bienvenue Isabelle.
[00:00:44] Isabelle TINE: Bonjour Gauthier.
[00:00:45] Gauthier SEYS: Merci de revenir au micro de la radio des Français dans le monde. Malheureusement, on s’est parlé il y a quelques années, on peut pas dire que malgré que ça soit la grande cause de notre président, que les choses aient définitivement disparu.
[00:00:59] Isabelle TINE: Non, malheureusement. Ça avance depuis 2021, je ne peux pas dire l’inverse, bien au contraire. L’année 2022 a marqué un grand tournant avec 3 événements majeurs. J’ai participé aux premières Assises des féminicides pour représenter effectivement les Français de l’étranger et j’ai été auditionnée auprès de la commission sociale de l’Assemblée des Français de l’étranger pour justement parler des séparations et des violences conjugales. Et surtout, là où le plus important, c’est qu’en octobre donc 2022, il y a eu la création de la plateforme C’EST VU qui vient en aide aux Français de l’étranger victimes de violences conjugales et intrafamiliales, grâce à l’association The Sorority. Et moi, je suis une des mamans de la plateforme après avoir rencontré Priscillia Routrier, créatrice et fondatrice de The Sorority.
[00:01:49] Gauthier SEYS: Alors, C’EST VU aujourd’hui manque quand même cruellement de financement. Quelques politiques se mobilisent, sans doute pas assez vu la cause. On salue par exemple Amélia à la graphique qu’on a déjà reçue sur notre antenne et qui fait un vrai travail, qui fait un vrai travail.
[00:02:05] Isabelle TINE: Et il y a 5 jours, elle était en présence de Monsieur Darmanin pour demander effectivement qu’il soit possible de déposer plainte en visio auprès d’un professionnel de police, qu’effectivement que les pensions alimentaires soient, que ça soit un réel sujet traité. Et question également aussi d’enlèvement d’enfants et que quand effectivement les situations de divorce express internationales, notamment Dubaï, soient prises en charge. À savoir que certaines femmes n’ont pas les moyens financiers de pouvoir se défendre.
[00:02:36] Gauthier SEYS: Alors on va revenir sur les différentes violences qui peuvent découler de cette violence au sein d’un foyer. Juste une petite cartographie, tu repères notamment grâce à ton groupe Facebook qui s’appelle Expat Nanas Séparées Divorcées qu’il y a pas mal de problématiques sur la zone USA ou Émirats Arabes Unis, et après malheureusement un peu partout dans le monde.
[00:02:57] Isabelle TINE: Tout à fait. C’est en fait, c’est là où se trouve le plus d’expatriés, c’est là où se trouve effectivement le plus de séparations en proportion et des violences conjugales.
[00:03:07] Gauthier SEYS: Alors c’est le moment d’en parler puisque nous allons rentrer dans les campagnes des élections présidentielles. Il faut que les choses bougent, tu m’as dit.
[00:03:13] Isabelle TINE: Il reste 8 mois concrètement, donc c’est essentiellement, c’est l’accès au droit. Moi j’ai des femmes qui viennent vers moi, elles Pourquoi elles viennent vers moi Parce qu’elles ne connaissent pas où et à qui s’adresser, où trouver les informations. Elles n’ont pas les moyens financiers de pouvoir se payer un avocat. Par exemple, un avocat à Singapour peut monter jusqu’à 800 de l’heure pour la consultation. C’est les pensions alimentaires, si la CAF peut terminer le process d’aller chercher les pensions alimentaires à l’étranger. Notamment les grandes difficultés quand l’autre pays n’a pas d’accord avec la France. Et puis voilà, les informations, le grand besoin c’est les informations, accès au droit international parce que ça n’est pas le même prix qu’un avocat en droit de la famille, et les finances. Un dernier point, c’est qu’effectivement là elles le disent clairement, c’est que les entreprises, leur entreprise ou l’entreprise du conjoint principal, elles n’ont obtenu aucune aucune aide de leur part.
[00:04:20] Gauthier SEYS: Question Isabelle, on sait que les violences conjugales touchent tous les milieux partout dans le monde, mais en quoi le fait d’être expatrié, d’être loin de son pays, de sa famille, de ses repères constitue un terreau particulièrement propice à l’isolement et à l’emprise d’un conjoint violent?
[00:04:36] Isabelle TINE: Alors déjà, si le couple part, il y a pas d’amis, il y a pas toute cette sphère amicale, familiale, associative, donc un couple va avoir des conflits. Ça, c’est normal d’avoir effectivement des disputes. Mais c’est tout doucement, c’est de s’apercevoir que non, ça c’est pas normal. Pourquoi il me crie dessus? Pourquoi je n’ai pas accès au compte bancaire? Pourquoi il me tape? Pourquoi il y a des violences sexuelles? Pourquoi il y a des violences administratives? Et de ce fait-là, en fait, elle se retrouve seule, dans l’incapacité à pouvoir en parler. Il y a de la honte, il y a de la culpabilité. Si elles peuvent s’adresser à un professionnel, à un psy, ça va rester au sein même du cabinet. Le psy ne va pas en parler. Il peut faire remonter ça à une association, mais c’est dans le cadre professionnel. Et la difficulté que j’ai eue depuis bientôt 10 ans, c’est qu’il y avait peu de professionnels et peu de bénévolats formés à cette écoute spécialisée, de dire que là, il y a un problème et là, tu dois demander de l’aide. Et surtout, à qui je vais t’adresser, à qui je vais te guider? De ce fait-là, en fait, c’est une double peine. C’est qu’elles-mêmes, elles vivent cette violence conjugale ou intrafamiliale et elles n’avaient pas la possibilité d’en parler à l’extérieur.
[00:05:49] Gauthier SEYS: Alors, si on prend la barrière de la langue, par exemple, certains pays ont des structures pour accompagner ce genre de situation, mais barrière de la langue, ça rend les choses plus difficiles. Il y a également le visa qui peut entrer en ligne de compte. Certains visas dépendent entièrement du contrat de travail du conjoint. Il y a la dépendance financière, si on coupe le compte en banque, il n’y a plus d’argent. On fait quoi face à cette situation?
[00:06:13] Isabelle TINE: On fait une pause et on respire. C’est ça, c’est ce que je dis. Beaucoup de femmes arrivent dans mon groupe, elles sont complètement perdues. Pour elles, c’est la fin de leur vie, clairement. Certaines sont au bord du précipice. J’ai eu quand même des femmes qui m’ont dit, et si le suicide était une solution? Elles ont beaucoup de gratitude par rapport à mon groupe, par rapport à cette solidarité, de cette entraide qu’il y a entre femmes parce que justement elles s’aperçoivent qu’elles ne sont pas seules et ça c’est essentiel, c’est primordial parce qu’un avocat, une association, un professionnel, un médiateur, un psychologue, c’est une partie de la solution. C’est-à-dire que la société, le groupe, et Boris Cyrulnik le dit très bien, donc effectivement quand il y a un mur, une difficulté de la vie, c’est que le groupe va porter, il va permettre aux personnes d’avancer. Donc c’est de se dire que t’es pas seul et ça c’est primordial qu’on est à l’autre bout du monde tout seul, de se dire que le tunnel, je suis au bout, je suis dans le tunnel, je ne vois rien du tout. Ça c’est faux. C’est qu’effectivement à l’heure actuelle, on n’est plus avant 2022. C’est-à-dire que la plateforme Cevio, elle a accompagné plus de 700 dossiers de familles en difficulté. Il y a des aides, Le réseau, il est là, clairement.
[00:07:33] Gauthier SEYS: Alors le réseau existe, il y a des structures. C’est peut-être plus efficace que d’en parler à sa famille parce qu’on est loin, parce que c’est difficile de déceler des signaux d’alerte à travers un écran. Le meilleur réflexe pour toi, c’est se tourner vers ces structures?
[00:07:45] Isabelle TINE: C’est se tourner vers des structures, c’est se tourner vers le consulat, c’est oser frapper à n’importe quelle porte parce que peut-être que parfois certaines femmes, ça va leur Elles vont trouver leur équilibre auprès de la plateforme C-View. Certaines, ça sera France Victimes. Certaines prennent la mesure de leur situation à travers le groupe, c’est-à-dire qu’elles ne réalisent pas de suite. Et ça, c’est tout un travail de reconstruction, c’est de dire qu’à travers les témoignages des autres, à travers quand elles me disent des mots par mail, je me permets de leur dire, je me permets de creuser les questions, à savoir que est-ce qu’il y a d’autres violences? Est-ce que ça, ça c’est de la violence conjugale et tu peux porter plainte, tu peux demander de l’aide? Donc ça prend du temps et c’est un travail, c’est pas un claquement de doigts. C’est, c’est la grande question, mais pourquoi elles sont pas parties? Bah c’est prouvé qu’il faut tant d’essais et que ça prend du temps et que voilà, il y a des aides, les aides sont là.
[00:08:47] Gauthier SEYS: Depuis 2016, tu as donc créé ton groupe Facebook qui va fêter malheureusement ses 10 ans. Il aurait dû fermer depuis si le problème a été résolu, mais je je pense qu’on n’y est pas encore. Tu as créé ta micro-entreprise en 2019 et aujourd’hui, notamment en te contactant, les liens sont disponibles dans le descriptif de ce podcast. Toi, tu vas jouer un rôle de mise en relation?
[00:09:09] Isabelle TINE: Je joue un rôle de mise en relation, moins effectivement avant 2022. C’était clairement, je peux avoir vraiment des situations de violence urgente, donc c’est Via la plateforme Cevio pour les avocats. Je dis aux femmes qui n’ont pas encore pris leur décision, je leur dis contactez un thérapeute de couple. 70% des Français qui sont en instance de séparation, qui ont divorcé, n’ont pas contacté un thérapeute de couple. Et alors qu’il y a beaucoup de choses qui se jouent dans le lien, dans la communication. C’est pas une crise de couple, tout le monde passe par là et c’est pas justement aller aller sur le champ de bataille directement. Un couple, ça se travaille. Donc c’est aussi leur dire, prends ton temps, renseigne-toi et que t’es pas seul. Voilà.
[00:10:02] Gauthier SEYS: Et on n’a pas parlé, Isabelle, des enfants. Évidemment, les distances aidant, ça rend encore la chose plus difficile lorsqu’il y a des enfants dans le couple. C’est encore une autre problématique à résoudre rapidement?
[00:10:16] Isabelle TINE: À résoudre rapidement. Il y a de plus en plus de professionnels de médiation qui se forment à la coparentalité. À savoir qu’effectivement, un enfant, c’est 2 parents. Mis à part s’il y a des violences conjugales, violences intrafamiliales, l’enfant peut voir ses 2 parents. Je vois encore trop des avocats qui ne parlent pas de ce sujet-là, qui parlent effectivement séparation et le sujet de médiation ou coparentalité il n’est pas abordé. Et moi je le dis, je me permets de dire aux femmes, attention, il y a des enfants. Le juge aux affaires familiales, il est là pour les enfants. C’est-à-dire que vous êtes des coparents, vous restez un couple parental. Et à l’étranger, c’est pas pareil. Donc ça signifie qu’il y a des choses à mettre au niveau communication, au niveau vacances, pour que le lien persiste.
[00:11:12] Gauthier SEYS: Alors en tout cas, toi tu es éducatrice de jeunes enfants, tu fais ce travail en plus. C’est vrai qu’Isabelle Thinay, dans le monde des expats et dans ce sujet malheureusement des violences conjugales, il est connu. Il y a quand même, pour terminer cette interview, un peu d’optimisme ou en tout cas un peu de satisfaction d’avoir pu apporter ton aide à un certain nombre de femmes?
[00:11:33] Isabelle TINE: Quand la plateforme C’est Vous a été créée, il y a une grande libération. Parce que clairement, j’ai porté le sujet un peu beaucoup toute seule malgré le fait que j’ai pu alerter de beaucoup de façons. J’ai énormément de mercis, de gratitude de la part des femmes. Là, je leur ai proposé de— on peut aller encore plus loin dans l’entraide, dans la solidarité. C’est que certaines n’osent pas encore verbaliser, exprimer leurs besoins. À savoir que là, le gros problème, c’est la recherche d’emploi. C’est qu’effectivement, c’est au retour en France, il y a un trou dans le CV. Elles ne prononcent pas le mot mère solo, mais beaucoup n’ont pas l’aide dont elles devraient bénéficier. Et donc c’est de dire, qu’est-ce que vous pouvez, dites ce dont vous avez besoin. Dire que j’ai besoin d’une baby-sitter dans telle ville, de se mettre en relation.
[00:12:23] Gauthier SEYS: Bon, en tout cas, on va mettre dans le descriptif plein de contacts, plein de liens qui vont pouvoir être utiles. Ne restez pas seul et lancez un échange de paroles, notamment via via le groupe Facebook Canim Isabelle Tinay. Merci pour ce témoignage. Évidemment, lorsqu’on a décidé de faire un dossier spécial divorcer en expatriation, j’ai pensé à te recevoir à ce micro. J’ai été surpris quand même qu’il y ait aussi peu de ressources sur ce domaine. Est-ce que tu peux me dire selon toi pourquoi?
[00:12:55] Isabelle TINE: Je pense que là on creuse, on pointe, et ça je l’ai vu assez vite, on pointe le fait qu’on était dans le déni. Je n’étais pas dans le déni pour part. Beaucoup d’acteurs de l’expatriation étaient dans le déni. Mes deux modératrices ont été censurées quand elles-mêmes travaillaient avec des acteurs de l’expatriation sur le fait de parler de la séparation, d’aborder le sujet dans un livre. Moi-même, j’ai été censurée, je me fais encore censurer quand je partage des articles de la séparation et des violences conjugales sur les groupes Facebook. On touche vraiment un point sur deux, les l’expatriation, c’est le summum du patriarcat parce qu’effectivement, quelque part, tout le monde est bien content que la femme, elle est conjoint suiveur. Déjà, le mot conjoint suiveur, il ne devrait plus exister.
[00:13:43] Gauthier SEYS: Nous, on dit conjoint accompagnateur sur notre radio depuis plusieurs années.
[00:13:46] Isabelle TINE: Voilà, conjoint accompagnateur. On touche aux droits des femmes et quand je vois que moi, j’étais juste éducatrice de jeunes enfants, je suis restée que 3 ans en expatriation, j’ai créé mon groupe en 2016 où Pourquoi j’ai créé le groupe? Essentiellement parce que le sujet n’était abordé nulle part. Je ne trouvais nulle part la possibilité de pouvoir exprimer mes émotions et mon ressenti. Qu’en l’espace de 3 ans, pourquoi je dis 3 ans, de 2016 à 2019, je tapais, voilà, je faisais des articles sur Facebook et que c’est à partir de 2019 où lepetitjournal.com a fait ce premier article. On touche vraiment aux droits des femmes et ça, je le dis depuis le début, les droits des femmes françaises en expatriation sont très fragiles.
[00:14:29] Gauthier SEYS: Mais cela dit, je vais quand même donner une note positive. Lorsqu’on a annoncé qu’on faisait un dossier spécial, que j’ai fait un appel à témoins, c’est la première fois que je reçois autant de mails de femmes qui veulent témoigner. Est-ce qu’on n’est pas quand même un peu en train de voir la lueur au bout du chemin Oui, ça a été effectivement.
[00:14:45] Isabelle TINE: Il y a eu depuis 2019, depuis 10 ans, il y a énormément d’articles sur le sujet, essentiellement sur lepetitjournal.com. Il y a des journaux nationaux qui se sont emparés du sujet. À mon petit degré, c’est que je dis aux femmes Parlez parce que votre parole va pouvoir montrer que c’est pas moi, Isabelle Thinay, qui parle, c’est que derrière moi il y a minimum 1288 femmes et que le sujet, il est aussi, c’est aussi le sujet des pères, mais que là faut que ça bouge parce qu’il y a un besoin énorme. Et réellement, vu les témoignages que j’ai, c’est qu’il y a pas une prise en charge. Pourquoi c’est, pourquoi ça bouge maintenant? C’est parce que c’est comme un boomerang en fait. Il y a eu un déni pendant des années, mais vraiment mis sous cloche et censure, moi-même censurée, et non volonté, une méconnaissance de vouloir creuser le sujet. Le mot mère solo en expatriation, pour l’instant, je ne le vois nulle part dans certains sondages. Il y a aucun sondage, quand je dis aucun sondage, de la part de grandes entreprises et du gouvernement à destination des Français de l’étranger en instance de séparation.
[00:15:57] Gauthier SEYS: Eh bien, en tout cas, Isabelle, nous on va faire notre travail avec nos 4 millions d’auditeurs mensuels. On va exposer clairement et le mettre sur la table, le sujet de ce divorce en expatriation rendu encore plus difficile. Merci pour ton travail et merci aujourd’hui pour ton témoignage.
[00:16:12] Isabelle TINE: Merci beaucoup à toi. Au revoir. Français dans le monde vous propose son dossier spécial Divorcer en expatriation.
[00:16:20] Gauthier SEYS: Experts, témoins et conseils. À écouter en podcast sur fdlm.fr.
[00:16:28] Isabelle TINE: Avec le cabinet français Lex Co Avocats, construisez votre divorce à distance et protégez vos droits au-delà des frontières. Plus d’informations sur dis.legal.