Être un français expatrié en 2026 en Russie. Voici l’expérience de Valentin. 10 Minutes d’inspiration pour votre vie aux quatre coins du globe. Bienvenue sur Français dans le Monde, le média de la mobilité internationale. Je suis Gautier Saïs et aujourd’hui, on décolle à Moscou avec Valentin Lenormand.
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Direction une très, très belle capitale, Moscou, pour y retrouver un Français, un Français qui a resté et n’a pas énormément, on va en parler avec Valentin. Bienvenue, bienvenue sur l’antenne de la radio des Français dans le Monde. Salut Gauthier. Tu es breton, comme ton nom l’indique, Valentin Lenormand. Tu es de Saint-Nazaire, étudiant en aéronautique et carrière de 10 ans chez Airbus.
Mais tout était fait pour que tu sois en France, un Français qui travaille de façon classique. Oui, c’est ça. Et puis arrive le moment du Covid et puis une grosse remise en question et un nouveau départ à l’étranger. Il faut dire que tu avais connu une expérience à l’étranger. Pendant deux ans, tu as vécu à Casablanca dans le but de monter une usine.
Ça t’a ouvert l’envie de découvrir les autres cultures? Exactement, c’était tout dans ma carrière. J’avais seulement 25 ans et je suis resté deux ans à Casablanca. Première expérience d’expat, de connaître la vie dans une communauté française à l’étranger. En revenant en France, j’ai toujours gardé cette nostalgie de cette vie à l’étranger.
Alors tu t’es aussi intéressé à la langue russe, une langue qui, on va pas se cacher, n’est pas facile à apprendre quand on est français. Alors oui, oui, oui. A priori, c’est quand même plus facile pour ceux qui ont pris LV2 allemand parce qu’ils découvrent les déclinaisons. Pareil pour ceux qui ont pris latin. Moi, comme tout le monde, j’ai pris espagnol, comme pratiquement tout le monde.
Et oui, ça a été un choc de découvrir en fait une nouvelle façon de réfléchir. Mais c’est intéressant, ça décuple, on va dire, le cerveau. Et puis en effet, tu vas parler du Covid en 2020, une année difficile, tu perds ton papa, tu te sépares. Tu m’as dit en préparant cette interview, j’avais la sensation d’étouffer. Ouais, alors ça peut paraître un peu ridicule aujourd’hui, mais j’étais comme pendant le premier confinement, je voyais vraiment pas l’avenir en France, comment on allait pouvoir s’en sortir.
Et j’ai eu envie de retrouver ce goût de la vie à l’étranger, de me refaire aussi un nouveau challenge. Et puis, en fait, il y a eu cette perte, le décès de mon papa et un peu tout ce qu’il y avait dans mon entourage à ce moment-là. Me rappelait mon père et j’avais envie de trouver des nouveaux paysages, enfin redémarrer quelque chose de nouveau. En effet, tu vas te lancer un challenge, ce sera de t’installer à Moscou. Tu vas décrocher une bourse présidentielle qui va te permettre de couvrir les études, le logement, d’avoir un visa.
Comment on obtenait cette bourse à l’époque? C’est un processus qui est sur plusieurs mois. On fait d’abord une demande, on passe une première étape de sélection, il faut faire une lettre de motivation, il faut passer des tests médicaux également, donc on passe plusieurs phases de tests. J’ai été pris, mais je ne peux pas dire qu’il y a eu une sélection terrible, ultra sélective, parce qu’il y a moins de demandes pour la France que de place pour la bourse. Donc si on fait tout bien, on est pris.
Et donc te voilà à Moscou, commencez de reconstruire son cocon dans cette incroyable capitale avec des bâtiments de fous. C’est quand même une autre vie qui commence pour toi. Oui, oui, oui. Alors moi, j’ai eu la chance de prendre la voie des études et d’être un peu accompagné par l’université pour mon intégration. Déjà, je dormais en logement étudiant, donc j’étais avec les autres étudiants, ça faisait tout de suite un groupe de copains, de copines, et puis on avait assigné une élève de deuxième année pour m’expliquer la vie pratique, carte SIM, carte bancaire, comment tout faire sur place.
En 2020, il y a des entreprises françaises, il y a Renault, il y a Decathlon, il y a Leroy Merlin, il y a une communauté de environ 6000 français et puis un jour tu es en cours et ton voisin de derrière va te tirer la manche. Ouais, c’est un jour que j’oublierai jamais, un peu comme le 11 septembre pour ceux qui ont appris la nouvelle, qui étaient en âge de comprendre ce qui s’est passé. Ouais c’est ça, on apprend que la Russie a commencé le SVO, a envahi l’Ukraine. Et c’est un peu la confusion dans la classe à ce moment-là. Notre prof est appelée par quelqu’un dans le couloir, on ne sait pas trop ce qu’il se passe, elle ne nous dit rien.
Et puis on découvre ça en fait par les infos sur les canaux Telegram, en allant sur Internet, comment tout est en train de changer à ce moment-là. Le 24 février 2022, donc ton 11 septembre à toi et des sanctions qui vont se mettre en place aussi bien entre l’Europe et la Russie qu’entre la Russie et le reste du monde. Des sanctions qui vont quand même tout changer. Beaucoup de Français vont partir. Mais aujourd’hui, on a toujours la preuve en est.
Le mois passé, 65 000 auditeurs ont écouté la radio des Français dans le monde sur le sol russe. Il y a une histoire, une vraie histoire entre la France et la Russie, une histoire d’amour. Comment c’est aujourd’hui que d’être Français en Russie? Comment tu as une relation avec les autres Français, une relation avec la France? La relation avec la France, ça se passe essentiellement avec l’ambassade aujourd’hui.
Dès qu’il y a des papiers, je passe par l’ambassade, tout est bien géré. En réalité, ils font leur boulot. Dès qu’on a besoin de quelque chose, ça marche. C’est juste qu’ils sont eux aussi moins nombreux qu’avant. Ils sont un peu en sous-effectif.
Après, pour la communauté sur place, effectivement, on a perdu le gros de nos expats, ceux qui bossaient pour des boîtes françaises en Russie. Il en reste un peu, mais le gros des effectifs est parti. Et aujourd’hui, la communauté française a s’est resserrée. On a plus des profils entrepreneurs, on va dire, ou des gens qui se sont intégrés dans le système économique russe. Alors justement, toi, tu vas côté business créer ton agence matrimoniale.
En 2022, ça s’appelle Valentin.love. Avec un prénom pareil, c’était fastoche. Être entrepreneur aujourd’hui, français en Russie, ça fonctionne? Oui, enfin, tout est possible avec de l’huile de coude et un cerveau. On ne va pas dire que c’est le chemin le plus facile, celui que j’ai choisi.
Et d’être entrepreneur en Russie, on a perpétuellement des adaptations à faire pour rester dans la conformité, que ce soit côté occidental ou côté russe. Par exemple, il y a tout le sujet aujourd’hui des RGPD. Où est-ce qu’on stocke les données de ses clients, comment on les traite, comment on les supprime quand les clients ne sont plus clients. Et je dois moi m’adapter au RGPD russe et au RGPD français, ce qui est au niveau gestion base de données un sacré sport. Mais oui, ce n’est pas facile, mais c’est stimulant, on va dire.
Alors, comme tu le disais, il reste on ne sait pas combien de Français sur place, on va dire à la louche 2000, des entrepreneurs, des indispensables dans certaines entreprises qui sont restées sur place et le personnel institutionnel. Mais cette vie franco-française, ça continue. Il y a encore un bar qui a diffusé la Coupe du Monde où les Français se rencontraient. Toi-même, tu vas aller jouer à la pétanque avec des entrepreneurs français dans l’espèce de central park russe. Ouais, on a un bar dans lequel il y a des terrains de pétanque en extérieur, c’est très sympa.
C’est au milieu d’un grand parc au centre de Moscou. Et ce soir, on va jouer à la pétanque. Heureusement, l’amour des Français pour l’apéro fait qu’on aime se retrouver ensemble et partager des after-work. Ça sera sans pastis, parce qu’il n’y a plus de pastis qui arrive dans le pays. Oui, oui.
En tout cas, le bar était connu pour être un des rares endroits en Russie où on pouvait avoir du pastis, mais depuis quelques années, ce n’est plus possible. Valentin, est-ce que tu crois qu’on a de France une mauvaise image de ses relations? Parce que, par exemple, on dit qu’il n’y a pas d’Internet. Parlons de ce sujet, on dit qu’Internet est coupé. Mais comment c’est possible puisqu’on a 65 000 auditeurs?
Oui, alors c’est en partie vrai. Il y a des sanctions européennes, américaines, il y a des sanctions aussi russes sur une partie de l’Internet. En réalité, tout le monde utilise des VPN pour contourner ces sanctions, donc ce n’est pas très efficace, les restrictions d’Internet. En tout cas, je n’ai pas l’impression que les États aujourd’hui, en 2026, ont trouvé des méthodes efficaces. Mais on peut le voir, en fait, même chez les jeunes.
Par exemple, on n’a pas YouTube. En Russie. Youtube est sous sanction. Il y a des jeunes qui n’ont pas Youtube et ils vivent sans Youtube. La plupart vont avoir des VPN et vont aller sur Youtube quand même, mais il y a des jeunes qui disent, bah ouais, je n’ai pas Youtube, tant pis quoi.
Je vais sur l’équivalent russe. À l’inverse, tu m’as dit qu’être français en 2026, ça t’a plutôt ouvert des portes. Oui, en fait, l’avantage, c’est que les Russes sont des gens intelligents et ils font bien la distinction entre la volonté des États et de ceux qui les dirigent, gouvernent. Et puis, les peuples, il n’y a pas du tout d’animosité entre les Russes et les Français. En tout cas, les Russes n’ont pas d’animosité pour les Français, pas du tout.
Pour les dirigeants français, c’est différent. Évidemment, on sépare les Français qui rencontrent le peuple russe et le niveau politique qui aujourd’hui est sous tension, on va pas se mentir. Oui, bien sûr. Et aujourd’hui, vivre à Moscou, dis-moi un petit peu, parce que justement, comme on a une image tronquée quand on est de France, c’est quoi ton quotidien? C’est une ville très moderne, Moscou, très avancée sur le plan, on va dire, informatique, justement, bancaire.
On paye, comment dire, sans contact partout, bien sûr. On peut se faire des virements. Je crois que c’est en place en France depuis cette année. De pouvoir se faire des virements par SMS, de compte à compte en France. Mais ça en Russie, moi je l’ai toujours connu, ça fait déjà 5 ans que c’est en place.
Donc une ville comme Moscou, c’est une vie très moderne, tout est efficace, tout est en place. On a un métro qui est incroyable. Là où par exemple Paris construit une ligne de métro et c’est tout un chantier, Nous, on construit 20 stations par an. Ce n’est pas le même rythme en fait, c’est une ville qui va très vite. Quand on fait le tour de ce qu’on appelle le M4, le périphérique, à Moscou, on voit des grues parce que la ville s’étend de façon tentaculaire en permanence.
C’est une ville qui se construit, qui change d’année en année. Après, on ne va pas se mentir, revenir en France aujourd’hui, pas fastoche parce qu’à peu près toutes les lignes ont été coupées. En tout cas, tu parles des lignes directes pour voyager? Oui. Il faut faire une escale à Istanbul quand on veut voyager entre la France et la Russie.
Il y a d’autres options, mais c’est la plus pratique. Le retour en France, je n’envisage pas du tout. Et en tout cas, tu réunis les peuples grâce à l’amour avec ton site de rencontre. Ça, on peut dire que ça restera en numéro un dans l’histoire de l’humanité, bien au-delà devant la guerre. Oui, oui, c’est sûr.
J’espère. C’est mon côté fleur bleue, un peu romantique. J’espère que les gens vont continuer à se rencontrer et essayer d’être heureux ensemble. Moi, j’ai un petit peu la peur de tout ce qui se passe avec l’intelligence artificielle et que les gens dans le futur, ils aient plutôt des robots plutôt que des femmes ou des maris. Mais oui, à priori, il y a quand même des perspectives long terme dans cette activité.
Et on le sait, sur la radio des français dans le monde, c’est souvent l’amour qui a permis de s’ouvrir aux citoyens du monde, citoyens et citoyennes du monde. L’amour est plus fort que tout quand même. Ça, c’est la bonne nouvelle de ce podcast. Oui, les expats, c’est beaucoup des histoires d’amour à la base. Quand on veut redémarrer sa vie à l’étranger, on recherche quelque chose aussi pour soi.
Alors, pour répondre à la question d’introduction, être un Français expatrié en 2026 en Russie, quelle est, toi, ta conclusion de ce podcast? C’est un challenge à plein de niveaux, mais si on est prêt à faire les efforts, je trouve que la récompense, elle est au-delà des espérances, parce que c’est un des rares pays dans le monde où, en tant que Français, on peut s’intégrer réellement dans le pays. Si on fait les efforts d’intégration et on arrive avec une démarche respectueuse, les Russes vont nous accepter et nous considérer comme des Russes. Et ça, c’est assez rare. Quand on regarde, comment dire, la planète et le nombre de pays où c’est possible, il y en a peu.
Eh bien, en tout cas, salut les Français que tu rencontreras au cochonner lors de cette rencontre de pétanque dans quelques heures. Au plaisir de te retrouver. Merci, Gauthier.
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