Je pense que mon invitée se venge un peu. Elle me nargue avec son soleil. Elle est installée dehors alors que moi, je suis dans les Hauts-de-France, sa région natale et il pleut. Évidemment, les clichés sont présents. Bonjour Stéphanie.
Bonjour Gauthier. Tu as fait exprès de placer la caméra de façon à ce que le soleil vienne inonder ton visage. Exactement. Et encore, la mère qui se trouve juste à côté d’ailleurs. On ne peut pas la voir, mais en tout cas, elle est présente.
Tu es à Madrid. C’est une jolie ville. Tu as eu un véritable coup de cœur. D’ailleurs, la preuve en est, c’est que tu es parti pour faire un Erasmus. C’était il y a 16 ans.
Est-ce que quelqu’un t’a dit qu’Erasmus, c’était un an, Stéphanie? Oui, d’ailleurs, je suis même partie pour six mois à la base.
J’ai renouvelé et j’ai décidé de m’engager presque à vie. Je suis installée effectivement à Madrid. C’est aujourd’hui ma résidence principale et j’en suis particulièrement heureuse de m’y épanouir et de grandir professionnellement et personnellement. On va parler de l’école du flamme à Madrid qui te tient particulièrement à cœur. Tu l’as créée et tu es la présidente de cette association.
Mais avant, on retrouve un peu ton parcours qui est assez simple. Né à Paris, grandi en Picardie. Erasmus, tu t’installes et tu n’y bouges plus. J’ai vite résumé, mais en fait, il n’y a pas plus à dire. En effet, c’est exactement ça.
J’ai pris cette décision parce que je me souviens très bien d’un prof qui, sur les bancs de la fac, vous a dit «Vous les Picards, vous ne quittez jamais la terre natale. Il est peut-être temps que vous alliez voir du pays.» Et j’ai décidé effectivement de m’embarquer sur cette aventure et de m’y installer. Donc voilà. Vous aviez déjà en famille l’occasion de visiter le pays, l’Espagne. Tu avais déjà une affinité particulière déjà pour l’Espagne.
Oui, tout à fait, au travers de ma grand-mère qui avait acheté un bien sur la Costa Brava, donc on venait tous les étés avec elle, passer d’excellents moments en famille. Ça me semblait tout à fait naturel, en fait. Pour moi, ce n’était pas vraiment le passage vers un pays étranger. Ça s’est fait très spontanément et très naturellement. Mais Stéphanie, ça aurait pu être Barcelone.
Oui, mais disons que je trouvais Barcelone trop grand, trop bruyant, trop agité. Et je suis une personne relativement calme, qui a besoin aussi de cette douceur. Et à Madrid, je m’y retrouvais bien mieux. Tu m’as dit que vivre à Madrid, c’était vivre dans une ville accueillante et à taille humaine. C’est ça, la grande différence que tu as avec l’autre grande ville espagnole.
C’est le côté taille humaine. Tout à fait. Et puis, on s’y sent aussi en sécurité. Et ça, c’est important, notamment quand on est parent. Une ville assez francophile, beaucoup de business pour les Français.
Oui, avec un grand dynamisme de la part des associations, de la Chambre des commerces et du réseau des entrepreneurs. Toujours de très bonnes idées, énormément de réseautage également. Et puis une entraide qui existe et qui est très importante pour accueillir les Français qui débarquent à Madrid. Est-ce que je me trompe si je dis que c’est l’offre culturelle qui est la plus étonnante dans la ville? En effet, on a la chance d’avoir Guernica ici.
Effectivement, oui, c’est son offre culturelle avec ses merveilleux musées. Ici, on ne s’ennuie pas et des offres culturelles à proposer aux enfants, on en a tout le temps. De temps en temps, tu rentres en France une à quatre fois par an. On n’est pas si loin que ça, mais je me doute que lorsque tu arrives en Picardie, notamment un jour comme aujourd’hui, tu dois être pressé de retourner sous le soleil de Madrid. En effet, en général, quand je viens, c’est en région parisienne et tout ce qui est l’agitation, etc.
Ça me va un petit peu, même si je reste très attachée à la France. Ma famille est installée. Ça me fait plaisir d’y revenir, en effet. Et puis, surtout, on va puiser aussi des bonnes idées à répliquer ailleurs. C’est toujours intéressant de revenir, mais encore mieux de repartir.
En parlant de bonnes idées, Stéphanie Adélaïde, mon invitée dans le cadre du partenariat avec Flamme Monde, a eu cette belle idée de monter l’école du Flamme à Madrid. Le projet est né en 2014. Vous allez sur vos 10 ans, vous allez faire la fête! Exactement! Une énorme fête est prévue au mois de janvier.
On va accueillir tout l’écosystème autour de la communauté éducative et flamme à Madrid. Et on souhaite effectivement que ce soit, à l’image de notre association, une fête inclusive, une fête de célébration et surtout d’histoire, parce qu’on a vécu énormément de choses, du bon comme du moins bon. Et tout ça, on souhaite le célébrer avec les parents et toutes ces personnes qui nous ont appuyés. Si on remonte dix ans en arrière, tu ne connaissais pas au départ le dispositif flamme. C’était plutôt un dispositif de loisir et plutôt pour répondre directement à une problématique pour ta fille, tu voulais qu’elle reste dans un bain biculturel.
Exactement. Au départ, je souhaitais juste créer une ambiance sympathique, un peu centre de loisirs, parce que c’est ce que j’avais connu aussi quand j’étais en France. J’étais animatrice, etc. C’était ce milieu-là, du loisir. Finalement, au contact des parents et en évoluant en fonction de leurs besoins, c’est devenu ce que c’est aujourd’hui.
Mais au départ, c’était le principal objectif. S’était proposé à ses enfants de rester connectés avec la culture d’origine. Parce que s’il ne se passe rien, vivant en Espagne, avec des copains d’école qui parlent tous espagnol, forcément, on se détache tout doucement de sa culture d’origine? Non seulement ça, donc on perd effectivement la langue, ça devient moins évident, puis en plus, c’est une langue et une culture très forte, la culture espagnole. Donc très facile aussi, dans ses mots, et elle demande moins d’efforts.
La langue française est une langue peut-être un peu plus fine, un peu plus juste, et plus complexe à utiliser et à maîtriser. Et le choix est rapide, en fait, pour les enfants. D’ailleurs, j’ai des enfants francophones qui, entre eux, jouent en espagnol. Donc, le choix est assez, effectivement, vite fait. Donc, quand ils ne pratiquent pas cette langue, ils la perdent.
Et aujourd’hui, j’ai des grands-parents qui rattrapent le coche avec leurs petits-enfants, on va dire, parce qu’en une génération, on perd facilement sa langue. Et moi, je trouvais ça dommage, en fait, parce que tout le lien qu’il y a derrière est perdu. Alors, Stéphanie, aujourd’hui, tu peux être assez fière. Toi et toute l’équipe de l’École du Flamme à Madrid, 500 enfants sont passés dans cette association. Ça fait quand même une belle participation à la culture française.
En effet, certains, la majorité d’ailleurs, sont toujours avec nous et continuent de grandir à nos côtés. Pour tout ça, effectivement, on en est très, très fiers. Et quand je regarde un petit peu en arrière, tout le travail qui a été fourni, tout ce qui a été proposé, la façon dont ça a évolué, je ne peux en être que fier, en effet. Et le système Flamme s’est rodé avec le temps. Aujourd’hui, tu considères que c’est un enseignement de très bonne qualité.
Tout à fait. On a basculé de l’offre ludique loisir à un enseignement de la langue française de bonne qualité, reconnu, comme je disais, par l’écosystème Flamme. Et ça se voit, tout simplement, par les projets ou les productions fournies par nos enfants, tant par l’écrit. En fait, on participe à un super projet sur le journalisme cette année. Les enfants ont un niveau de langue qui est assez spectaculaire.
Qui leur permettent facilement d’intégrer un lycée français, de se réintégrer dans le système scolaire ordinaire en France, ou tout simplement de penser à leurs études supérieures en France. Et ça, c’est leur offrir une opportunité incroyable pour leur avenir. Sur la radio des Français dans le Monde, une famille va s’installer à Madrid, ou viennent s’installer. Comment on vous contacte? Comment on entre en relation avec vous?
Alors on peut facilement nous trouver notamment lorsqu’on va sur le site du consulat, c’est un peu le premier pas quand on s’installe dans un pays, donc dans la liste des associations aussi en passant par les médias locaux dans lesquels nous sommes présents et puis un bon référencement également sur internet lorsqu’on tape par exemple apprendre le français ou jouer en français ou son cours de loisir, il est très facile de connecter avec notre association et de pouvoir entrer en contact avec nous. Et si tu veux bien, je vais souhaiter à toute l’équipe, tous ceux qui ont travaillé à bord de l’école du flamme à Madrid, avec un peu d’avance, un bon anniversaire. Les liens pour découvrir votre site sont dans ce podcast. Et puis, vous faites partie maintenant de la fédération Flammemonde. Ça crée une nouvelle synergie autour du concept de flamme.
Exactement. Ça, ça a été un bouleversement, je dirais, spectaculaire qui nous a donné un élan incroyable parce qu’on a pu se regarder en face en se disant, mince, on n’est pas tout seul. En fait, on est 150 et quelques dans le monde à faire la même chose. Et là, tout d’un coup, ça nous a propulsé, je dirais, au sommet. De ce qu’on faisait, parce qu’en réalité, quand on le fait tout seul, on a l’impression que c’est un petit projet isolé.
Puis finalement, on se rend compte qu’à mon échelle, c’est 500 enfants qui sont passés par le projet, puis on se rend compte que c’est 13 000 à l’échelle internationale, c’est énorme. Donc effectivement, ça permet de travailler ensemble, de partager des expertises et de grandir ensemble. Au-delà de ça, je tiens quand même à préciser que nous, nous avons un réseau au niveau local, donc le réseau Flamme Ibérique, Espagne et Portugal. Et ça aussi, ça nous aide pas mal à grandir. On se rassemble physiquement tous les ans, on se forme ensemble, on échange des projets et pas mal d’idées.
Ça, c’est génial. Il n’y a rien de tel que la synergie. Ensemble, on est plus fort. Stéphanie, merci pour ce témoignage. Au plaisir de te retrouver.