Présentation du podcast :

Saviez-vous que les Français établis hors de France élisent leurs propres représentants au Sénat — et que quelques dizaines de voix peuvent suffire à y décrocher un siège ? C’est l’une des réalités institutionnelles que peu de gens connaissent vraiment, même parmi ceux qui vivent à l’étranger.

Sur La radio des Français dans le monde, Gauthier Seys reçoit Philippe Loiseau, vice-président du think tank « La France et le monde en commun », partenaire de la radio des Français dans le monde. Philippe Loiseau, qui suit de près les institutions représentatives de la diaspora française, revient sur les élections sénatoriales du 27 septembre dernier, au cours desquelles six des douze sièges réservés aux Français de l’étranger ont été renouvelés.

Ensemble, ils analysent le fonctionnement de ce scrutin indirect, ses grands électeurs — quelque 533 conseillers, délégués consulaires et parlementaires —, et les résultats marqués par une grande stabilité politique. Philippe Loiseau pointe une question de fond : avec 56 voix parfois suffisantes pour siéger au Palais du Luxembourg, contre 300 ou 400 dans des départements comme les Bouches-du-Rhône, la légitimité démocratique de ces élus est-elle pleinement assurée ? Il évoque également l’image souvent déformée des Français de l’étranger, leur contribution fiscale méconnue, et les réformes institutionnelles qui pourraient renforcer leur poids dans le débat national — à commencer par les prochaines élections présidentielles.

► Podcast n°3002 (Octobre 2026)

 

00:00:02 – Bienvenue sur Français dans le monde
00:00:54 – Le contexte des élections sénatoriales
00:01:21 – Comment votent les Français établis hors de France
00:01:49 – Une particularité française face aux autres diasporas
00:02:13 – Le rôle du think tank La France et le monde en commun
00:03:03 – Le scrutin du 27 septembre : renouvellement des sièges
00:03:26 – Les grands électeurs sénatoriaux, explications
00:04:07 – Stabilité remarquable des résultats électoraux
00:05:24 – L’image des Français expatriés et leur contribution fiscale
00:06:47 – Enseignements clés des élections sénatoriales
00:07:55 – La question de la légitimité démocratique
00:09:42 – Vers une réforme institutionnelle
00:10:28 – L’enjeu des prochaines élections présidentielles

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Transcription IA du podcast :

[00:00:02] Gauthier Seys: Zoom sur les élections sénatoriales et sur les résultats liés aux Français de l’étranger. 10 minutes d’inspiration pour votre vie aux quatre coins du globe. Bienvenue sur Français dans le monde, le média de la mobilité internationale. Je suis Gauthier Seysses et aujourd’hui on décolle avec Philippe Loiseau, direction Berlin. 10 minutes, 10 minutes, le podcast des Français dans le monde. Sur la radio des Français dans le monde, Bonjour tout le monde, c’est le podcast numéro 3002 et je me souviens très bien, il y a quelques années, du premier échange que j’avais eu avec Philippe, mon invité du jour, quand il me parlait notamment de ce mur de Berlin qui tombait et tu avais eu l’occasion de sauter dans une voiture pour aller vivre l’événement historique. Tu te souviens de cette interview, Philippe? Bonjour.

[00:00:54] Philippe Loiseau: Bonjour, je m’en souviens très bien, comme je me souviens très bien du contexte d’il y a 36 ans.

[00:00:59] Gauthier Seys: J’imagine. C’était quand même un moment incroyable. Ça manque un peu, des grands moments comme ça, autour de la liberté, autour de la démocratie.

[00:01:08] Philippe Loiseau: Mais la démocratie a son temps de respiration et de liberté. La preuve, on se retrouve aujourd’hui sur un sujet qui a trait à la démocratie.

[00:01:16] Gauthier Seys: On va parler des sénatoriales. C’est peut-être un sujet un peu obscur pour nos auditeurs, Philippe?

[00:01:21] Philippe Loiseau: C’est un sujet à la fois connu et mal connu. Les Français établis hors de France disposent d’un dispositif électorale qui leur permet de participer à tous les scrutins français, tous les scrutins politiques français: présidentielles, législatives, référendum, européennes, élections consulaires, et participent également indirectement aux élections sénatoriales pour élire les 12 sénateurs des Français établis hors de France.

[00:01:49] Gauthier Seys: C’est une particularité d’avoir un pays qui donne autant la parole à sa diaspora qui vit aux quatre coins du monde?

[00:01:56] Philippe Loiseau: On peut le dire, d’autres pays proposent des représentations de leur diaspora, entre guillemets, mais c’est quand même une chasse gardée pour environ une douzaine de pays dans le monde, ce qui n’est pas beaucoup. Mais c’est le cas par exemple pour les Italiens, les Portugais, pour ne parler que d’eux.

[00:02:13] Gauthier Seys: Tu es vice-président du think tank La France et le monde en commun. Rappelons le rôle de ce think tank, partenaire de la radio des Français dans le monde. Je voulais saluer toute l’équipe. C’est important aujourd’hui de se pencher au calme sur des grands sujets?

[00:02:28] Philippe Loiseau: C’est important pour nous d’avoir effectivement un rôle à jouer quand on est à l’étranger ou quand on a vécu à l’étranger et d’avoir surtout, comme c’est l’objectif de notre groupe, notre centre de réflexion, le think tank La France et le monde en commun, une approche transversale avec des perspectives nouvelles qui nous permettent de mettre le focus sur des sujets qui nous paraissent importants, qui sont en partie traités, mais en partie seulement. Donc nos interventions portent sur les politiques qui sont faites à destination des Français établis hors de France et ce qu’elles pourraient devenir si, par exemple, nos analyses étaient suivies d’effets.

[00:03:03] Gauthier Seys: Le 27 septembre dernier s’est tenu le scrutin des élections sénatoriales. On a renouvelé la moitié des sièges des représentants des Français de l’étranger au Palais du Luxembourg. Alors on va analyser ces résultats, on va se pencher sur le travail que tu as fait, qui est disponible sur le site La France et le monde en commun. D’abord, un petit mot de contexte sur ces élections, sur ce renouvellement. Avec les grands électeurs? On ne connaît pas forcément tout ça très bien.

[00:03:26] Philippe Loiseau: Tout à fait. Les grands électeurs sénatoriaux des Français de l’étranger sont un peu comme les grands électeurs sénatoriaux des Français de métropole ou des DOM-TOM. Ils sont issus d’élections qui sont les élections consulaires, pour ce qui nous concerne hors de France. Ces élections ont eu lieu au mois de mai dernier et elles ont permis l’élection ou la réélection de quelque 433 conseillers et conseillères des Français de l’étranger, qui sont rejoints dans ce collège électoral par environ 77 délégués consulaires et par les parlementaires actuels des Français établis hors de France, les 12 sénateurs et les 11 députés. Toutes ces personnes forment donc le collège électoral sénatorial, environ 533 grands électeurs.

[00:04:07] Gauthier Seys: Et sur ces élections qui viennent d’avoir lieu, on peut constater une chose finalement, c’est une assez forte stabilité.

[00:04:15] Philippe Loiseau: Le principe d’élection sénatoriale en France comme à l’étranger est en général effectivement marqué par une stabilité, on pourrait même dire un conservatisme, un renouvellement dans la continuité des comportements électoraux, ce qui nous fait qu’il y avait 6 sièges à pourvoir dont 4 sénateurs et sénatrices sortants et que sans surprise chaque liste qui concourait au suffrage, il y en avait 12, en tout cas 6 listes ont obtenu chacune un siège, ce qui fait qu’il y a un élu socialiste, une élue pour l’écologie, une élue centriste, un autre élu centriste, un élu LR et voilà ainsi de suite. Donc il n’y a pas beaucoup de stabilité, ce qui s’explique aussi par un décalage de comportement électoral des Français de l’étranger par rapport au vote des Français de France. Mais un décalage qui est doublé puisque le vote se fait au scrutin indirect. Donc les grands électeurs des Français de l’étranger ont un comportement qui n’est pas révolutionnaire, tout d’ailleurs comme l’est le comportement des grands électeurs sénatoriaux en France. On n’a pas vu non plus de très, très grandes surprises cette année, si ce n’est la montée du Rassemblement national.

[00:05:24] Gauthier Seys: J’en ai reçu pas mal des sénateurs et sénatrices des Français de l’étranger. Et souvent, on a parlé de ce problème d’image que peut avoir le Français qui vit en expatriation ou en mobilité pour diverses raisons, plus souvent par amour que pour des raisons fiscales d’ailleurs. C’est incroyable qu’on n’arrive pas à faire évoluer cette image de cette population de Français qui pourtant porte notre culture aux quatre coins du monde.

[00:05:51] Philippe Loiseau: Absolument, mais nous vivons tous en périphérie, en périphérie de la métropole, en périphérie des grands médias français qui ont naturellement pignon sur rue. Donc il ne faut pas non plus s’étonner d’être absent du centre du débat national démocratique quand nous vivons effectivement loin du monde. Par contre, nous apportons effectivement en tant qu’ambassadeurs, un petit peu chacun, nous-mêmes, de la France à l’étranger, des choses qui sont Tout à fait appréciable. Et puisque tu parlais de fiscalité, je me permets de préciser que les rentrées fiscales des non-résidents, donc la partie d’impôts français auxquels contribuent les Français établis hors de France mais aussi les non-Français qui ont des revenus de source française, tous les ans c’est environ 900 à 950 millions d’euros qui rentrent dans les caisses du Trésor public français. Donc il y a quand même une présence fiscale des Français étrangers qui n’est pas un privilège.

[00:06:47] Gauthier Seys: Concernant ces élections sénatoriales, petit zoom sur les résultats. Qu’est-ce que tu as comme enseignement?

[00:06:54] Philippe Loiseau: Mais encore une fois, les enseignements sont, sont les mêmes qu’on pouvait avoir au renouvellement précédent, sur la même série de sénateurs, puisque les sénateurs sont élus sur 2 séries différentes tous les 3 ans. On élit tous les 3 ans 6 des 12 sénateurs et sénatrices des Français de l’étranger. On voit cette stabilité, cette constante. La participation, elle est forcément au maximum puisque le vote est obligatoire. C’est naturellement intéressant. Sur 533 grands électeurs, je crois que 532 ont pu voter. Il y a eu 8 bulletins blancs ou nuls et donc 524 suffrages exprimés. Ça, ça me paraît une constante qui force le respect. D’autre part, les résultats sont dans mon étude et l’analyse que l’on en fait, c’est que la continuité étant ce qu’elle est, on n’a pas beaucoup de surprises. Parfois, à certains scrutins, une liste peut faire passer 2 sièges, mais c’est quand même assez rare. Et cette fois-ci, encore une fois, 6 listes ont obtenu chacun un siège sur les 6 sièges à pourvoir. Donc, il y a une grande continuité dans la représentation au niveau du Sénat des Français de l’étranger.

[00:07:55] Gauthier Seys: Avec 533 grands électeurs, il faut environ 55 à 60 voix pour devenir sénateur des Français de l’étranger. Si on le compare avec des départements comme le Rhône ou les Bouches-du-Rhône, la voix d’un sénateur des Français de l’étranger a-t-elle la même légitimité démocratique?

[00:08:10] Philippe Loiseau: Alors c’est là-dessus naturellement que notre analyse porte et voudrait porter davantage puisque ce constat a été fait par d’autres, mais nous l’avons fait au titre du think tank La France, l’homme, on a commun et nous pensons qu’il y a peut-être là un risque démocratique qui est bien pris dans les habitudes institutionnelles françaises que l’on pourrait peut-être réviser. En tout cas, on devrait lui apporter un petit peu plus d’attention puisque effectivement 56 voix ont suffi cette fois-ci à une candidate pour avoir siège au sénatorial, alors que dans les Bouches-du-Rhône, dans le Rhône, comme tu l’as souligné et comme notre analyse le souligne, il faut en général 250 ou 300 ou 400 voix pour avoir un siège au Sénat. Mais c’est le cas aussi, ces absurdités mathématiques, qui sont d’abord mathématiques puisque les sénateurs et sénatrices des territoires d’outre-mer ont aussi des quotients extrêmement réduits, de l’ordre d’une dizaine ou une quinzaine de voix, ce qui interpelle. Mais c’est Ça ne remet pas non plus en cause la légitimité propre des représentants démocratiquement élus aux institutions, mais ça fragilise un petit peu leurs bases démocratiques puisqu’elles sont, en tout cas pour les Français établisseurs de France, aussi des bases fragiles dans la mesure où les grands électeurs des sénateurs des Français de l’étranger sont aussi élus avec une base étroite qui est parfois de 10% du corps électoral. Donc là, il y a matière, je pense, à des réflexions d’ordre institutionnel afin que la démocratie respire davantage en France dans le cadre des institutions que nous connaissons aujourd’hui.

[00:09:42] Gauthier Seys: Justement, Philippe, pour conclure, si on regarde l’avenir, faut-il une réforme de fond?

[00:09:47] Philippe Loiseau: La loi permet de faire des réformes qui sont du domaine de la loi. On peut appeler ça une réforme de fond, ce n’est pas non plus une réforme constitutionnelle à proprement parler. Il y a des marges, je pense, qui permettraient peut-être à modifier aussi, à varier le profil des élus et des élues en général. Ça me paraîtrait, moi, une bonne chose dans un cadre plus ample de réflexion de nature politique et institutionnelle. On parle beaucoup de VIe République, on en est encore très loin aujourd’hui. Que peut-on faire effectivement pour cette République, pour cette Ve République, et lui apporter peut-être une nouvelle respiration démocratique? Je pense que ça passe par une réflexion d’abord de nos parlementaires, députés et sénateurs et sénatrices.

[00:10:28] Gauthier Seys: Philippe, on s’est parlé pour les élections consulaires, aujourd’hui on fait le point sur les élections sénatoriales. Prochaine grande étape, ce sera les présidentielles.

[00:10:36] Philippe Loiseau: Est-ce que c’est pas à l’occasion de ces élections qu’on va se rendre compte que finalement ces Français de l’étranger ont une voix importante On le dit également à chaque scrutin présidentiel, il faut environ compter 1 700 000 électeurs, électrices dans les consulats, ce qui représente à peu près un département comme le Rhône, comme les Bouches-du-Rhône, on y revient. Alors si l’élection se joue à quelque 5 000 ou 10 000 voix, il pourrait effectivement là y avoir un tropisme à trouver du côté des Français de l’étranger. C’est loin d’être la preuve, c’est loin d’être prouvé, mais ça peut valoir le coup d’y réfléchir et d’en parler. Parler. Nous sommes à ta disposition naturellement pour faire progresser ces discussions sur ta radio et auprès des médias en général, pour mettre en valeur l’intérêt, l’intérêt qu’on aurait à s’intéresser aux Français de l’étranger et à leurs institutions qui, qui participent aussi au renouvellement démocratique de la France.

[00:11:36] Gauthier Seys: Et pour commencer, nos auditeurs peuvent déjà, en prévision de ces élections, ne pas oublier de s’inscrire sur les listes électorales, parce qu’on peut voter quand on est à l’étranger. Il y a plein de solutions pour les élections présidentielles. On peut pas voter par internet, on pourra pas voter par internet.

[00:11:51] Philippe Loiseau: Le vote en personne à l’urne ou par procuration seulement.

[00:11:54] Gauthier Seys: Enregistrez-vous, faites vivre notre démocratie et allez faire un tour sur le site de notre partenaire La France et le Monde en Commun. Philippe, merci.

[00:12:02] Philippe Loiseau: Je te remercie, je te remercie beaucoup. Français dans le Monde, le média de la mobilité internationale, radio et podcast sur fdlm.fr.

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