Vous allez plonger au cœur d’une nouvelle histoire inspirante. Bienvenue dans 10 minutes, le podcast des français dans le monde. Je suis Gauthier Saïs et j’ai le plaisir de passer 10 minutes avec Marie Truchassou, experte RH en mobilité internationale. 10 Minutes, le podcast des français dans le monde. Francaisdanslemonde.fr Marie, je te resalue puisque tu es déjà venue sur l’antenne de la radio des Français dans le Monde pour parler de ton parcours.
Bienvenue. Merci beaucoup. Merci pour l’accueil. C’était le podcast 2282. Je vous invite à l’écouter.
Et dans ce podcast, on avait allumé une lumière rouge, un phare sur le sujet de la carrière et de la retraite des conjoints accompagnateurs. Et on s’était dit qu’on allait se retrouver. C’est chose faite. Super. On va parler d’un sujet important.
Alors, on va dire qu’avec le temps, on a commencé à identifier des trous dans la raquette. Et ce podcast, si vous êtes à la place du conjoint accompagnateur, je vous invite à l’écouter attentivement parce que si on ne peut pas forcément résoudre les problèmes, on peut au moins s’y préparer et peut-être s’entourer des bonnes personnes pour que le jour venu, le jour où vous arriverez à cette retraite méritée, vous ayez tous les documents qu’il faut. En gros, Marie, on te demande des documents, mais à un certain âge, c’est peut-être un peu trop tard pour récupérer ces documents. Si on s’en occupe à la dernière minute, on est à peu près sûr d’aller dans le mur. Alors oui, parce que quand on a une carrière française, on va dire classique, les choses sont assez simples.
Le relevé de carrière marche assez bien sur monassuranceretraite.fr. D’ailleurs, je vous invite tous à créer un compte pour avoir une première idée de comment se répercute votre relevé de carrière et les trimestres que vous avez cotisés jusqu’à présent. Mais c’est vrai que dès qu’on effectue des activités et des périodes à l’étranger, en particulier dans des pays orieux, les choses se complexifient. Et les périodes ne sont pas forcément reflétées, notamment dans le cadre des conventions bilatérales. Et en fait, c’est lorsqu’on sera âgé de 55 ans qu’on peut faire les démarches pour refléter ces périodes.
Donc à ce moment-là, il faut avoir les bons documents. Et c’est là où c’est important d’avoir anticipé puisque certains documents peuvent être émis par votre employeur. Et personne n’a la garantie que quand vous aurez 55 ans, votre employeur sera toujours en place pour vous aider à fournir ces documents. Donc il faut être proactif par rapport à ça. Garder ses bulletins de paie, mais il y a aussi d’autres documents effectivement qui sont requis pour être dans la meilleure position au moment de la liquidation de sa retraite.
Et en effet, peut-être s’entourer d’un professionnel qui va savoir récupérer les bons documents. On met tout ça dans un petit dossier. On attend le moment voulu pour pouvoir les présenter et pour remplir les trous parce qu’il peut y avoir des trous dans le dispositif. Quand on part, on peut se retrouver dans des situations plurielles. Je peux travailler, je ne peux pas travailler.
Et même si je travaille, ce n’est pas non plus garanti que ça va assurer ces fameux trimestres. Tout à fait. Alors après, les choses sont assez simples quand on bouge au sein de l’UE puisqu’il y a le règlement communautaire quand même qui est extrêmement facilitateur et sur les périodes passées dans un autre pays de l’UE, dans le cadre d’une activité salariée, la période est considérée pour le calcul de la retraite en termes de période au niveau France. Donc c’est ce qu’on appelle la totalisation. Après, pour les pays orgueux, c’est assez simple en fait, soit il y a des conventions bilatérales qui couvrent l’aspect retraite et à ce moment-là il y a une possibilité de totalisation, soit s’il n’y a pas de convention bilatérale, à ce moment-là la période passée dans le pays en question n’est pas considérée et il faut se poser la question effectivement de faire une affiliation à titre volontaire au régime de base français pour essayer de ne pas perdre sur cette période-là.
Mais toujours est-il, il est aussi important d’avoir un gros warning si on a des carrières, on va dire, vraiment internationales, dans le sens où on commence à partir dans plusieurs pays, avec une carrière par exemple, je ne sais pas, au Japon, ensuite en Chine, aux Etats-Unis. Peut-être qu’il y a des conventions bilatérales et qu’il y a la totalisation, mais en général, les conventions ne se cumulent pas entre elles, et donc à ce moment-là, en fait, il faut choisir une période, on ne peut pas cumuler les périodes. Donc là, à nouveau, se pose la question, qu’est-ce que je fais pour ces périodes-là pour ne pas les perdre? D’autant plus qu’on l’a tous vu sur les dernières modifications législatives, il faut de plus en plus cotiser, le nombre de trimestres augmente, donc chaque trimestre compte. Et aussi, un point important qu’on a discuté un peu en offre ensemble, Gauthier, c’est que dès qu’il y a une décote, C’est-à-dire dès que vous n’avez pas le nombre de trimestres nécessaires pour atteindre une retraite à taux plein, cette décote ne s’applique pas que sur la retraite de base, mais également sur la retraite complémentaire et sur le montant qui vous est délivré par votre retraite complémentaire.
Et à ce moment-là, c’est un mécanisme de double peine qui est extrêmement impactant financièrement parlant. Alors, selon les employeurs, selon les pays, selon parfois le métier que l’on pratiquait en France, que l’on ne pourra pas pratiquer à l’étranger, on va essayer de faire un petit peu le tri. Déjà, si on ne peut pas travailler, on est interdit de travailler, on n’a pas le visa qu’il faut, qu’est-ce qu’on peut faire? Après, il y a toujours des mécanismes qui permettent une affiliation à titre volontaire, que ce soit en chargée de famille ou en personne qui a déjà été affiliée au régime de sécurité sociale. Les cotisations sont quand même assez importantes et c’est un investissement.
Moi, j’avoue que dans le cadre de mon conseil aux expatriés, mais aussi aux organisations, j’invite beaucoup, en termes de bonne pratique, de permettre d’affilier les conjoints et en fait que le coût soit supporté par l’employeur. Après, c’est une grosse décision stratégique parlant, puisque le fait de prendre en charge cet élément pour le conjoint, c’est souvent considéré comme un élément taxable qui génère de l’imposition qui doit être prise en charge par l’employeur, donc ça peut être un gros investissement de leur part. Peu le font au jour d’aujourd’hui, mais c’est toujours quelque chose qui peut être négociable et j’invite toujours les expatriés, parce que pour moi c’est quand même quelque chose d’assez significatif et qui se justifie en termes de négociation, donc je les invite toujours à négocier ce point. Et c’est vrai qu’à ce moment-là, en fait, si on n’a pas d’emploi, au moins on n’a pas de pénalisation sur l’aspect retraite en France en termes de totalisation des périodes et du nombre de trimestres requis pour avoir une retraite à tout plein, donc la situation est neutre à ce niveau-là. Mais même si on travaille, l’affaire n’est pas résolue pour autant.
Non, puisque là, à nouveau, on tombe sur la problématique. Est-ce que vous êtes au sein de l’UE? Est-ce que vous êtes au sein d’un pays avec une convention bilatérale ou pas? Ou sans convention bilatérale? Et c’est vrai qu’en fait, il faut toujours anticiper.
Vous êtes souvent deux passages pour une durée temporaire dans un pays. Peut-être que vous avez un gros niveau de rémunération. Je pense notamment aux personnes qui vont aux US ou à Singapour. L’affaire n’est pas forcément toujours en votre faveur, donc il faut anticiper. Et des fois, ça peut faire sens effectivement de cotiser à titre volontaire à la CFE.
Donc c’est vraiment un sujet à étudier, mais la CFE ne couvre que la retraite de base. Il y a aussi la retraite complémentaire qui va constituer quand même une part très significative du montant final versé au moment de la retraite. Donc il faut bien distinguer aussi ces deux points qui sont complètement distincts en termes d’appréciation. Ça c’est très complexe et il vaut mieux se faire conseiller par un expert sur le sujet. Mais Marie, il y a une solution, c’est le rachat de trimestre.
Alors le rachat de trimestre c’est une solution, c’est vrai, mais c’est limité. On peut racheter uniquement 12 trimestres. Donc 12 trimestres c’est 3 ans, ça passe très rapidement. Surtout quand on a quasiment 172, si je me rappelle bien, trimestres à cotiser au total. Et la difficulté, c’est que le prix du rachat du trimestre dépend de différents facteurs et en particulier de l’âge.
Et donc, plus vous tardez à racheter votre trimestre, plus le coût sera important pour vous. Et il faut faire un vrai calcul pour définir si ça vaut financièrement le coût pour vous de racheter votre trimestre ou s’il vaut mieux avoir une décote. En certaines situations, ce n’est pas forcément un intérêt pour vous de faire un rachat de trimestre. Le rachat peut coûter plus cher que finalement toucher un peu moins de retraite. Exactement, c’est un vrai calcul à faire.
Quant à ce poste de chargé de famille, on en a touché un mot tout à l’heure, on peut cotiser aussi, c’est important de le rappeler. Oui, on peut cotiser et c’est vrai que je crois que c’est à peu près 1100 euros par trimestre, donc ça vaut le coup. Et c’est vrai que moi, j’incite toujours les conjoints et conjointes à en discuter avec l’expatrié parce que c’est vrai que Souvent ce n’est pas un point qui est abordé par l’employeur et souvent on fait de manière implicite l’accord entre guillemets qu’il y a dans le couple et de dire on part en expat ensemble, on bénéficie de cette situation financière et de cette opportunité de carrière, mais c’est vrai que de manière absolue, On le voit de plus en plus, il y a des ruptures dans les couples, c’est pas garanti de rester à vie ensemble. Et c’est vrai que pour le conjoint et la conjointe, éventuellement partir en expat peut avoir un impact sur sa carrière, sur sa retraite à taux plein, surtout si rien n’est fait en termes d’affiliation à titre volontaire au régime français. Et à ce moment-là se pose la vraie question, la compensation de l’impact suite à rupture.
Ça commence à être un sujet qui, émergent dans les discussions, surtout au moment des liquidations de retraite de conjoints d’anciens expatriés, qui réalisent l’impact d’avoir accompagné pendant dix ans l’expatriation de leurs conjoints, ils réalisent l’impact en termes de décote sur leur retraite de base, et à ce moment-là, c’est vrai que c’est une très mauvaise surprise. Alors on a quand même vu sur ce dernier quart de siècle une évolution, notamment dans des interviews que j’ai déjà pu donner sur le sujet de la place du conjoint accompagnateur. On dit souvent maintenant que l’entreprise qui envoie un salarié envoie toute la famille. Il y a vraiment une égo avec l’entreprise, non pas juste du salarié, mais de tous ceux qui vont partir avec. Et là, il faut vraiment se mettre autour de la table.
Il faut, et puis parce que de toute façon, la réussite dans l’intégration du conjoint et de la famille est pour moi un vrai levier de réussite de l’expatriation globale et pour tous les acteurs. Et d’ailleurs, c’est pour ça que l’été dernier, j’ai rédigé un e-book sur les conjoints d’expatriés. J’ai une V2 qui est en préparation pour janvier 2025 où je donne des solutions pour les expatriés, mais aussi pour les organisations, parce que je pense que c’est des deux côtés que les choses doivent évoluer et que le sujet doit être discuté et mis sur la table. Pour moi, c’est important que les conjoints en parlent, témoignent, expriment l’impact que la décision ou la non-décision de l’employeur, on va dire en termes de soutien, peut avoir. Il y a des choses à changer et effectivement, il faut intégrer un peu plus le conjoint dans la négociation RH.
Au jour d’aujourd’hui, De mon expérience, il n’y a que dans 5 des cas que les conjoints sont vraiment intégrés dans la négociation RH avec l’appréciation, l’impact sur leur propre situation personnelle. Après, c’est vrai qu’on a de plus en plus de solutions. Internet est quand même un énorme outil pour trouver des solutions pour ce genre de problématiques. Mais pour moi, l’employeur a quand même une certaine responsabilité. Il n’envoie pas que l’expatrié, il envoie l’expatrié et sa famille, conjoint inclus.
Donc, il doit accompagner. Après, je pense que la magie de la société où on vit aujourd’hui, c’est qu’on n’est pas forcément obligé de travailler stricto sensu, de manière présentielle, comme c’était le cas dans les trente dernières années. Désormais, on peut aussi travailler à distance, donc l’expatriation, ça peut être aussi une opportunité pour les conjoints et les conjointes. De créer cette chance de réapprécier leur carrière, réapprécier leur parcours, éventuellement en profiter pour faire une reconversion professionnelle. C’est possible de travailler à distance, il y a des métiers qui sont assez simples pour faire ce genre d’activités, assistantes virtuelles, ressources humaines internationales, et c’est vrai que l’aspect international peut même être un atout à ce moment-là quand on est expatrié, et il faut y jouer, il faut l’apprécier, il ne faut pas se dire que rien n’est possible et qu’on est juste bloqué dans son statut de conjoint suiveur.
Et Marie, ma dernière question, est-ce qu’il y a toujours une solution? Il y a des solutions et c’est vrai que de plus en plus, je le vois après, c’est parce que je suis peut-être aussi entourée de personnes qui sont intéressées par la question, mais par exemple, je sais qu’il y a certaines formations qui se développent pour devenir assistante virtuelle, qui sont complètement ciblées pour les femmes d’expatriées. Typiquement, Delphine Viau, c’est ce qu’elle essaie de développer, de dire, moi-même, je suis expat en Espagne, j’ai décidé de devenir assistante virtuelle et c’est ce que je fais aujourd’hui. Vous aussi, vous partez en expatriation, vous pouvez prendre cette étape d’être conjoint d’expat pour développer vos compétences et réaliser une activité. En plus, la chance, c’est qu’à ce temps virtuel, c’est un peu comme une activité à temps partagé.
On choisit le ratio, on va dire, de temps qu’on souhaite passer. On n’est pas obligé de travailler à 100%. Donc on s’épanouit, on fait quelque chose, on a de la PAX, c’est super. Et après, il y a d’autres activités, typiquement RH, où aussi on peut être travaillé à temps partagé, être aussi axé sur l’humain et l’aspect international peut être un atout. Et par exemple, Aurore Collin est en train de développer tout un programme d’accompagnement pour définir une nouvelle profession en RH, même pour des cas de reconversion.
Et faire un accompagnement. Et en fait, c’est tout à fait adapté aux personnes qui sont expatriées, même à l’autre bout de la Terre. Donc, il y a des choses qui peuvent être faites. Et en plus, vu que c’est en français et que ça permet, on va dire, de garantir une certaine continuité de carrière, ça permet une réintégration au retour et sans avoir un impact trop significatif avec un énorme trou dans son CV dû à l’expatriation. Donc, il y a des choses à repenser.
C’est fini les carrières, on va dire, ad vitam aeternam, avec le même employeur et avec le même job. On peut changer, mais il faut juste se faire accompagner par la bonne personne. Et la particularité des expatriés, c’est que vous êtes dans une situation particulière, il faut l’apprécier. Vous avez des compétences particulières, il faut les utiliser en levier. C’est pour ça qu’il faut s’orienter plutôt sur des personnes et des programmes d’accompagnement qui prennent vraiment en considération ces atouts-là pour les mettre en avant.
Merci Marie, c’est clair. Et puis on en parle. En parler, c’est déjà faire avancer le sujet. Merci pour ton expertise. Au plaisir de te retrouver.