Présentation du podcast :

Quarante-deux ans dans l’Éducation nationale et dans des établissements français à l’étranger : est-ce que l’on sort changé, en tant qu’enseignant, d’avoir exercé son métier aux quatre coins du monde — et que dit ce regard sur l’état de l’école aujourd’hui ?

Philippe Hoffmann a débuté sa carrière en 1979 comme instituteur en Alsace, avant de basculer dans le second degré et de partir à l’aventure internationale. Réunion, Alger, Comores, puis Beyrouth dans un établissement américain : autant d’escales qui lui ont permis de traverser des systèmes scolaires très différents, d’observer des élèves et des équipes aux profils variés, et d’accumuler une expérience rare. Rentré en France après le Covid, il publie aujourd’hui Comme un arbre dans la cour, un livre qui tire le bilan de ce long parcours.

L’épisode revient sur ce qui distingue réellement les élèves scolarisés à l’étranger de ceux de métropole, sur le rôle des frais d’écolage dans la gestion des établissements du réseau AEFE, et sur les raisons profondes du décrochage de la France dans les classements internationaux. Philippe Hoffmann parle sans détour du « pédagogisme », de la perte d’autorité symbolique de l’enseignant, de l’instabilité ministérielle — et pourtant, il défend avec conviction un métier qu’il dit avoir « tant aimé ». Un témoignage ancré dans le vécu, utile autant pour qui envisage d’enseigner à l’étranger que pour qui s’interroge sur l’avenir de l’école française.

► Podcast n°3011 (Octobre 2026)

00:00:02 – Bienvenue avec Philippe Hoffmann, 42 ans dans l’Éducation nationale
00:00:53 – Le désir de découverte qui pousse à partir enseigner ailleurs
00:01:54 – Un parcours international : Réunion, Alger, Comores, Beyrouth
00:02:26 – Le choc culturel des élèves respectueux en outre-mer
00:04:01 – Les différences entre le réseau AEFE et l’Éducation nationale
00:05:05 – La baisse du niveau scolaire en France métropolitaine
00:07:10 – Les revendications des lycéens : symptômes d’un déclin structurel
00:08:52 – Comme un arbre dans la cour : symbole de résistance et de transmission
00:09:44 – Être professeur reste le plus beau métier du monde
00:10:45 – Transmettre l’aventure internationale à ses enfants

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Transcription IA du podcast :

[00:00:02] Gauthier Seys: Regard d’un enseignant ayant vécu 42 ans dans l’Éducation nationale et dans le réseau AEFE à l’étranger. 10 minutes d’inspiration pour votre vie aux quatre coins du globe. Bienvenue sur Français dans le monde, le média de la mobilité internationale. Je suis Gauthier Seysses et aujourd’hui, on décolle avec Philippe Hoffmann en Alsace. 10 minutes, 10 minutes, le podcast des Français dans le monde. L’éducation, il était fait pour ça. Dès 79, il débute sa carrière d’enseignant. Aujourd’hui, il sort un livre, Comme un arbre dans la cour. On va revenir ensemble sur 40 ans de cette institution de l’Éducation nationale qui aujourd’hui souffre un peu. Peut-être que le regard de Philippe nous éclairera. Bonjour, bienvenue.

[00:00:52] Philippe Hoffmann: Bonjour Gauthier.

[00:00:53] Gauthier Seys: On se parle depuis l’Alsace d’où tu es originaire, mais même si tu as fait une bonne partie de ta carrière là-bas, dans les salles de professeur des écoles, instit, directeur d’école, formateur. Tu vas aussi vivre l’aventure de l’international, toi et madame et les enfants. Comment c’est arrivé cette envie de changer de lieu?

[00:01:17] Philippe Hoffmann: C’est tout simplement un désir de découverte, alors de découverte à la fois sur le plan personnel mais aussi sur le plan professionnel. J’avais fait le tour de la question sur le plan professionnel en étant dans le premier degré pendant 20 ans. Donc tu as évoqué les différentes fonctions que j’ai exercées et après une vingtaine d’années, j’ai souhaité passer dans le second degré, d’où cette carrière atypique, c’est-à-dire une expérience en tant qu’instit et une expérience en tant que prof d’histoire-géo et j’ai exercé principalement cette fonction de prof d’histoire-géo en outre-mer et à l’étranger.

[00:01:54] Gauthier Seys: Alors tu as vécu 5 ans à l’île de la Réunion, ensuite tu rentres dans le réseau AEFE et tu vas travailler 5 ans à Alger, ensuite direction les Comores, où tu es conseiller pédagogique dans l’océan Indien. Et en 2018, dernière expérience, c’est à Beyrouth au Liban dans un établissement américain. Là, on sort de l’AEFE, tu es directeur adjoint et c’est après le Covid que vous décidez de rentrer en France. Donc finalement, ta carrière, Philippe, tu as connu un peu tous les systèmes d’éducation.

[00:02:26] Philippe Hoffmann: Effectivement, tous les systèmes d’éducation, ce serait peut-être un peu prétentieux, mais j’en ai connu quelques-uns. Donc bien sûr, le système en France métropolitaine qui est est le même que celui d’outre-mer, mais avec des élèves qui étaient différents. Moi, ce qui m’a frappé en outre-mer, à La Réunion, lorsque j’y suis arrivé en 2005, c’est que j’ai retrouvé des élèves tels que je les ai connus 20 ans auparavant, des élèves respectueux, polis, qui avaient une réelle soif d’apprendre, pas de problèmes disciplinaires en classe. Donc c’était quelque chose de nouveau parce qu’en France métropolitaine, à cette époque-là, on commençait déjà à avoir quelques problèmes de ce type dans les salles de classe, que ce soit au collège ou au lycée.

[00:03:08] Gauthier Seys: C’est quand même incroyable. Tu t’éloignes en quelques milliers de kilomètres de la France, tu restes dans le système de l’Éducation nationale, mais le temps se décale aussi. Tu retrouves des élèves qui, en effet, t’attendent devant ta salle de classe 2 par 2, qui ne s’assoivent que quand tu les autorises. Tu as un choc quand même à ce moment-là? Il y a une espèce de choc?

[00:03:29] Philippe Hoffmann: C’est un mini choc culturel, mais c’est surtout, j’avais l’impression qu’on me provoquait parce que je n’avais plus cette habitude. Et en fait, c’était leurs habitudes, leurs vraies habitudes d’élèves que je retrouvais avec grand plaisir. Et ça s’est amplifié, mais disons, j’ai vécu la même chose dans les différents postes d’expatriation que j’ai connus par la suite. Donc c’est une des grandes différences entre des élèves, là on parle d’élèves, des élèves à l’étranger et des élèves en France métropolitaine.

[00:04:01] Gauthier Seys: Concernant le réseau AEFE, donc, que tu as pu étudier, il y a quand même pas mal de différences, un peu plus de moyens. Le côté aussi, il faut payer l’école, fait qu’il y a de meilleurs moyens?

[00:04:12] Philippe Hoffmann: Alors, je pense que le problème de l’Éducation nationale en France est un problème justement de gestion de l’argent public. Si vous avez un établissement français à l’étranger qui gère ses propres deniers par les frais d’écolage qui sont payés par les parents, il y a une proximité qui fait qu’on gère vraiment les problèmes locaux, les problèmes afférents à l’établissement, avec bien sûr la coopération avec les parents d’élèves dont le rôle n’est pas à négliger, qui est très important et qui peut-être n’est plus celui exercé en France par certains parents d’élèves. Je ne tombe pas dans le travers de généraliser ce genre de difficultés, mais c’est vrai que les établissements français de l’étranger que j’ai connus ont tous eu des moyens qui n’étaient pas ceux d’un lycée français lambda en métropole.

[00:05:05] Gauthier Seys: Alors, on parle des moyens évidemment, mais on peut parler aussi du niveau. Tu l’as vu baisser. On a eu le rapport PISA il y a peu de temps. Grosso modo, on a été quoi, plus laxiste sur le niveau exigé de l’élève?

[00:05:20] Philippe Hoffmann: Je pense qu’il faudrait effectivement revenir à davantage d’exigences. Et le problème de cette baisse de niveau qui est mise en avant, en exergue par les évaluations nationale et interne de PISA évidemment, où on est passé de la 10e place en 2025 français et maths à la 30e. C’est carrément une chute, un déclin sur le plan des connaissances qui, à mon avis, est dû parfois à un pédagogisme qui n’était pas efficace et j’insiste pédagogisme et non pas pédagogie. Les méthodes pédagogiques, à un moment donné, nous incitaient à ne plus faire apprendre par cœur des règles de grammaire, à ne plus faire apprendre par cœur des tables de multiplication, multiplication, tout cela devait découler sur la tête et rentrer dans le cerveau des élèves par je ne sais quel miracle. Donc on est en ce moment face à une situation qui est dramatique sur le plan des résultats scolaires. Il y a eu aussi une évolution certaine de la place de l’enseignant dans la société, sans parler de Pagnol avec la trilogie le maire, le curé et l’enseignant. Pendant très longtemps, les enseignants étaient les détenteurs, surtout en primaire, des détenteurs du savoir. Ça a heureusement beaucoup évolué, je dis heureusement. Donc les parents ont souvent eu ensuite, à un moment donné, les mêmes diplômes, la même culture générale, voire ont dépassé les enseignants dans ce domaine. Donc il n’y avait plus cette relation qu’il y avait au départ et une relation aussi de confiance. Je crois que ce qui est important aussi dans le succès, la réussite d’un élève, c’est la confiance, le climat de confiance qui doit exister entre parents et enseignants, où que tu sois.

[00:07:10] Gauthier Seys: Et aujourd’hui, quand tu regardes l’actualité, que tu vois les revendications des lycéens, tu as vu les tempêtes, tu as vu les réformes, tu as vu passer, défiler un grand nombre de ministre de l’Éducation, est-ce que tu es surpris qu’on en soit là?

[00:07:29] Philippe Hoffmann: Pas du tout, malheureusement. C’est-à-dire que ce qui se passe actuellement en France métropolitaine avec les lycéens, c’était une évidence que cela allait se produire. Alors c’est souvent le cas avant des élections, c’est souvent un peu l’occasion qui fait le larron, mais disons, c’est, ce sont, tu l’as dit, des revendications qui sont absolument justifiée. Le problème, c’est qu’ensuite ça peut être récupéré. Je ne vais pas faire là mon avocat du diable, mais disons il y a effectivement ce problème des lycéens, mais qui n’est que le reflet d’un déclin, je réutilise ce terme-là, depuis une quarantaine d’années. Que des élèves n’aient pas suffisamment de mobilier, pas de chaises, pas de tables, que des enseignants— on trouve 3000 enseignants d’un coup de baguette magique alors que s’il n’y avait pas eu cette manif, ils seraient restés dans leur établissement sans avoir d’élèves, donc payés, excusez-moi du terme, à ne rien faire. Ce sont les symptômes d’un ministère qui est désorganisé, donc forcément inefficace. Et ce n’est pas une question d’argent, la France a un des budgets d’éducation nationale les plus importants de l’OCDE. Malheureusement, les résultats ne suivent pas.

[00:08:52] Gauthier Seys: Philippe, tu commences ta carrière d’enseignant en 79, une partie en France, une partie à l’étranger. En mars 2025, tu commences à écrire Comme un arbre dans la cour. Je t’ai demandé pourquoi, parce que tu m’as dit, ben, partout où je suis allé, que ça soit encore une fois du côté de l’Alsace ou ensuite à La Réunion, Alger, au Liban, à chaque fois, il y a un arbre dans la cour. C’est l’endroit où On voit les enfants, on échange avec eux. C’est un symbole pour toi, cet arbre dans la cour?

[00:09:22] Philippe Hoffmann: Absolument. Pour moi, c’est le symbole de la capacité justement à résister aux différentes tempêtes que j’ai pu connaître. C’est aussi le témoin de cette évolution de l’institution, de l’École avec un E majuscule et du passage de centaines, voire de milliers d’élèves que j’ai pu croiser au cours de ma carrière.

[00:09:44] Gauthier Seys: Et ma dernière question, c’est un beau métier professeur. Moi, quand j’étais tout petit, je voulais être prof. Évidemment, tout le monde quasiment a eu cette envie-là. Quand on voit aujourd’hui le problème de sa rémunération, le problème de sa valeur dans la société, etc., tu penses qu’il y a encore vraiment des gens qui aujourd’hui auront envie d’aller sur ce métier?

[00:10:05] Philippe Hoffmann: Je pense que le métier reste, pour moi bien sûr, le plus beau métier du monde parce qu’il n’y a pas un plus beau cadeau que de pouvoir transmettre des connaissances, des savoirs, des savoir-faire à des enfants et des ados. Et je termine mon livre dans l’épilogue par la phrase suivante: voilà, j’ai quitté un métier qui m’a tant donné et que j’ai tant aimé. Je crois que c’est un métier qui peut donner énormément de satisfaction à celui ou à celle qui l’exerce, à condition qu’on lui en donne les moyens et qu’il y ait une réelle reconnaissance de la part de la société.

[00:10:45] Gauthier Seys: Eh bien, je vais envoyer ce podcast aux 3747 ministres qui se sont succédé depuis ton début de carrière, Philippe Hoffmann, comme un arbre dans la cour. Si j’ai bien compris en discutant hors antenne avec toi, Philippe, aujourd’hui, ton expérience d’expat, ça a fait des petits puisque chez tes enfants maintenant, on vit aussi à l’étranger.

[00:11:05] Philippe Hoffmann: Oui, on a un fils, on a la chance d’avoir un fils qui est à Singapour et ma belle-fille est prof d’EPS au lycée français de Singapour.

[00:11:13] Gauthier Seys: Très bien. Et avec des petits enfants qui aujourd’hui se retrouvent dans des cours de récré avec des arbres.

[00:11:19] Philippe Hoffmann: Tout à fait.

[00:11:20] Gauthier Seys: Merci pour ce témoignage. Le livre, pour pouvoir le commander, est disponible dans le descriptif de ce podcast. À bientôt Philippe.

[00:11:28] Philippe Hoffmann: Merci beaucoup Gauthier. Français dans le monde, le média de la mobilité internationale.

[00:11:37] Gauthier Seys: Radio et podcast sur fdlm.fr.

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