Présentation du podcast :

Qu’est-ce qui pousse un homme né en Afrique, de nationalité franco-canadienne, à consacrer une grande partie de sa vie à défendre une langue — le français — sur plusieurs continents à la fois ? Et surtout, comment cette mission prend-elle corps dans le quotidien, entre une rame d’aviron, un micro de radio et les rues de Phnom Penh ?

Dans cet épisode, Gauthier Seys de La radio des Français dans le monde reçoit Yvan Honorat, un parcours à lui seul : né en Afrique, grandi entre le Canada et plusieurs pays francophones, double olympien en aviron, et aujourd’hui installé entre le Vietnam et le Cambodge où il travaille pour l’ONU et contribue à un média cambodgien francophone. C’est au fil de trajectoires aussi denses que les siennes que la francophonie cesse d’être un concept abstrait pour devenir une conviction quotidienne.

Au cœur de l’échange : le Sommet de la Francophonie accueilli par le Cambodge, seul pays d’Asie du Sud-Est à défendre activement la langue française. Yvan Honorat évoque la distinction entre être francophile et être francophone, les tensions entre l’anglais et le français dans les institutions internationales et le monde des affaires, le recul du français en Afrique dans un contexte post-colonial, et ce que le Canada, le Québec ou la Suisse pourraient faire — et ne font pas encore assez — pour soutenir cette langue commune. Un épisode ancré dans le réel, porté par quelqu’un qui n’attend pas que ça tombe du ciel.

► Podcast n°3021 (Octobre 2026)

 

00:00:02 – Bienvenue dans l’univers de la francophonie avec Yvan Honorat
00:00:47 – La francophonie, une passion qui bout en lui
00:01:05 – Le français en Asie du Sud-Est : le Cambodge, dernier bastion
00:02:01 – Du sport olympique à l’engagement francophone
00:03:18 – Le Cambodge, coup de cœur et hôte du Sommet de la Francophonie
00:04:38 – Pourquoi le Cambodge accueille le Sommet de l’OIF
00:05:53 – L’éducation, clé de la transmission du français
00:07:23 – Défendre le français dans les institutions internationales
00:08:05 – La francophonie au Canada : fierté face aux pressions
00:09:17 – L’Afrique face à son héritage colonial et linguistique
00:10:30 – Être francophile ne suffit pas, il faut agir
00:11:56 – Les affaires, terrain de bataille pour la langue française
00:12:57 – Portraits francophones et présence au Sommet

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Transcription IA du podcast :

[00:00:02] Gauthier Seys: Et si, au fond de lui, mon invité voulait relier les peuples autour de la francophonie? 10 minutes d’inspiration pour votre vie aux quatre coins du globe. Bienvenue sur Français dans le monde, le média de la mobilité internationale. Je suis Gauthier Seys et aujourd’hui, on décolle avec Yvan Honorat, direction le Cambodge et le Vietnam, un peu les deux. 10 minutes, 10 minutes, le podcast des Français dans le monde. Si je vous dis que mon invité est franco-canadien, qu’il est né en Afrique et qu’aujourd’hui il vit entre le Vietnam et le Cambodge, vous comprendrez qu’il aime la planète, notre petite planète bleue, surtout lorsqu’elle parle en français. Bonjour Yvan.

[00:00:45] Yvan Honorat: Bonjour Gauthier.

[00:00:47] Gauthier Seys: Déjà, merci pour l’aide que tu m’as apportée dans le dossier spécial consacré à la francophonie. C’est une vraie motivation, quelque chose qui bout en toi. Le franco-canadien né en Afrique, alors là vraiment, on a tous les éléments pour défendre le drapeau la francophonie.

[00:01:05] Yvan Honorat: Tout à fait! Je pense que c’est une langue qu’il faut défendre de plus en plus. Rien n’est gagné, le français perd de plus en plus de terrain dans beaucoup de pays africains. Ici en Asie du Sud-Est, très peu de pays parlent le français. Un des rares pays qui arrive encore à faire de la promotion du français, c’est le Cambodge où le français reste une langue langue parlée. De nombreux ministres parlent français parce qu’ils ont été— ils ont étudié en France. Et puis parce qu’on voit naître des petites écoles pour apprendre le français, aussi bien dans la capitale Phnom Penh que dans les régions. Souvent ce sont des associations aussi qui ouvrent pour permettre aux jeunes un petit peu défavorisés d’apprendre une autre langue que le khmer. Donc ils apprennent le français, puis il y a ceux aussi qui viennent prendre des cours du soir en plus pour apprendre le français.

[00:02:01] Gauthier Seys: Alors Yvan, on va revenir sur ton parcours. Tu as une scolarité en Afrique et au Canada avec une vraie passion pour le sport. Je vais intégrer ce zoom sur l’aviron où tu as été multidiplômé. Tu dois avoir plein de jolis trophées sur ta cheminée. Enfin, pas sûr qu’il y ait une cheminée au Cambodge d’ailleurs. Tu as participé 2 fois aux Jeux olympiques, plusieurs championnats du monde. Tu rentres à l’instant de Séville où tu as créé une équipe qui s’appelle United We Row. On en a parlé sur la radio des Français dans le monde. C’est une équipe internationale qui se rassemble pour ramer ensemble. C’est un très, très beau projet. Vous avez d’ailleurs gagné 9 médailles. Félicitations. Même avec l’aviron, tu imposes la francophonie.

[00:02:46] Yvan Honorat: Oui, même avec l’aviron, j’essaye au maximum quand j’enseigne ou quand j’entraîne d’apprendre aux rameurs et aux rameuses les termes en français. Parce qu’en général, dans les compétitions d’aviron internationales, on parle le français et l’anglais. Et donc il est important de comprendre les mots en français dans le cas où un juge viendrait dire quelque chose à un rameur sur un bateau, qu’il puisse comprendre de quoi on lui parle. Je veux dire, tout ne se passe pas juste en anglais.

[00:03:18] Gauthier Seys: On va en parler plusieurs fois de ce conflit anglais-français. Tu travailles à l’ONU, s’il te plaît. Tu as d’ailleurs une mission actuellement, tu travailles pour un média cambodgien et tu as créé une édition spéciale avec des portraits. Ça s’appelle le Khmer Time et tu aides à donner une visibilité à cette communauté francophone, le tout donc on l’a dit entre le Vietnam et le Cambodge, avec un petit fait pour le Cambodge où a lieu le sommet de la francophonie. Tu m’as dit il y a tout, il y a la douceur de vivre, il y a la mer, il y a la jungle, il y a les sourires des gens. C’est un coup de cœur le Cambodge?

[00:03:54] Yvan Honorat: Oui, ça a été un coup de cœur. Je vais avouer que j’étais J’étais au Vietnam donc avant le COVID, je suis revenu depuis quelques années ici, mais j’ai découvert le Cambodge il n’y a pas très longtemps et je dois avouer que ça a été le coup de cœur. Ça a été comment les gens sont avenants, souriants. Alors bon, ça va être la contrepartie de ce que je dis, mais tout le monde parle anglais, donc il est très facile de discuter avec les gens, ce qui est un petit peu plus difficile au Vietnam où les gens ne parlent pas vraiment l’anglais. Donc déjà, c’est plus facile de partager. C’est, c’est facile, c’est, voilà, c’est facile. J’ai pas d’autres choses à dire, c’est facile, tout est facile.

[00:04:38] Gauthier Seys: Et pourquoi c’est le Cambodge qui accueille le sommet de la francophonie? Il va y avoir le renouvellement du nouveau secrétaire général de l’OIF lors de cet événement qui est important. On rappelle, 396 millions de francophones dans le monde, 90 États et gouvernements qui composent l’OIF. C’est la 4e langue mondiale Et elle est montée dans le classement et 170 millions d’apprenants en français. Pourquoi ça se passe là-bas?

[00:05:06] Yvan Honorat: Je pense que c’est un remerciement de la francophonie, de l’OIF au Cambodge, dans le sens où c’est le seul pays qui soutient la francophonie depuis le début. Je veux dire, très peu le français, la langue française, pardon, est très peu développée en Asie du Sud-Est. Hormis au Cambodge, je veux dire, c’est pas le Vietnam, même si on parlait français au Vietnam à l’époque, c’est plus du tout une langue qui est obligatoire à l’école. La Thaïlande, non, pas vraiment. Le Laos, on n’en parle pas. Je veux dire, donc le seul pays en Asie du Sud-Est qui défend la langue française, ça va être le Cambodge. Et je pense que c’est ça, c’est un remerciement pour toutes ces années d’avoir soutenu le le français dans leur pays.

[00:05:53] Gauthier Seys: Alors on va parler francophonie, en l’occurrence l’éducation, c’est souvent la porte d’entrée pour que le français s’installe dans l’histoire, dans le monde et dans le cœur des gens. Là, par exemple, il y a des évolutions puisque le français, on l’apprend moins quand on est petit. Ça a un gros impact pour le futur?

[00:06:13] Yvan Honorat: Oui, je veux dire, c’est comme toutes les langues. Plus vite on l’apprend, plus ça va être facile. Je veux dire, dans un pays où on a l’opportunité d’apprendre, on va prendre 3 langues. Si je prends par exemple le Cambodge où on va apprendre le khmer parce que c’est la langue nationale, mais on va apprendre l’anglais et le français. On part déjà avec un bagage de 3 langues avec soi, je veux dire, ça ouvre beaucoup de portes. Je veux dire, ceci c’est quand même, en sachant aussi que beaucoup de sociétés francophones et françaises sont installées en Asie du Sud-Est et au Cambodge. Alors c’est sûr que ça amène avec le temps du personnel qui peut parler français aussi, donc c’est aussi un avantage. Après, c’est une question aussi de politique de développement de la langue qui n’est pas due seulement à l’État français, parce que c’est pas juste l’État français qui gère la langue française, mais c’est aussi à l’ensemble des États francophones, on va dire les États qui sont les plus riches, je prends le Canada, le Québec, la France, la Suisse, qui doivent aussi aider au développement de la langue française. Si chacun attend que ça vienne, que ça tombe du ciel, non, ça n’arrivera jamais. C’est pas possible.

[00:07:23] Gauthier Seys: Et justement, toi, tu profites du fait que la langue française soit une langue utilisée dans l’olympisme, par exemple, ou dans la diplomatie. Tu travailles à l’ONU et donc, dès que tu as la possibilité, rappelons que le français et l’anglais, eh bien, c’est bien, mais donc plutôt le français, quoi. C’est ta façon de voir les choses.

[00:07:45] Yvan Honorat: Moi, je suis né dans les deux langues, donc ça me dérange pas de parler français ou anglais, mais c’est vrai que si j’ai la chance, oui, je vais parler en français plus qu’en anglais. C’est un choix, c’est un choix personnel. Je trouve que c’est plus sympa, je trouve que c’est plus— ça donne plus de couleurs, je veux dire, il y a plus de différences. Je trouve que c’est une langue qui est beaucoup plus agréable à parler.

[00:08:05] Gauthier Seys: Et la francophonie vit différemment d’un continent à l’autre. Au Canada, on a vu récemment un Trump s’énerver un peu contre le Canada et notamment autour de la francophonie. On ne le sait pas forcément, mais imposer le fait que les produits qui arrivent d’Amérique soient étiquetés en français et en anglais, ça, ça l’énerve beaucoup, ça le tracasse. Et là, c’est drôle, c’est qu’on voit le Canada, le gouvernement canadien rehausser les épaules et défendre cette francophonie. C’est important.

[00:08:37] Yvan Honorat: Tout à fait. Je veux dire, premièrement, c’est une loi au Canada. On doit avoir tout doit être dans les deux langues. On ne peut pas afficher une publicité si elle n’est pas en français. Et en anglais. C’est la loi, c’est comme ça. À l’école, on apprend les deux langues. Quelqu’un qui veut exporter ses produits au Canada, ça doit être étiqueté en français et en anglais. Alors c’est sûr que venant de la part des États-Unis, ça pose un problème, surtout actuellement. Et ce qui rend fou, bien entendu, le chef d’État américain qui trouve ça incompréhensible, perte de temps, bien évidemment, et d’argent. Mais oui, ça reste une fierté pour nous au Canada que ce soit inscrit, tout soit inscrit en français.

[00:09:17] Gauthier Seys: Un peu plus compliqué sur le continent africain, on a un passé colonialiste pas facile à porter et c’est l’occasion pour un certain nombre d’États de tourner le dos à la France que d’abandonner la langue française?

[00:09:33] Yvan Honorat: Les pays africains restent de plus en plus, vont se détacher de la francophonie. Donc on va pas dire qu’ils veulent se détacher de l’État français, on va dire qu’ils vont se détacher de la francophonie, donc quittent l’OIF, l’Organisation internationale sur la francophonie, pour se retourner vers le Commonwealth, qui est donc un regroupement des pays anglophones. C’est une façon masquée ou pas de se détacher de l’État français qui les a colonisés pendant des années. Ça, c’est la première étape. La deuxième étape, c’est certainement pour les pays qui sont toujours sous le franc CFA de faire disparaître cette monnaie qui continue à être gérée par l’État français. Je veux dire, c’est une façon, oui, de quitter absolument l’emprise colonialiste française qu’ils ont supportée pendant des années.

[00:10:30] Gauthier Seys: Ça, Alors tu me disais en préparant l’interview, il y a une différence entre être francophile et francophone. Beaucoup le sont francophile, mais c’est pas suffisant pour maintenir la langue, il faut maintenir la francophonie.

[00:10:49] Yvan Honorat: C’est ça, je veux dire, c’est pas tout, c’est bien de parler en français, d’essayer de parler en français le plus possible, même dans un pays qui n’est pas francophone, je veux dire, donc C’est ces gens-là qui supportent le français, ce sont des francophiles, ils parlent chez eux ou ils parlent avec leurs amis, mais dans un pays où le français n’est pas une langue obligatoire ou n’est pas une langue étudiée à l’école. Donc oui, ça c’est extraordinaire, je veux dire, mais c’est pas juste ça, je veux dire, il faut que les États francophones fassent quelque chose, il faut que les pays francophones fassent quelque chose.

[00:11:22] Gauthier Seys: Est-ce que les institutions francophones sont assez combatives?

[00:11:26] Yvan Honorat: Non, pas du tout. Je veux dire, tout le monde se projette derrière l’OIF qui est un organisme extraordinaire, mais je veux dire, c’est pas suffisant. Je veux dire, on peut pas attendre simplement après un groupe de personnes, par exemple un groupe de femmes qui ont créé les Femmes Francophones d’Affaires, qui est quelque chose d’extraordinaire, qui a un rayonnement dans la francophonie qui est génial, mais ça reste encore des petites choses. Je veux dire, c’est pas suffisant au niveau international pour développer la langue française. Française, pas du tout.

[00:11:56] Gauthier Seys: Justement, tu parlais des affaires. La langue qui s’est imposée dans les affaires, c’est l’anglais. Comment on peut, avec la francophonie, avoir un commerce international qui se développe, des entreprises qui se développent? Est-ce que ça peut être un accélérateur?

[00:12:12] Yvan Honorat: Le rôle de, le rôle du Sommet de la francophonie, c’est essayer de développer ce réseau francophone d’affaires aussi, de le développer. Mais quand on fait face à l’Asie, au reste de l’Asie qui fait le sommet de l’ASEAN prochainement, quasiment en même temps que le sommet de la Francophonie, où quasiment tous les pays, tous les pays vont être présents parce que ces pays-là parlent anglais ou parce que l’anglais est une langue de travail pour eux, non, on fait pas pas le poids. Actuellement, on ne fait pas le poids, même si on essaie de défendre le français. Pour l’instant, on doit travailler plus fort, plus dur, on doit faire plus de choses pour promouvoir la langue française, tout à fait.

[00:12:57] Gauthier Seys: Alors, dans le cadre du dossier spécial francophonie, tu m’as présenté un certain nombre de portraits que nous avons réalisés en podcast, notamment celui de Lily qui vit aujourd’hui au Cambodge, qui a un hôtel là-bas et qui aura un stand Stand sur lequel on va pouvoir écouter la Radio des Français dans le Monde. On sera présent aussi à ce sommet du coup, grâce à toi.

[00:13:18] Yvan Honorat: Ça, c’est extraordinaire! Moi, ça va être bien, les gens vont découvrir la radio des Français de l’étranger, ça c’est bien.

[00:13:24] Gauthier Seys: Et donc rendez-vous où? Si quelqu’un est sur place aujourd’hui, comment on se retrouve sur le stand de Lili?

[00:13:31] Yvan Honorat: Alors, il y a le Village de la Francophonie, c’est en plein centre de Phnom Penh, on ne peut pas le rater. Et le stand de Lili va être— on va le trouver facilement parce qu’on va entendre la radio. Voilà, on va savoir que c’est le stand de Lili et puis tout le monde va reconnaître Lili facilement.

[00:13:47] Gauthier Seys: Oui, je pense que c’est quelqu’un qui ne laisse, qui ne passe pas facilement inaperçu.

[00:13:52] Yvan Honorat: Exactement. Et qui en fait, juste l’aura que dégage Lili et quand elle parle et quand elle parle de la francophonie, donne envie d’apprendre et donne envie d’en savoir un peu plus. C’est une personne qui est extraordinaire. Qui fait beaucoup pour Kep, donc la petite ville dans laquelle elle est, qui est au sud donc du Cambodge, qui est au bord de l’eau. Et c’est quelque chose d’extraordinaire de voir ce qu’elle arrive à faire avec. D’ailleurs, elle a monté une association de francophones d’affaires sur Kep et qui seront aussi présents sur le stand de l’IEF à Phnom Penh.

[00:14:31] Gauthier Seys: Eh bien voilà, on a trouvé notre secrétaire général de l’OIF.

[00:14:34] Yvan Honorat: Exactement, je pense que ce serait une bonne candidate.

[00:14:38] Gauthier Seys: Yvan, merci beaucoup. Les portraits autour de ce sommet, on les retrouve sur notre site internet. Et rendez-vous donc sur le stand de Lili au Sommet de la Francophonie. Yvan, au plaisir de te retrouver. Merci pour ce moment.

[00:14:53] Yvan Honorat: Merci beaucoup, à très bientôt. Français dans le Monde, le média de la mobilité internationale, radio et podcast sur fdlm.fr.

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