Présentation du podcast :

La langue française est-elle encore une force dans le monde, ou recule-t-elle face à la montée de l’anglais ? Et surtout, que représente concrètement la francophonie pour les millions de personnes qui vivent et travaillent loin de leur pays d’origine ?

Benjamin Boutin, chercheur et spécialiste de la francophonie installé à Ottawa, retrace un parcours forgé entre la Provence, les voyages dans des territoires francophones et une rencontre marquante avec Abdou Diouf. Fondateur de l’ONG Francophonie sans frontières, il est aujourd’hui rattaché à l’Université d’Ottawa où il anime le Collège des chaires de recherche sur le monde francophone.

Dans cet épisode, il replace la francophonie dans toute sa complexité : bien plus qu’un patrimoine littéraire et culturel, elle constitue un espace de coopération économique, scientifique et diplomatique qui relie 90 États et gouvernements. Benjamin Boutin revient sur la progression démographique du français portée par l’Afrique, sur les défis posés par la domination numérique des grandes plateformes, et sur le rapport de force avec l’anglais dans les institutions internationales. Il éclaire aussi l’actualité géopolitique : le rapprochement entre le Canada et l’Union européenne, et la façon dont la défense de la langue française s’est invitée dans les négociations commerciales avec les États-Unis.

Une conversation qui rappelle que s’investir dans des réseaux francophones, où que l’on soit dans le monde, reste un choix porteur de sens.

► Podcast n°2994 (Septembre 2026)

  • 00:00:02Bienvenue à Ottawa avec Benjamin Boutin
  • 00:00:38La Radio des francophones dans le monde
  • 00:01:20La francophonie, une langue vivante sur cinq continents
  • 00:01:44Le prochain sommet de la francophonie au Cambodge
  • 00:02:16Un parcours qui commence en Provence
  • 00:03:11La francophonie comme patrimoine culturel
  • 00:04:24Un levier géopolitique, économique et scientifique
  • 00:05:48Le français face à la prédominance de l’anglais
  • 00:06:49Le rapprochement Union européenne-Canada
  • 00:08:40Le Canada défend plus la langue française
  • 00:10:04Un bilinguisme officiel affiché au niveau gouvernemental
  • 00:11:04S’investir dans les réseaux francophones aujourd’hui

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Transcription IA du podcast :

[00:00:02] Gauthier Seys: Mais connaissez-vous bien la francophonie? Mon invité, spécialiste du sujet, va vous surprendre. 10 minutes d’inspiration pour votre vie. Aux quatre coins du globe, bienvenue sur Français dans le monde, le média de la mobilité internationale. Je suis Gauthier Seysses et aujourd’hui on décolle avec Benjamin Boutin, direction le Canada. 10 minutes, 10 minutes, le podcast des Français dans le monde. Et l’avion se pose à Ottawa pour cette interview. Bonjour, bienvenue Benjamin.

[00:00:38] Benjamin Boutin: Bonjour.

[00:00:38] Gauthier Seys: Merci d’être avec nous sur l’antenne de la Radio des francophones dans le monde. Dis donc, j’ai fait une erreur quand on a créé la radio. La Radio des francophones dans le monde, c’est quand même mieux que la Radio des Français dans le monde.

[00:00:48] Benjamin Boutin: Bah, les Français dans le monde ont aussi leur importance et c’est une grande diaspora. Et partout où on va dans le monde, on les entend, on entend leur voix. Donc ça fait plaisir d’entendre aussi cette variété d’accents parce qu’en France, on a cette variété d’accents. Et effectivement, la francophonie est un peu plus large parce qu’on a des diasporas venues de différents pays. Je songe par exemple à la diaspora libanaise, qui n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres. Mais en tout cas, vous êtes la radio des Français dans le monde et des francophones.

[00:01:20] Gauthier Seys: On n’est plus à ça près, on peut rallonger encore un peu le nom de la radio. Faut dire que la francophonie vit à peu près partout sur la planète, avec peut-être un peu plus de de densité sur la zone Afrique, mais je parle avec un Franco-Canadien, ça vit aussi au Canada, ça vit en Asie, ça vit, comme tu le disais, en Europe. C’est une langue vivante?

[00:01:44] Benjamin Boutin: Ben oui, c’est une langue vivante et qui est en progression démographique, notamment justement grâce à l’Afrique francophone, mais qui est une réalité intercontinentale et interinsulaire, donc sur les 5 continents. Et d’ailleurs, le prochain sommet de la francophonie aura lieu au Cambodge en novembre, donc cela montre ce côté international. Cela dit, évidemment, la façon de parler français n’est pas la même dans tous les contextes et la francophonie, de manière générale, cohabite avec le plurilinguisme.

[00:02:16] Gauthier Seys: On va revenir sur ton parcours qui commence avec le bruit des cigales en Provence. Tu es français originaire de là-bas, mais très vite, tu vas t’intéresser à cette francophonie. Qu’est-ce qui a fait que tu es tombé comme ça amoureux de ce sujet?

[00:02:29] Benjamin Boutin: Beaucoup de choses. Déjà un intérêt pour la langue française, la littérature, mais aussi l’histoire, la géographie. J’ai eu la chance de pas mal voyager dans ma jeunesse et notamment dans des territoires où on parlait français, ce qui m’a déjà interpellé. Dans mes études, j’ai également eu la chance de croiser Abdou Diouf qui était parrain de la promotion d’un de mes masters et c’était à ce moment-là que j’ai commencé à m’investir dans le mouvement associatif francophone. J’ai ensuite moi-même créé ma propre ONG Francophonie sans frontières. J’ai travaillé pour un parlementaire qui était très impliqué dans la francophonie je travaillais dans des médias, dans une diversité d’administrations et d’organisations qui ont fait que la francophonie était familière et continue de l’être.

[00:03:11] Gauthier Seys: Spécialiste de la francophonie, on va essayer de l’expliquer à nos auditeurs. D’abord, c’est avant tout un patrimoine culturel?

[00:03:18] Benjamin Boutin: Oui, oui, absolument, et notamment un patrimoine qui a été mis en valeur par un grand homme qui s’appelle Léopold Sédar Senghor, donc ancien président de la République du Sénégal, ancien membre de l’Académie française, poète, homme de lettres et homme d’État. Donc on a eu l’occasion de lui rendre hommage à plusieurs reprises. J’ai visité aussi sa maison à Verson en Normandie parce que c’était un passeur entre les cultures. Il aimait beaucoup la France d’ailleurs. Mais voilà, on pourrait citer beaucoup d’autres noms parmi ses descendants littéraires, par exemple Fatou Diome que j’aime beaucoup également, des gens comme Daniela Ferrière, toutes sortes de personnes sur les 5 continents qui font vivre ce patrimoine linguistique et culturel d’une immense richesse, mais aussi une francophonie qui se déploie dans la sphère économique, scientifique, politique, diplomatique, technologique. Donc voilà, pas seulement un patrimoine, un héritage à faire fructifier dans tous les domaines.

[00:04:24] Gauthier Seys: Justement, en quoi la francophonie est un levier géopolitique ou économique ou scientifique, comme tu le disais?

[00:04:31] Benjamin Boutin: C’est un levier parce que ça peut être des coalitions dans certains domaines. Par exemple, à l’ONU, on a un groupe des ambassadeurs francophones et on a certains pays qui se retrouvent sur des enjeux. L’Organisation internationale de la Francophonie, qui rassemble 90 États et gouvernements, propose également des programmes de coopération très concrets dans différents domaines, propose également des formations justement pour les États qui ont moins de moyens par exemple les négociations diplomatiques. Ça peut être un levier pour faire pression sur les GAFAM, comme on dit, ces grands mastodontes culturels qui ont tendance un peu à vampiriser nos esprits et donc il faut faire en sorte que nos contenus soient découvrables dans la sphère numérique. Et puis dans la sphère géopolitique, comme je le disais, c’est un ensemble d’États mais c’est aussi un ensemble de gouvernements, de parlements, d’universités, d’entreprises aussi à travers des réseaux et toute Toutes les organisations professionnelles, finalement, ont un prolongement dans la sphère internationale francophone. Où que vous soyez, quel que soit votre métier, vous pouvez coopérer avec d’autres francophones. Donc c’est un vaste espace d’entrepreneuriat, de liberté et de création collective.

[00:05:48] Gauthier Seys: Côté diplomatie, comment le français se défend face à la prédominance de l’anglais?

[00:05:53] Benjamin Boutin: On ne va pas se cacher que dans certains contextes, le français recule, comme d’ailleurs toutes les langues. L’italien recule, l’espagnol, l’allemand… L’espagnol se défend bien grâce à l’Amérique latine, l’arabe aussi. On parle de langues supercentrales comme l’espagnol, le français, l’arabe, mais qui ne sont pas aussi hégémoniques que l’anglais. Parce que l’anglais, par exemple, dans la Commission européenne, a énormément progressé ces dernières années depuis l’entrée des pays d’Europe centrale et orientale, par exemple. Évidemment, l’anglais est parlé par à peu près tout le monde, pas forcément très bien, mais en tout cas, c’est une base. Le français, c’est plus une langue affinitaire, une langue de culture, mais aussi une langue qui a une longue tradition diplomatique. Et c’est une langue d’élection, une langue parfois de distinction, notamment grâce à nos lycées français, à nos Alliances françaises qui font un travail exceptionnel.

[00:06:49] Gauthier Seys: Alors quand j’ai commencé à travailler sur le dossier de la francophonie, je salue au passage Bertrand de Pettigny du Petit Journal qui m’a aidé à construire ce dossier et qui nous a d’ailleurs mis en relation, eh bien on n’avait pas idée qu’on parlerait de ce sujet aujourd’hui C’est dans l’actualité un rapprochement entre l’Union européenne et le Canada qui pourrait devenir un membre associé. C’est un coup de théâtre.

[00:07:10] Benjamin Boutin: Moi, je suis pas si surpris que ça parce que j’ai proposé cette idée avec un autre chercheur de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe une semaine avant que Mark Carney en parle dans la presse américaine. Donc je ne sais pas si c’est un alignement des astres, des planètes, si l’idée a déjà été en circulation, au travail entre les deux ensembles Union européenne-Canada, mais ça acte une volonté de rapprochement très fort puisque le Canada a l’immense défi de diversifier ses partenariats. Il y a une grande dépendance de l’économie canadienne vis-à-vis de l’économie américaine, dépendance également technologique et militaire, pour ne citer que ces domaines-là. Et donc il y a une convergence de valeurs, une convergence d’intérêts entre le Canada et l’Union européenne qui doit également sortir de certaines dépendances. Donc c’est assez naturel que ces deux partenaires-là se rapprochent. Et pour Pourquoi pas effectivement un statut de membre associé? L’adjectif associé compte autant que membre puisque ça ne revient pas à une intégration pleine et entière qui demanderait bien sûr des critères assez lourds, mais ça permettrait d’acter ce rapprochement dans le domaine de la défense, de l’IA, des minerais critiques, de l’énergie, des échanges jeunesse aussi à travers Erasmus+. Et donc voilà, nous sommes dans un momentum historique de rapprochement il faut évidemment le cultiver.

[00:08:40] Gauthier Seys: Benjamin, toi qui es à Ottawa au moment où on se parle, de façon très étrange, est-ce que le Canada ne défend pas plus la langue française depuis les tensions avec les États-Unis qu’auparavant?

[00:08:54] Benjamin Boutin: Oui, déjà historiquement, le Québec au sein du Canada, c’est le fer de lance de la francophonie, sans oublier les communautés francophones qui sont en situation minoritaire, notamment au Nouveau-Brunswick, en Ontario, mais dans d’autres provinces aussi. Et on a vu, comme vous le dites, que lors des négociations commerciales avec les États-Unis, la langue française a été un sujet d’achoppement, notamment parce qu’il y a cette notion de découvrabilité des contenus francophones dans les grandes plateformes numériques et ça, ça ne plaît pas forcément aux États-Unis parce qu’en fait quand on impose des œuvres culturelles qui sont parfois d’ailleurs surtout du divertissement, eh bien c’est un moyen de faire passer des intérêts aussi, de faire passer un univers mental et culturel qui peut ensuite donner lieu à des opportunités économiques. Donc on a vu que c’était un sujet stratégique et le Canada a dit non, non, nous ne reviendrons pas là-dessus. En plus de cela, les États-Unis voulaient limiter la capacité du Canada à conclure des alliances, des partenariats économiques avec d’autres pays, ce qui est une atteinte absolument inadmissible à la souveraineté.

[00:10:04] Gauthier Seys: D’ailleurs, le Premier ministre fait même lui-même l’effort de parler en français dans ses discours maintenant.

[00:10:09] Benjamin Boutin: Oui, en fait, le premier ministre et les ministres, il y a un bilinguisme officiel réellement. Tout est traduit dans les deux langues et donc c’est une volonté très forte de faire vivre ce Canada bilingue qui est aussi une fédération pluriculturelle qui compte en son sein, je le rappelle aussi, le Québec qui est très actif dans la francophonie depuis de nombreuses années. Et avec le sommet de 2028 de la francophonie, on aura une opportunité justement de faire rayonner la contribution du Québec, par la ville de Gatineau qui est à côté d’Ottawa et qui sera, je l’espère, très impliquée dans le sommet, la ville d’Ottawa elle-même qui est la capitale fédérale et aussi une ville importante de l’Ontario, et tout le Canada, toutes les communautés francophones du Canada qui se battent parfois pour survivre dans des contextes très minoritaires mais qui font preuve d’une grande résilience et d’une grande créativité.

[00:11:04] Gauthier Seys: Benjamin, pour conclure, avec nos 100 000 auditeurs quotidiens qui vivent aux quatre coins de la planète, qu’est-ce qu’on pourrait donner comme raison à un jeune Français expatrié de s’investir dans des réseaux francophones aujourd’hui?

[00:11:16] Benjamin Boutin: Jeunes Français, oui, mais jeunes francophones de manière générale parce que, comme je le disais, c’est un espace de liberté. Vous avez mentionné l’importance de la mobilité internationale. On est dans un monde où parfois on a l’impression qu’on se recroqueville un peu. Moi, j’ai connu cet âge d’or de la mobilité internationale il y a quelques années. Là, j’ai l’impression qu’avec le prix des carburants pour l’aviation, avec aussi ce mouvement de repli, de crispation identitaire, on est dans un momentum un peu moins favorable, mais la francophonie, ça reste un univers de partage, de coopération où on peut imaginer toutes sortes de projets. C’est ce qu’on a fait avec Francophonie sans frontières, c’est ce qu’on fait aussi avec le Collège des chaires de recherche sur le monde francophone à l’Université d’Ottawa, c’est-à-dire faire vivre ces coopérations scientifiques, ces projets de recherche qui peuvent être internationaux, nationaux, locaux. On le voit aussi à travers, par exemple, les tiers-lieux culturels où on peut s’investir, les associations, les entreprises, les syndicats, les fédérations. Donc il y a toutes sortes de manières de contribuer à son échelle à faire vivre le français, à faire vivre aussi la diversité linguistique et culturelle dans le monde parce que si on renonce à ça, on assèche le terreau de la créativité, le terreau de l’innovation. Donc voilà, j’incite tous vos auditeurs, toutes vos auditrices à s’y impliquer à leur manière et avec les talents qui sont les leurs.

[00:12:45] Gauthier Seys: Et pour bien comprendre comment la francophonie brille à travers le monde, continuez à suivre notre dossier spécial francophonie. Merci Benjamin, à très bientôt. Merci à vous, au plaisir. Et puis ben, bon sommet.

[00:12:58] Benjamin Boutin: Merci.

[00:13:01] Gauthier Seys: Français dans le monde, le média de la mobilité internationale, radio et podcast sur fdlm.fr.

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