Passer de Backpacker à Expat, une transition qui peut être difficile à passer. On en parle avec Gwenaël Thing-Léoh, c’est notre psychologue du jour dans le cadre du partenariat avec Expat Pro. Je suis Gauthier Seys et on décolle ensemble pour le Mexique.
10 Minutes, le podcast des Français dans le monde.
Et je ne vais pas vous cacher que je suis très content de retrouver Gwenaël. C’est notre troisième entrevue en six ans. On se parle une fois tous les deux ans. C’est une bonne cadence, madame la psychologue. Effectivement, ce n’est pas trop mal, il me semble.
On parlait justement ensemble de cet été qui a été très chaud en France. Même à Lille, dans le nord de la France, on a connu des périodes quand même assez insoutenables. On parlait de cette charge mentale qui peut nous accompagner au quotidien. Finalement, cette chaleur peut aussi jouer sur son moral. Oui, totalement.
En fait, la chose qu’on oublie, ou qu’on ne pense pas en tout cas, c’est que tout est une question d’énergie pour parler, pour penser, et aussi pour mettre ses défenses mentales. Quand on est dans des moments de grosse chaleur ou même de gros froid, en fait, quand il y a des températures qui ne sont pas normales, notre corps va mettre toute son énergie là-dedans, ce qui fait que les repères, en tout cas les défenses mentales qu’on peut avoir, on les a plus. Donc c’est possible que dans ces périodes-là, il y ait des personnes qui se retrouvent plus à fleur de peau, plus stressées, il peut y avoir des personnes qui vont avoir des crises d’angoisse à répétition, même je pense à des patients qui peuvent avoir parfois des dépressions, ça va revenir. Et c’est pas qu’ils sont en train de faire une énorme refute ou qu’ils sont en train de revenir en arrière. C’est juste le climat qui fait que…
D’où l’importance de vraiment boire de l’eau, si possible, du coup, avoir la clim, ce genre de choses et faire attention, en fait. Alors, il y a évidemment le dérèglement climatique, mais il y a aussi une planète qui se dérègle pas mal. Le monde sous Trump a tendance à être un peu stressant. Ça aussi, cette charge mentale d’un monde qui nous angoisse peut avoir des effets plus lourds qu’on imagine sur son organisme. Ouais, c’est dont on parlait très souvent, même avec, je pense, les réseaux sociaux ou les journaux, ce genre de choses.
On a plein d’informations, et encore plus avec les réseaux sociaux, très vite, très courts, qui juste viennent dans notre tête et qui, automatiquement, vont mettre un certain stress. Peut-être que juste une vidéo, ça ne va pas mettre un stress énorme, mais le truc, c’est qu’on en voit beaucoup, on en intègre beaucoup. Je pense aussi au boulot après, on en parle, et tout ça, ça s’empile, ça s’empile, ça s »empile, et pareil, c’est épuisant mentalement. On parle souvent de burn-out professionnel, etc., mais aussi, on peut avoir un burn-out des réseaux sociaux, de trop d’informations, et tout ça. Encore une fois, on a un fleur de peau, ça augmente le stress, on peut être aussi plus en colère, ou alors même avoir des petits…
J’ai des patients qui peuvent se fouler plus la cheville, avoir des maux de ventre, ce genre de choses, parce qu’en fait, le corps, il lâche. Et on est en train de légiférer pour interdire les réseaux sociaux pour les plus jeunes. Est-ce qu’il ne faudrait pas légiférer pour interdire les réseaux sociaux? Et en même temps, il y a des côtés pratiques quand même aux réseaux sociaux. C’est ça qui est difficile avec l’humain, c’est qu’on va toujours dans l’excès.
Parce qu’en soi, de base, il y a des trucs super intéressants. Il y a des, je sais pas, sur Insta, juste même pour garder contact avec des gens, pour trouver des nouveaux lieux, pour trouver des recettes, des trucs, je sais pas je suis à fond dans le Kung Fu en ce moment, pour trouver des trucs d’entraînement, etc. C’est génial, mais par contre, Comme d’habitude, quand c’est trop, c’est pas bien. Et en plus, les écrans, ça fatigue les yeux. C’est difficile de dormir.
Et pareil, en période de canicule, on a souvent plus de mal à dormir. Et bizarrement, quand on dort mal, on est fatigué. Et du coup, c’est compliqué mentalement comme physiquement. Et pour les réseaux sociaux, je vais rendre un hommage à mon papa qui m’écoute régulièrement. Il me disait souvent quand j’étais petit, le trop nuit.
Eh bien, le trop nuit, ça marche aussi pour les réseaux sociaux, donc un petit peu moins. S’infliger d’un temps maximum, par exemple, ça peut être pas mal, Madame la psychologue. C’est ça, s’infliger un temps maximum. Ou alors, pour les informations, parce que bien sûr qu’on veut aussi être à jour dans les actualités, c’est aussi important, mais faites attention au type de réseau sur lequel vous êtes. Moi, j’ai pris, j’ai choisi de regarder ça via une newsletter.
C’est un truc que je lis en 15 minutes, c’est chaque jour. Voilà, moi, ça me suffit. Après, chacun son truc, mais faites juste attention parce qu’effectivement, ou en tout cas, pour ceux qui ont tendance à beaucoup regarder, si vous êtes déjà dans une période de canicule ou dans une période un peu de stress, diminuer parce que ça va juste pour ajouter une couche en plus. Et puis, on parlait, pour terminer, avant d’attaquer notre sujet sur les backpackers qui se posent, on parlait d’un monde qui est un peu compliqué. On l’a déjà dit plusieurs fois sur la radio des Français dans le monde, aux États-Unis, se réunir en famille, ça peut devenir extrêmement difficile.
Il y a ceux qui pensent pour une solution, une vision du monde plus à l’extrême gauche et plus à l’extrême droite. Et donc, ça s’engueule. En France, en 2027, il va y avoir les élections présidentielles. C’est quoi la meilleure solution? On évince le sujet quand on est en famille ou entre amis?
Je pense que c’est un peu compliqué. En vrai, ça dépend clairement de l’ouverture d’esprit qu’on sait pour les personnes. Ça me fait penser au repas de Noël, où généralement, justement, il y a beaucoup de personnes aussi qui ont un peu de stress par rapport à ça. Mais il y a des fois où, en fait, oui, c’est mieux de juste ne pas parler du sujet si on sait que ça va mener juste à des arguments où deux personnes sont totalement contre, il n’y a aucune ouverture et juste on va se taper l’un sur l’autre. Ça n’a aucun intérêt.
Par contre, Je trouve quand même qu’il y a des personnes qui sont capables justement d’être ouvertes ou en tout cas de ne pas être jugeantes sur le point de vue de l’autre. Et là, à ce moment-là, ça le fait effectivement. Gwenaëlle, on se retrouve aujourd’hui alors que la dernière fois qu’on a échangé, c’était le podcast 2235, podcast sur le sujet du choc culturel. Toi, tu es une psychologue nomade, tu es un peu… Eu l’occasion de te promener dans le monde originaire de la Réunion.
Tu as étudié en France, tu as vécu dans des pays comme le Japon, Taïwan, la Thaïlande, le Cambodge, la Malaisie, le Mexique, les États-Unis, l’Honduras. La dernière fois qu’on s’est parlé, tu avais posé tes valises, mais finalement, changement de programme. Donc, te voilà aujourd’hui au Mexique. Et dans quelle ville? Je n’ai pas retenu le nom.
Ça s’appelle San Cristobal de la Esquerce, dans le département de Chiapas, qui est au final proche du Guatemala. Et tu as voulu qu’on se parle aujourd’hui pour notamment les backpackers. On en a beaucoup qui suivent la radio. Il y en a beaucoup qui racontent leur parcours, qui vivent assez lentement, de plus en plus dans un pays, puis dans un autre, puis sur un autre continent. Et puis un jour, peut-être avec l’âge ou une rencontre, ils décident de poser leur valise.
Et là, tu constates qu’il peut y avoir un autre type de choc. C’est un choc en gros quasi logistique. C’est de se dire ça y est, cette fois-ci, c’est ici que je vais vivre et c’est d’autres conséquences que de juste passer. Totalement. Quand on voit un sac à dos, on passe…
Alors, justement, bien sûr, il y a des personnes qui restent trois mois dans un endroit, etc. Mais quand même, il y a cette idée de, dans trois mois, je pars, il y a une porte de sortie, entre guillemets. Et il y a plein de petits trucs logistiques qu’on ne pense pas quand on est un backpacker versus quand on est expat. Je pense notamment à la question du visa, parce que c’est quelque chose qui prend du temps, qui est long, qui est stressant. La question du logement, Mareille, rester sur trois mois versus rester sur un an, c’est pas les mêmes choses, c’est pas les mêmes papiers, ouvrir un compte en banque, ce genre de choses.
Et tout ça, toute cette logistique là, ça apporte beaucoup de stress et justement de charge mentale. Chose que j’ai des patients justement qui sont passés de Backpack à Expat et qui n’avaient pas pensé à ça, ou en tout cas qui disaient Ça va être simple, j’ai réussi à avoir un appart trois mois à cet endroit-là. Avoir un an, c’est la même chose, alors qu’en fait, pas du tout. Et c’est vrai qu’à ce moment-là, le fait de se prendre ça, alors qu’ils n’avaient pas prévu, ça a créé une sorte de choc, de… Oh là là, en fait, c’est beaucoup plus compliqué que ce que je pensais.
Ça peut amener à des… Est-ce que j’ai pris la bonne solution, etc.? Ça désoriente. Et du coup, amener à plus de problèmes que ce qu’ils pensaient. Et par exemple, si on prend les visas, quand on est backpacker, on rentre dans un pays, on peut y être pour trois mois, par exemple.
Voilà, on est tranquille trois mois. Alors que si on veut s’y arrêter, comme tu le disais en préparant cette interview, on peut se retrouver avec un service d’immigration qui décide quel droit de vie ou de mort dans ce pays pour toi, quoi. Totalement, et je trouve que c’est très… C’est ce rapport de pouvoir qui peut être très dur. Il y a aussi des personnes qui parlent de…
Quand ils sont devant la personne qui est en train de regarder leur dossier, qu’on a l’impression d’être un peu comme un enfant. C’est presque comme si on régressait et qu’on est devant cette figure d’autorité qui va décider pour nous. Et du coup, t’as le stress, le est-ce que j’ai bien fait? Et si en plus, on te dit non, là, t’as l’impression que t’es la pire personne sur Terre et que t’as tout raté. Justement, émotionnellement parlant, c’est énorme.
Et même quand tu as réussi le truc, il y a quand même quelque chose qui reste si tu n’en parles pas. Je trouve que justement, ces patients qui passent de backpack à expat, c’est un des trucs dont on parle de comment est-ce qu’ils ont vécu la procédure du visa, comment est-ce qu’ils ont vécu quand ils sont arrivés, trouver les papiers, etc. Et il y a un autre problème aussi, ok, je suis en train de repenser là, c’est le fait de se recréer des amis. Quand on est un backpacker, très souvent, on a les auberts de jeunesse, tu vas dedans, il y a des trucs qui sont organisés, en plus de plus en plus, voilà. Quand tu es expat, et que tu arrives dans un pays, surtout si tu bosses chez toi.
En fait, c’est à toi de faire le mouvement pour aller voir les gens. Et si en plus, déjà, quand t’arrives, t’es en train de mettre des trucs dans ton appart, trouver ta place dans ton boulot, avoir peut-être cette nouvelle langue que t’es en train d’apprendre, t’es dans cette surcharge d’informations, d’émotions et trouver des amis, ça devient compliqué parce que t’as pas forcément l’énergie pour en fait. Et finalement, on se retrouve avec un choc de l’expatriation. Ouais, c’est ça, totalement. Et qui est encore plus grand quand tu ne t’y attendais pas.
Tout comme j’en parlais dans le choix culturel, plus tu te prépares, moins c’est violent. Là, c’est la même chose. Les personnes qui ne se sont pas du tout préparées à ça, en fait, elles tombent de haut. Et du coup, qu’est-ce qu’on peut faire pour les aider? Qu’est-ce qu’on peut leur donner comme conseils concrètement?
Je pense que, déjà, un conseil de base, ce serait préparez-vous à l’avance. Dans tous les cas, quand on va habiter dans un autre pays, c’est important de se préparer logistiquement, ok, mais aussi mentalement. Et aussi, savoir un peu des choses sur la culture, si vous ne connaissez rien de base. Moi, très souvent, je demande sur les groupes Facebook, les Français à ce genre de choses, comment est le pays, est-ce qu’il y a des trucs à savoir ou pas, etc. Quand on est sur place, C’est très important déjà de se rappeler que s’intégrer dans une nouvelle culture, ça prend du temps.
On n’a pas à tout faire d’un coup. Donc d’abord, moi le premier truc que je conseille, c’est d’abord avoir son appart et faire en sorte qu’il soit cosy, confortable, que ce soit un endroit où même si dehors c’est galère, c’est stressant, au moins à l’intérieur, tu te sens bien. En mettant des trucs qui te font plaisir, peut-être aussi des trucs qui te rappellent chez toi, parce que ça met un côté d’ancrage en plus. Et petit à petit, après, commencer à se mettre une routine. Parce que les gens pensent à routine en mode, ouais, routine du sport, tac, tac, tac.
Quand je parle de routine, ça peut être juste, je me lève, je fais mon lit, je me fais couler un petit thé ou un café, je me pose. Ça, c’est une routine, ça t’ancre et ça t’aide justement à avoir ce côté de, OK, là, je suis dans un nouveau pays, on se pose, ça va aller et on prend les choses une par une plutôt que, wouah, en fait, il y avait tout ça, OK, je n’y avais pas pensé, il faut que je fasse ci, il faut que je fasse ça, il faut que j’y fasse ça et je n’ai pas d’amis, je n’ai toujours pas de sport, une chose après l’autre, quitte à se faire de tout douce, quoi. Et on a fait un dossier très complet sur le retour en France. C’est pareil. Être backpacker, se promener dans le monde entier, puis finalement rentrer chez soi, on peut se retrouver exactement dans la même situation.
La France a pu changer un peu, ses amis aussi, et se retrouver perdu, quoi. Oui, totalement. Et c’est une des grosses peurs des personnes, des backpackers ou même des expats qui reviennent en France. Il y a un peu aussi un côté de «j’ai changé, est-ce que du coup, j’ai trop changé? Est-ce que ça va me plaire encore?
Est-ce que même mes amis, on va avoir encore les mêmes discussions?» Et il y a tout ce côté-là de rééquilibrage à faire. Et pareil, c’est une question de temps. On ne peut pas se dire «je rentre et ça va être comme avant, tranquille alors que ça fait je sais pas un an deux ans que je suis en backpack partout non ça va prendre du temps même pour soi se refaire avec la nourriture je sais pas si vous êtes à paris en plus les transports ce genre de choses c’est fatigant en fait et je pense que les gens mettent de côté le fait que tout voyage que ce soit aller quelque part ou rentrer ça prend de l’énergie physique et mentale, donc c’est normal que, après tout ça, t’arrives chez toi, attends, petit coup de déprime, parce qu’en fait, oui, il y a tout qui tombe, voilà. Peut-être aussi qu’en étant en backpack, t’as juste tout rushé, hop là, je fais un truc, je dis au revoir, c’est dur, mais en fait, on passe à autre chose, et puis là, j’ai rencontré quelqu’un, j’ai une voiture qui a l’air dommage, mais c’est pas grave, on passe à autre chose, et après tu reviens, t’as plus rien, t’as tout qui te prend dans la tête, bien sûr que ça va être compliqué. En tout cas, si ça ne va vraiment pas, vous pouvez contacter Gwenaël Thing-Léoh de notre part, directement depuis le nouveau site de Expat Pro ou sur ton site Internet.
Le lien est disponible dans ce descriptif. Écoute, j’ai envie de te dire, Gwenaëlle, on se retrouve dans deux ans pour parler d’un autre sujet ou avant, parce que c’est toujours un très grand plaisir de te recevoir. À bientôt. À bientôt.
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