Sauvez le budget ou sauvez l’école de vos enfants, le nouveau patron de l’AEFE et l’invité de votre média. 10 Minutes d’inspiration pour votre vie aux quatre coins du globe. Bienvenue sur Français dans le Monde, le média de mobilité internationale. Je suis Gauthier Seyss et aujourd’hui, on décolle à Paris avec Alexandre Moreau, directeur général de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger. 10 Minutes, le podcast des Français dans le monde.
Très heureux d’accueillir Alexandre Moreau, qui vient d’arriver à la place de directeur général. Et on va le dire, Alexandre, ce n’est pas dans la période la plus calme, mais c’est ça aussi, le travail. On a des challenges à relever. Oui, c’est un très beau challenge. Bienvenue sur l’antenne de la radio des Français dans le Monde.
Chaque jour, 130 000 francophones nous écoutent aux quatre coins du monde. Mais côté palmarès, le vôtre est pas mal non plus. La UFE a été créée le 6 juillet 1990. 640 Établissements dans le monde. Est-ce que, Alexandre, on peut rappeler ce qu’est l’AEFE?
L’AEFE est un établissement public qui a été créé effectivement il y a 36 ans. Et qui est chargé d’animer un réseau d’établissements d’enseignement français à l’étranger, homologués, c’est-à-dire qu’ils proposent partout dans le monde le même programme français avec la même qualité d’enseignement, les mêmes méthodes, la même excellence pédagogique, quel que soit leur statut. Et aujourd’hui, nous scolarisons 400 000 élèves dans ces 640 établissements. Et c’est une fierté française, la EFE. C’est absolument unique au monde.
Nous sommes le seul réseau qui présente cette uniformité de l’offre pédagogique partout dans le monde. Vous venez d’arriver à la place de directeur général. Un mot sur votre parcours. Je pense que vous, votre expérience, votre famille, vos enfants ont tous baigné dans l’international. Oui, effectivement.
Ça fait maintenant 30 ans que je suis entré au ministère des Affaires étrangères. J’ai mené une carrière qui, comme pour tout diplomate, alterne administration centrale et étranger, et j’ai notamment beaucoup passé de temps dans le réseau à un moment où mes enfants étaient en âge scolaire, donc on a beaucoup fréquenté les établissements à l’EFE comme parents d’élèves, moi aussi comme adjoint de l’ambassadeur, et mon épouse comme enseignante, donc on connaît bien l’environnement à l’EFE. Et parmi les expériences à l’étranger, il y a eu le Maroc, la Grèce notamment. Quel souvenir de ces vies aux quatre coins de la planète? D’abord, la rencontre de l’altérité, des cultures complètement différentes de la nôtre, même quand on pense qu’on est au sein d’un même ensemble européen.
Ce n’est pas la même histoire, ce n’est pas les mêmes référentiels. Et donc, c’est ce contact avec des gens, ces contacts très stimulants où on se sent enrichi à la fin. C’est presque, je pense, un passage obligé pour s’ouvrir l’esprit de vivre l’interculturel. Oui, ça nous sort de nos raisonnements, ça les relativise. Ça nous amène aussi à considérer qu’on peut vivre partout dans le monde des événements d’une façon différente et ça nous rend très humbles et très ouverts vers les autres.
Et puisqu’on parle d’enseignement, rappelons quand même pour les enfants qui vont vivre cette expérience, ça va changer sans doute tout au tout leur cursus. Oui, c’est une observation que moi j’ai faite avec mes propres enfants. Ils se retrouvent entre enfants qui ont été dans des réseaux à l’étranger, avec une ouverture d’esprit qui est complètement différente. Alors en tout cas, Alexandre, bienvenue à ce poste de directeur général, d’autant qu’il y a de quoi travailler, avec notamment le rapport Casbo, qui est sorti récemment. La sénatrice propose dans son rapport 44 propositions.
Faut réformer, faut se réinventer. C’est quoi les mots qui résonnent le mieux aujourd’hui dans votre début de nouvelle responsabilité? J’aime bien le mot se réinventer parce que ça correspond, je pense, à ce que nous ressentons. Le paysage éducatif mondial a beaucoup évolué depuis 36 ans. Le réseau de l’enseignement français à l’étranger a beaucoup évolué, s’est diversifié.
Il est beaucoup plus profond dans sa couverture géographique. Et les attentes des parents ont changé et donc il faut réinventer le modèle, c’est-à-dire conserver tout ce qui en fait l’unicité dans le monde. Cette promesse éducative qu’on tient tous les jours tout en l’adaptant aux nouveaux enjeux. Alors, on a eu l’occasion de vous entendre dans les médias destinés aux Français qui vivent à l’étranger. Il y a eu quelques craintes.
Vous étiez directeur des affaires financières en 2017, notamment lors de l’annulation de crédits majeurs. Est-ce qu’aujourd’hui, puisqu’on parle de refonte budgétaire, cette mission peut faire peur? Est-ce qu’on peut se dire «Oh là là, on va rentrer dans une ère d’austérité». On entre dans une étape qui est nécessaire, qui est celle d’adapter le modèle de l’AEFE à de nouvelles réalités, budgétaires mais pas seulement. Je viens d’évoquer l’évolution de la demande qui nous est adressée et mon expérience à la Direction des Affaires Financières me conforte dans l’idée qu’en fait le budget n’est pas une finalité en elle-même.
C’est ce qui nous permet de déployer une vision et une ambition et c’est l’une des raisons pour lesquelles je me suis présenté à la tête de l’AEFE, c’est pour porter ce beau projet pédagogique et lui assurer une pérennité. 400 000 Élèves vont faire leur rentrée dans le réseau, c’est un très beau et gros réseau, comment on peut assurer que cette rentrée sera sereine? On assure d’abord par la qualité des personnels qui sont dans notre réseau. C’est ce qui fait aussi notre marque de fabrique. Partout dans le monde, nous avons des titulaires de l’éducation nationale.
Nous avons des professionnels qui sont habitués à faire tourner des établissements. Dès le milieu du mois d’août, ils reviendront dans les établissements pour les préparer, les ouvrir. Et c’est ce qui fait la beauté de ce réseau, c’est que partout dans le monde, à différentes dates, mais autour du début du mois de septembre pour le rythme Nord, on aura ces écoles qui vont à nouveau accueillir les enfants dans les meilleures conditions possibles. Alors évidemment, il y aura les enfants, il y a également les professeurs, les structures qui encadrent, et puis les parents d’élèves qui demandent plus de transparence. Comment dans cette réforme en cours, comment les inclure?
Comment n’oublier personne? La réforme que nous allons élaborer se construira d’abord dans le dialogue. Dans le dialogue avec l’ensemble des parties prenantes. Et parmi celles-ci, il y a évidemment les parents d’élèves, représentés par leur fédération. J’ai déjà commencé à discuter avec eux.
J’entends leurs préoccupations, je les fais miennes, parce qu’elles sont légitimes, de mieux savoir d’où vient l’argent, où va l’argent, pour financer quoi. Et c’est cette transparence qui va être au cœur aussi de la réforme de l’AEFE à venir, avec la mise en place d’une comptabilité qu’on appelle analytique, qui permettra à chacun de voir à quoi servent notamment les frais d’écolage. Alors on attend d’une réforme que ça aille vite, est-ce facile de faire bouger l’AEFE et toutes ses équipes? Je suis frappé par l’agilité de l’agence et du réseau. Ça peut donner le sentiment de l’extérieur que c’est une agence tellement importante par les effectifs en cause qu’elle peut avoir une inertie.
En fait, non. Dans l’ADN de l’agence, il y a une capacité à réagir très vite, d’abord aux crises qui peuvent se présenter et pour lesquelles il faut adapter notre offre pédagogique très très rapidement. Récemment, on a su basculer, par exemple, des diplômes de contrôle continu au Moyen-Orient, quand vous ne pouvez plus accueillir les élèves en présentiel. Donc on a ça dans notre ADN et ça vaudra aussi pour la réforme, on saura aller vite, enfin raisonnablement vite pour prendre le temps du dialogue, de la réflexion, de la bonne conception, mais on est assez agi dans l’exécution. Cet enseignement français, on peut en être fier, on l’a dit, mais la concurrence anglo-saxonne est de plus en plus forte.
Là, il y a besoin justement de s’aligner et de renforcer encore notre positionnement. Je pense qu’il faut rester sur les fondamentaux qui nous donnent un avantage comparatif. Parmi ceux-ci, il y a le plurilinguisme. Nous, la spécificité de notre offre, c’est qu’évidemment, on propose français comme langue de scolarisation, mais on propose en plus, la plupart du temps, l’enseignement de la langue du pays de résidence, de la ou des langues, suivant les contextes. L’enseignement de l’anglais et puis l’enseignement d’une quatrième langue.
Ce plurilinguisme, il a toujours été au cœur d’un projet pédagogique et c’est ce qui nous positionne, je pense, de façon avantageuse par rapport à d’autres établissements internationaux. Alors, on le sait sur notre antenne, les Français, les transis ont besoin d’informations pour leur quotidien et parfois, justement, il y a un peu un manque d’informations. Est-ce que vous utilisez convenablement les réseaux qui existent pour dire ce que vous faites et leur donner de l’écho? Mon expérience, c’est qu’on ne communique jamais assez, de toute façon. Donc c’est une préoccupation constante pour nous d’aller le plus au contact possible de nos interlocuteurs, en priorité évidemment les membres des communautés éducatives à l’étranger.
Donc on multiplie les canaux. Cet entretien en est l’un d’eux. Je pense qu’il faut effectivement qu’on aille au devant des uns et des autres pour expliquer notre projet, ce qui va se passer dans les mois à venir et en quoi ça va nous permettre collectivement d’assurer la qualité de notre projet commun. Dans le monde est partenaire depuis longtemps avec le réseau Flamme. Je voudrais qu’on en dise un mot parce qu’à chaque fois je suis épaté, étonné par les personnes qui passent à l’antenne, qui montrent leur implication pour le maintien du français quand on vit en expatriation.
C’est un beau réseau qui était également accompagné par le FE aujourd’hui. Qu’est-ce qu’on peut dire sur Flamme? D’abord que ça nous tient à tous vraiment à cœur. Nous avons eu un échange spécifique sur Flamme lors du dernier conseil d’administration. Nous avons des ambitions ensemble pour développer ce réseau.
J’espère que nous allons aboutir à amplifier notre soutien au réseau Flamme Monde. On en reparlera au prochain conseil d’administration, mais pour moi ça fait partie du cœur de la réforme de l’AEFE, il faut qu’on arrive à mieux articuler un réseau qui est divers. Vous parlez de FLAMM, il y a aussi le label France Éducation, et il y a les établissements homologués. Et ces trois catégories doivent concourir au même projet qui est de diffuser notre langue et de procurer une éducation en langue française. Alexandre Moreau, directeur général de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger.
Une autre petite fierté, un petit cocorico, les résultats du Bac 2026 sont sortis. 98,8% De réussite dans le réseau AEFE. Ils ont bien bossé les élèves. Oui, ils ont très bien travaillé avec leurs enseignants. Il ne faut pas les oublier non plus.
Ils jouent un rôle important dans ces résultats. C’est un vrai objet de fierté pour nous, de même que le niveau des mentions et la poursuite d’études en France. Tout ça nous conforte dans l’idée que notre projet pédagogique, qui combine excellence et mixité sociale, est au cœur de ce qui fait les valeurs de notre pays. Le président de la République a tenu à ce qu’une loi soit faite sur l’utilisation des réseaux sociaux. Ça a été voté.
Est-ce que ça aura aujourd’hui, dès la rentrée, un impact au sein des établissements de l’EFE? C’est une réflexion qu’il faut qu’on ait avec nos interlocuteurs du ministère de l’Éducation nationale pour voir comment on transpose cela à des contextes étrangers puisque, vous le savez, nos établissements sont soumis aux lois locales. La loi qui vient d’être votée ne s’applique pas automatiquement au réseau. Il faut voir, nous, comment on arrive à s’inspirer et transposer l’esprit de cette loi dans nos contextes éducatifs locaux. Et ma dernière question Alexandre, depuis quelques mois, la radio des français dans le monde a lancé la version radio expat pour les enfants, ça s’appelle Cocorico.
Est-ce que vous pourriez passer un petit message que toutes les classes qui vont travailler sur le sujet de la prise de parole, savoir faire un podcast, savoir s’exprimer en public, qui sont les bienvenus sur l’antenne de Cocorico. C’est un monde dans lequel, aujourd’hui, on va souvent devoir se retrouver devant une caméra et parler. C’est un média fabuleux, la radio? Oui, absolument. C’est une belle initiative que je ne connaissais pas.
Je ne peux qu’encourager les enfants, tout particulièrement les élèves de l’EFE, à très tôt s’impliquer, développer des compétences en matière d’expression. Ça leur servira toute leur vie, d’abord pour réussir leurs études, puisqu’il y a beaucoup d’euros, pour décrocher un travail et puis pour être pertinent dans leur activité professionnelle. Donc, plus tôt, on s’y met, mieux c’est. Eh bien, la voix des enfants expats est la bienvenue sur notre antenne. Je vous demanderai de passer le relais comme ça.
On saura que l’expérience existe. Et puis pour terminer Alexandre, pas simple de prendre un nouveau poste dans des périodes un peu de turbulence, qu’est-ce que je peux vous souhaiter? Eh bien écoutez, nous souhaiter à tous et à toutes de la réussite dans ce projet parce que je pense que c’est dans l’intérêt de chacun des acteurs de l’enseignement français à l’étranger et la réussite de l’AFE sera la réussite de tous les établissements, de tous les parents d’élèves et de tous les enfants. On refait le point ensemble dans six mois pour voir comment tout ça a avancé? Volontiers.
Merci, bel été. Merci. Français dans le monde, le média de la mobilité internationale. Radio et podcast sur fdlm.fr.