Bienvenue dans 10 minutes, le podcast des français dans le monde pour aider tous ceux qui se préparent ou qui vivent de près ou de loin la mobilité internationale. Je suis Gautier Saïs et j’ai le plaisir de passer 10 minutes avec Stéphanie Desenclos. On va parler déménagement. Elle a de l’expérience, elle en a fait 18. 10 Minutes.
Direction Brest pour retrouver Stéphanie que j’ai déjà reçue au micro de la radio des Français dans le Monde en tant que chasseuse immobilière chez Montchasseur Imo, un de nos partenaires. Bonjour, bienvenue Stéphanie. Bonjour Gautier, je suis ravie de te retrouver, merci. Eh bien écoute, je n’ai pas oublié que lors de notre précédente interview que je vous invite à découvrir, je mettrai le lien dans le descriptif de ce podcast, tu nous parlais de notamment ta dernière vie sur l’île Maurice et que tu avais fait Un certain nombre de déménagements. J’ai donc mis ton nom dans un petit coin de ma tête et nous voilà aujourd’hui dans le cadre de ce dossier spécial.
Réussir son déménagement international. Tu me confirmes Stéphanie que le premier déménagement et le 18ème ne se sont pas passés de la même façon. Non, effectivement, je pense que chacun se souvient de son déménagement en partant de chez ses parents ou du foyer dans lequel il a grandi. On est parti un peu plus vite, un peu plus léger et un peu moins organisé que si on déménage, fortiori à l’international, à 50 ans avec trois ados. Alors évidemment, selon l’endroit où on va, avec le nombre de personnes avec qui on va bouger, seul ou avec une grande famille, tout ça, ça donne des choses différentes et ça donne aussi des émotions différentes.
Oui, évidemment. Alors, on s’habitue, on se fait à l’idée de bouger. Ce n’est pas une impossibilité. Pour certains, c’est impossible à imaginer. Pour d’autres, ça devient presque une routine.
Déménager, c’est juste s’ouvrir à d’autres lieux, d’autres connaissances, d’autres rencontres. Ce n’est pas gênant. En revanche, il y a une certaine lassitude qui s’installe. Il ne faut pas se leurrer. Ce n’est pas toujours très confortable.
On a autre chose à faire de notre vie que d’emballer et déballer des choses. Quand ça prend trop de temps, trop de bande passante, on dirait en ce moment, ça peut devenir effectivement lassant, chronophage et pénible. Est-ce que quand on s’installe quelque part, on pense déjà la fois où on va partir? Ce ne serait pas bon signe, mais il y a des vies professionnelles ou personnelles dans lesquelles on ne peut pas échapper à cette situation, que je n’en vis pas. Oui, je pense quand même qu’on pense au fond de soi à être léger, à être plus mobile.
Donc, quelque part, on se façonne un emménagement en pensant aussi au déménagement. Ça, c’est possible. Certains que, avec l’habitude, on a peut-être tendance à ne pas déménager les mêmes choses ou en tout cas à s’alléger de déménagement en déménagement. Certainement. Certainement, je me rends compte que si c’était à refaire, je ne rachèterais plus autant de meubles à 12 000 km de chez moi parce que j’ai eu de la peine à en laisser beaucoup, à en donner, à en vendre, à en rendre.
En revanche, j’ai beaucoup de plaisir à en avoir rapporté. Mais effectivement, on apprend à chaque fois de ses erreurs et on ne s’installe plus de la même manière. Et puis, selon l’endroit où on va s’installer, on ne va pas forcément tout trouver sur place et on ne va pas forcément savoir qu’on ne trouvera pas. Par exemple, on m’a parlé de couverts. C’est tout simple, mais dans certains pays, on n’en trouve pas.
Même avec l’expérience, on n’est jamais à l’abri d’une tuile. Certains ont un kit de déménagement, moi j’en ai connu des expats qui avaient ça, une espèce de cantine, une grosse caisse boîte à outils avec l’essentiel. L’essentiel qui leur est cher et qu’ils peuvent transporter partout. Je pense aussi que déménager en 2026 ou 2030 c’est quand même un peu plus simple parce qu’on communique déjà avec l’endroit où on va aller. Il existe tellement de moyens de savoir quels sont les magasins, quels sont les groupes d’expats, les ambassades, les Maurice Accueil, Dubaï Accueil qui est de l’actualité, New York Accueil, etc.
Je pense qu’on a moins de surprises maintenant, mais c’est vrai qu’il y a encore 20 ans, on ne savait pas s’il y avait un magasin comme Ikea ou bien si on avait trouvé qu’un petit boui-boui qui vendrait du piment. Tu as fait ces 18 déménagements avec des professionnels ou parfois tu t’es débrouillé seule? Alors, j’en ai fait plusieurs avec professionnels, je dirais la moitié. J’en ai aussi beaucoup fait toute seule. Et sinon, j’ai fait une part avec des professionnels et une part toute seule.
C’est-à-dire? De l’île Maurice, évidemment, je n’ai pas pu rapporter moi-même sur un bateau mon conteneur. On avait un conteneur 20 pieds, ce qui représente un camion, pour que ça parle aux gens, un camion de 30 mètres cubes avec un ion. Absolument. Je suis devenu spécialiste parce que j’en ai entendu parler de tout ça, ces 30 mètres cubes.
Moi, évidemment, je ne me suis pas occupée de transporter ce conteneur avec les grosses pièces. En revanche, il y a toute une part en amont et une part qu’on emporte avec soi. Donc, il y a un énorme tri à faire et en ça, c’est du déménagement qu’on ne peut déléguer à personne. Donc, j’en ai fait toute seule et l’année dernière, tu vois, il y a un an aujourd’hui d’ailleurs, on est le 1er avril. J’ai déménagé de 400 mètres pour aller d’un duplex à un loft qui était complètement différent et j’ai tout fait toute seule.
Alors quand je dis toute seule c’est ma famille, c’est évidemment pas juste mes petits bras, mais j’ai tout fait toute seule parce que ça n’avait pas lieu de faire appel à un professionnel. J’ai loué des camions moi-même les jours où ça m’arrangeait et le reste du temps je l’ai fait à dos de Stéphanie et dans la voiture. Mais là, en l’occurrence, quand on est sur les sujets de déménagement internationaux, c’est quand même plus difficile de faire appel à la famille. D’ailleurs, quitte à passer par un professionnel, tu conseilles même de prendre le package le plus complet possible, d’emballer jusqu’à ranger ses objets in fine. La version qui va le plus alléger l’esprit, peut-être?
Complètement, évidemment je ne voudrais pas passer pour la petite fille gâtée, mais si c’est possible financièrement, si ça vous est offert, s’il y a une participation qui vous est proposée, n’hésitez pas, c’est toujours plus pratique d’avoir des professionnels qui viennent vider, emballer vos petits verres, vos petits accessoires, vos petits bibelots, tout ce que vous aimez, les protéger dans les accessoires qui vont bien, les valises à mousse, etc. Démonter vos étagères, protéger les coins, garder les pièces, les pions, toutes les petites vis, etc. Pour ensuite charger un container la plupart du temps ou un camion de la manière la plus optimale. Et le bonus, c’est quand vous arrivez dans votre nouveau chez vous, ils refont exactement la même chose dans l’autre sens et que justement chaque étagère est remontée. Il suffit d’avoir mis une petite coche à l’endroit où vous la vouliez.
Et puis vous retrouvez votre verrerie quasiment à la même place à 2000 ou 10000 kilomètres de là. Ça, c’est le luxe total. Et toi, tu numérotes tes cartons, tu attribues les pièces. Il y a un plan de départ et un plan d’arrivée parce que sinon, on perd un temps pas possible et puis on cherche. Oui, oui, exactement.
Je fais ça. Et alors ça, pour le coup, depuis toujours, je crois que j’ai fait les 18 comme ça. Je m’astreins à avoir une vision de l’endroit où je vais mettre les choses quand on va arriver. Alors ça encore c’est un problème de petites filles riches, quand on sait précisément dans quelle maison on va, où est la chambre, où est la cuisine, quelle surface elles font, etc. C’est très facile.
En revanche parfois on a des zones tampons, des moments un petit peu flous ou bien des gardes meubles, c’est moins évident. Mais on va partir du principe qu’on sait déjà où on va. Il est bien plus facile quand on est au point de départ de mettre les Playmobil dans un carton, les Legos, les poupées, etc. Et de mettre le numéro de la chambre, qui sera la chambre de l’enfant concerné, pour pouvoir le retrouver là-bas immédiatement, plutôt que de mettre juste «jouets» sur le carton et qu’on ne sache absolument pas où ça va. Et c’est beaucoup plus facile aussi pour, alors pour soi déjà, ça allège énormément la charge mentale, mais c’est aussi beaucoup plus facile pour les gens de l’entourage, soit les professionnels, soit les copains, soit la famille qui vient aider, parce qu’on prend un carton, il est identifié, numéroté, on sait que dessus il y a marqué chambre verte ou bien numéro 4, et bien on le pose, on ne réfléchit pas, il n’y a pas besoin de se prendre la tête et d’interroger les personnes concernées par le déménagement qui ont déjà le cerveau en surchauffe sur cette journée-là.
Donc on prend, on pose et au moins tout est à la bonne place. Alors si je reviens dans ma précédente vie où je travaillais dans le monde de l’événementiel, une des particularités de cette logistique c’est que ça ne se passe jamais comme on veut. Le container en plus en ce moment avec les tensions internationales peuvent avoir un retard considérable. Qu’est-ce que tu as rencontré comme difficultés concrètes par exemple au cours de ces 18 déménagements? À vrai dire, les difficultés, je les ai rencontrées dans ma tête.
J’ai réussi à les éviter. Je les ai rencontrées surtout dans ma tête parce que je me disais justement, je vais prévoir le plan A, c’est-à-dire tout se passe bien, le conteneur est dédouané à la date où on m’a dit qu’il allait m’être livré. Mais il va y avoir un plan B, un plan C, un plan D, justement, en cas de problème comme ceux que tu évoques. Et donc, je prévoyais systématiquement de garder avec nous les choses dont on allait avoir besoin à très court terme. En immédiat, à moyen terme parfois.
Mais évidemment, je ne m’encombrerai pas de garder les photos de classe des enfants depuis la petite section. Ça, ça pouvait tout à fait arriver, même avec trois mois de retard, il n’y avait pas d’enjeu. Donc, les difficultés, je les ai surtout rencontrées au moment de tout mettre en forme, tout mettre en situation pour ne justement pas avoir de difficultés. Et malgré tout, en organisant tout ça, il peut se passer que le carton avec ses fameuses photos n’arrive jamais. Et là, ça peut être terrible parce que ça n’a pas de valeur.
C’est une valeur sentimentale qui peut être énorme. Ça a pu t’arriver de perdre des choses? Oui, maintenant que tu le dis, je ne m’en souvenais plus, mais le père de mes enfants avait une montre à laquelle il tenait énormément. Il n’a qu’un seul poignet, mais il avait deux montres à ce moment-là quand on a déménagé. On a passé quelques jours chez des amis entre le départ de notre container et donc le vide total de notre maison et le jour où on prenait l’avion.
Et on pense qu’une des personnes qui travaillait dans la maison s’est servie et nous n’avons jamais retrouvé cette deuxième montre. Donc ça, oui, c’était le coup dur. On ne peut pas tout maîtriser. Il y a forcément des moments où on manque soit de vigilance, soit de présence. Et tout ne peut pas être protégé.
Et puis, du coup, ma dernière question avec ces expériences de 18 déménagements, qu’est-ce que tu donnerais à un auditeur qui écoute ce podcast en chose la plus importante de toutes? L’essentiel, et sans hésiter une seule seconde, c’est d’identifier ce que l’on a mis dans les cartons, évidemment les meubles on les reconnaît même de loin, même emballés dans du papier bulle, mais d’identifier ce qu’on a mis dans les cartons. D’avoir fait des cartons logiques, c’est-à-dire ça je vais en avoir besoin tout de suite pour travailler, pour me vêtir, pour sortir, Donc des cartons urgents, identifiés en tant que tels, des cartons à moyen et à long terme, avec la pièce de destination ou bien marqué dessus, garde-meubles, et sur trois faces. On écrit sur la largeur, sur la longueur et sur le dessus, ça c’est important. Quand on ne peut pas les gerber, l’écrire aussi.
Il ne faut pas hésiter à prendre un gros paquet de stylos, de marqueurs et à écrire tout ce qu’il y a à faire. Organiser la destination des cartons, ça me paraît être l’essentiel. Avoir visualisé le réemploi de ces meubles pour la pièce de destination, c’est un gros plus aussi pour les déménageurs. Ils n’aiment pas bien porter à trois un meuble et qu’on leur dise, je le vois bien dans la cuisine. Ah non, finalement, mettez-le moi dans la salle à manger.
D’expérience et non pas d’humour les déménageurs pour ça. Aujourd’hui, c’est le retour en France. On a connu une vie riche dans divers pays du monde. Est-ce qu’au final, les années passant, on est content de retrouver un peu de stabilité? Tu as encore déménagé de 400 mètres à 400 mètres il y a peu de temps.
Là, aujourd’hui, tu rêves de ne plus déménager, notamment? Oui, alors je n’exclue pas que l’endroit où je suis soit un tremplin pour un endroit encore mieux. Mais celui où je suis est déjà très, très bien. J’aspire à beaucoup de sérénité. 18, C’est beaucoup.
J’en ai un peu marre des changements d’adresse, des réexpéditions de courrier. J’en ai marre d’avoir certains cartons que je n’ai jamais ouverts, alors que je sais que je veux garder ce qu’il y a dedans. Ça, ça fait partie peut-être d’un autre volet un peu plus psy que tu développeras une autre fois. Ce besoin de garder, se rassurer, d’accumuler. Mais oui, j’aspire maintenant à de la sérénité, de la stabilité.
Je pense qu’en grandissant dans la vie et dans ma vie intérieure, c’est ce qui va se produire. Et quand je pense à ces cartons qu’on ne veut absolument pas quitter, souvent on les laisse chez les parents d’ailleurs, parce que eux restent en France, alors ils vont le garder et puis ils auront chez eux dans une pièce des cartons qui ne bougeront jamais, qui ne seront jamais nouvelles. Tu sais, déjà, ça a un effet boomerang. Un jour, on se reprend ces cartons-là, forcément, parce que les parents, a priori, partent avant nous. Et le pire, c’est qu’au même moment, nous, on est devenus parents et nos enfants stockent chez nous.
Et ils font la même chose, absolument. Voilà, ça s’en est vécu. C’est ça. Merci Stéphanie, en tout cas, pour ce témoignage. Avec plaisir.
Et puis au plaisir de te retrouver. Mais oui, ce sera avec plaisir à nouveau. Je te souhaite une très bonne journée et à bientôt Gauthier.