Le podcast que vous allez entendre dans quelques instants a été enregistré avant le début du conflit entre Israël et les USA contre l’Iran. Pour rappel, Dubaï et les Émirats Arabes Unis ne sont pas en guerre, même si des missiles sont interceptés par leur système de défense. Aussi, la peur est présente chez certains expats, mais la vie poursuit son cours. Contacté par Français dans le monde, Domiti poursuit son activité en toute sécurité en respectant simplement les messages d’alerte diffusés sur leur téléphone. Voici le podcast.
Bienvenue dans 10 minutes, le podcast des français dans le monde pour aider tous ceux qui se préparent ou qui vivent de près ou de loin la mobilité internationale. Je suis Gauthier Seys et j’ai le plaisir de passer 10 minutes avec Domitille, le double entrepreneur français à Dubaï. 10 Minutes.
Allez, on se tient bien droit, on tient la barre et on tend la jambe. On va faire un peu de danse classique à la française. Bonjour Domiti. Bonjour Gauthier. Alors c’est simple, on a 20 degrés d’écart entre toi qui vis depuis septembre 2023 à Dubaï et moi qui suis à Lille pour cette interview, la 2665e sur la radio des Français dans le Monde.
Tu en as écouté pas mal des podcasts, c’est à ton tour de rentrer dans la galerie. Tout à fait. On va revenir sur ton parcours et sur Classic Attitude Ballet, une école de danse classique à la française que tu as ouverte à Dubaï. Sacré parcours. En fait, pour faire simple, il y a eu toute la première partie de ta vie.
Et puis, depuis que tu as ce projet-là, tu réalises tes rêves d’enfant? On va dire ça. Tu es originaire de Biarritz, sur la côte Basque. Tu as beaucoup bougé car papa était cheminot, donc tu t’es pas mal promené dans la France, des études à Paris, passage par le Massif Central. Tu as des grands-parents qui sont dans le Nord, d’autres du côté justement de la région Basque.
Tu as fait des études à Toulon, neuf années de conservatoire. Et puis, la vie va s’enchaîner. Tu vas tomber enceinte assez jeune. Tu m’as dit que ça aura été un des deux chocs de ta vie. Oui, l’arrivée d’un enfant à l’âge de presque 18 ans m’a boostée un petit peu dans tout ce que j’ai fait dans ma vie et surtout m’a fait arrêter la danse parce qu’à l’époque, il n’y avait pas de cours à horaires aménagés ou de sports études pour la danse.
Donc, j’ai arrêté la danse par ce choix et pendant 14 ans, j’ai eu un autre métier qui était dans l’ingénierie commerciale. Et oui, je dis que c’était un choc parce que souvent les chocs de ma vie m’ont menée à l’essentiel. Alors justement, puisqu’on parle de ce deuxième choc, ce sera la séparation avec ton conjoint quelques années plus tard. En effet, après avoir été pendant 15 ans ingénieur commercial. Et ce deuxième choc, ça va être l’occasion de faire le point et de revenir à un rêve d’enfant, revenir à la danse.
Tu m’as dit j’ai tout lâché pour retourner sur une formation parce que pour pouvoir faire ce métier, il faut être diplômé d’État. Et donc voilà, tu t’es dit c’est le moment, il faut que j’y aille, je dois réaliser mes rêves. Oui, alors en fait, ça n’a pas été simplement quelque chose que je me suis dit, ça a été quelque chose que j’ai ressenti au fond de moi. La danse qui était restée bloquée depuis 14 ans et qui avait besoin de sortir. Et oui, ce deuxième choc de cette séparation m’a remis sur le chemin de la danse, où en effet, J’ai repris une formation et j’ai créé suite à ça ma première école de danse à Aix-en-Provence, qui a aujourd’hui le même nom que mon école à Dubaï, qui s’appelle Classique Attitude et qui existe toujours d’ailleurs.
Elle a été créée en 2013, donc là tu vas aller jusqu’au bout de tes rêves, jusqu’à en 2018 faire un voyage à Dubaï. Et là on ne sait pas bien pourquoi, mais ça va parler entre Dubaï et toi. Un coup de cœur, un potentiel, une envie à nouveau de te relancer un nouveau challenge puisque tu vas débarquer là-bas en chef d’entreprise, en voulant créer une école de danse à la française à Dubaï. Tu peux m’expliquer pourquoi il y a eu cette petite magie entre Dubaï et toi? Je ne sais pas encore vraiment l’expliquer, mais j’ai vraiment senti quelque chose la première fois que je suis venue à Dubaï et qui est toujours restée en moi chaque fois que j’y suis retournée avant de m’y installer définitivement en 2023.
J’ai beaucoup apprécié l’ouverture d’esprit des personnes qui y vivent et je sais que c’est une ville où j’ai ressenti qu’on n’était pas chez soi et que cette conscience-là change beaucoup de choses parce que En fait, quand on est dans une ville telle que Dubaï, je pense que c’est une ville qui nous rend plus attentifs, plus mesurés dans nos paroles comme dans nos actions. Elle nous pousse, cette ville, à nous interroger et à prendre du recul sur notre propre culture, sur nos automatismes et sur notre manière d’être au monde. Parce que, justement, il y a beaucoup de… De cultures et de différentes. Et je pense que ça fait partie des choses que j’ai appréciées à Dubaï.
Une autre chose aussi que j’ai ressentie, c’est qu’ici à Dubaï, tout le monde travaille. Et ça met vraiment les gens dans un état d’esprit qui est différent. Et c’est un petit peu, je pense, ma façon d’être. Oui, je me sens bien ici, au-delà du fait que c’est une ville sécure, comme tout le monde le dit, et où je me sens tranquille. J’ai l’impression que je suis dans un tableau d’art aussi.
C’est une belle, c’est une jolie ville. Tu arrives seule, avec un anglais pas terrible. Tu vas entreprendre. Est-ce que c’est simple d’entreprendre à Dubaï? Alors?
J’ai rencontré quelques difficultés.
Je n’étais pas préparée à un point qui est assez important qui est la fatigue. Parce que c’est une ville où rien ne s’arrête, où tout va très vite et on a souvent l’impression que si l’on ne sort pas ou si l’on ne se socialise pas, on risque de passer à côté de quelque chose. À cela, c’est rajouter la barrière de la langue, parce que ne pas parler parfaitement anglais demande énormément d’énergie au quotidien pour comprendre, pour répondre, pour s’exprimer. Il y a aussi la pollution sonore qui est permanente entre le bruit de la ville et celui des climatisations, sans parler du climat, et le rythme des journées qui passe très vite. Donc tout cela rend l’installation à Doubale très stimulante, mais aussi particulièrement fatigante.
Mais Domiti, si on parle d’une femme qui entreprend pour faire une école de danse à la française, tu t’es pas mis quelques challenges un peu élevés là du coup? Alors oui, et puis mes 4 premiers gros challenges, qui était très élevé, c’est d’abord de conduire les travaux d’aménagement de mon école puisque j’ai récupéré un studio, une entreprise d’informatique où j’ai tout modifié et à la base suivre des travaux c’est pas mon métier. Le deuxième challenge ça a été de trouver des clients et je ne parle pas juste de faire des ventes mais vraiment comprendre comment les atteindre dans un pays qui a 7000 km du mien, dans une culture qui n’a rien à voir avec la mienne. Et puis un des troisième challenge, c’est de continuer à croire à mon projet, de ne pas lâcher et d’accepter le temps nécessaire que nécessite la construction d’un projet tel que celui-là. Alors aujourd’hui, il y a 55 élèves dans ton école avec un âge très ouvert de 4 à 78 ans.
Et puis aussi, tu tiens à quelque chose. Certes, on danse, certes, c’est du ballet, mais c’est vraiment pour tout le monde. Tu fais notamment des cours d’aquatitude. Ça se passe dans l’eau. Le corps est caché.
Ça permet à des hommes et des femmes qui ont du mal avec leur corps à pouvoir quand même danser parce que du coup, ils sont plus à l’aise. Tu as vraiment une volonté de démocratiser cet art du ballet? C’est ça, en fait, c’était dès l’origine. Quand j’ai créé ma première école, c’était de permettre à toute personne, quel que soit son âge, son sexe, son niveau technique, sa corpulence, voire même sa maladie, de pouvoir accéder aux sensations que procure la danse. Je parle de maladie parce que j’ai été bénévole pendant dix ans au sein d’un centre qui s’appelle le Centre Ressources à Aix-en-Provence et qui est un centre d’accompagnement thérapeutique auprès de personnes malades du cancer.
Et la danse a été intégrée comme accompagnement thérapeutique des malades. Dans l’eau, j’ai pu adresser une autre clientèle que des danseurs sur la terre ferme. J’ai pu adresser des personnes qui sont enceintes. Donc des femmes enceintes, des personnes obèses, des personnes qui ont des traumatismes ou anciens danseurs qui ne peuvent plus danser sur la terre ferme puisque dans l’eau on n’a pas, avec la pesanteur et la poussée d’Archimède, on n’a pas de pression sur les articulations. Le corps ne fait que 10% de son poids dans l’eau et tous les mouvements peuvent être réalisés également de manière lente parce que l’eau est douze fois plus résistante que l’air.
Moi, je ne suis pas dans l’eau et donc les personnes peuvent me suivre et découvrir les mouvements de la danse classique. Et autre chose très importante, c’est que dans l’eau, le corps est caché, il n’y a pas de regard extérieur, ni de miroir. Et cela permet aux personnes, celles qui ont toujours rêvé de faire la danse classique, de s’y mettre. Et puis de se lâcher aussi, parce que justement, on n’a pas ce regard extérieur. J’ai eu des personnes qui, grâce à Aquatitude, Après, ils sont passés en cours traditionnels à la barre, à côté d’un miroir, etc.
Et aussi, j’ai eu beaucoup de personnes qui se sont réconciliées avec leur corps grâce à la danse. C’est un beau projet, Domiti. Aujourd’hui, nos auditeurs qui sont sur Dubaï peuvent évidemment te contacter. On a bien compris que c’était pour tout le monde. Tu es dans quel coin de Dubaï?
Je suis dans un quartier qui s’appelle Barcha Haït, en Seine-Monticombe. Et donc, c’est dans le plein centre. C’est à 600 mètres d’une station de métro qui s’appelle Dubai Internet City. Très bien. Comment se passe la vie aujourd’hui?
Tu es heureuse d’avoir tout vendu à Aix, d’avoir laissé cette ville derrière toi et de vivre aujourd’hui là-bas? Oui, je suis heureuse de vivre là-bas, pas parce que j’ai tout lâché, parce que j’adorais ma vie à Aix, j’adorais mon école à Aix, mais je suis heureuse parce que Dubaï a profondément changé ma manière de travailler, mais aussi ma vision de la réussite et de la vie, parce que c’est une ville qui amène naturellement à la tolérance, parce que chez chaque personne qui y vit, je pense, parce que la coexistence de dizaines de cultures différentes oblige à l’écoute, au respect, à l’ouverture, et on apprend à vivre avec l’autre tel qu’il est, sans chercher à le faire entrer dans nos propres codes et valeurs. C’est pour ça que je me sens heureuse ici. Et cette conscience-là qu’on n’est pas chez nous, ici à Dubaï, change beaucoup les choses. Et elle nous rend plus attentifs, plus mesurés dans nos actes, dans nos paroles.
Et elle nous pousse à nous interroger, à nous prendre du recul sur… Notre propre culture, sur nos automatismes, sur notre manière d’être au monde. Et je pense que Dubaï a aussi modifié mon rapport au contrôle. Par exemple, j’ai compris que l’environnement autour de moi était souvent plus fort que ma volonté de tout maîtriser. Et quand on fait de la danse depuis l’âge de 7 ans et qu’on apprend à contrôler son corps, ça nous remet bien en question.
En fait, c’est une ville qui nous remet bien à notre place, sans violence, mais avec calmeté. Merci Domiti pour la présentation de Classique Attitude Ballet Dubaï, le lien de ton site et de ton école disponible dans le descriptif de ce podcast. Et je te vois très bien organiser un magnifique ballet en plein milieu du désert dans quelques temps avec des élèves de tout âge venant du monde entier. Moi aussi. Eh bien, merci d’être passée sur l’antenne.
Merci de rejoindre la galerie des invités de la radio. Au plaisir de te retrouver. Merci.
Vos podcasts sur la mobilité internationale sont sur fdlm.fr et sur YouTube en cherchant Français dans le Monde.