Et si ce podcast était le début de votre nouvelle vie, bienvenue sur Français dans le Monde, le média de la mobilité internationale. Je suis Gauthier Seyss et j’ai le plaisir de passer dix minutes avec Virginie Caparros, direction le centre-ville de Montréal. Dix minutes. Dix minutes.
Alala, Montélimar est bien loin de son quotidien. Aujourd’hui, on va retrouver une petite Française qui a eu un coup de cœur, visiblement pour le Canada, au point d’en devenir aujourd’hui une citoyenne. Bonjour Virginie. Bonjour Gauthier. Bienvenue sur la radio des Français dans le Monde.
Si mes informations sont bonnes, le podcast, tu connais ça. Toi aussi, tu passes derrière le micro. Oui, je m’essaye. On s’essaye un peu, c’est vraiment juste le début. Bravo en tout cas, félicitations pour ton beau projet parce qu’on en a toujours besoin de plus d’informations.
On essaye d’être là. Fais un peu la promo de ton podcast, comment il s’appelle? Oui, il s’appelle Inarrêtable, c’est pour les femmes qui veulent devenir inarrêtables et je m’adresse surtout aux femmes entrepreneurs. Très bien, on va parler de ton travail, de la création de la société que tu as mis en place il y a quelques temps maintenant. Mais avant, revenons sur ton parcours.
Recommençons là où tout a commencé, à Sainte-Colombe. Tu grandis dans l’ISER, BTS, commerce international et marketing européen. Tu parles le français, l’espagnol, l’anglais. Et puis, les années vont commencer. Tu vis pendant sept ans à Lyon avec ton mari à l’époque, en 2012.
Une envie de bouger. Vous passez un deal, on va partir, mais un an. C’est ça. Toi, dans ta tête, ça aurait pu être les USA. Pourquoi c’est finalement tombé sur la région
de Québec Le Québec, c’est parce que c’est ça,? on aimait ça voyager. Et puis bon, on avait une envie de partir un peu plus longtemps. Le Québec, c’est venu vraiment par hasard, dans le sens où moi, j’avais surtout ce besoin de sécurité. Et on entendait souvent qu’au Québec, il y a beaucoup de relations avec la France.
Je me disais, si il se passe quoi que ce soit, je suis safe. Mais c’était vraiment par hasard. Ce n’était pas forcément un rêve. Des fois, on rêve de visiter le Québec. Moi, c’était pas plus que ça.
C’est ça. Et puis finalement, comme on dit ici, je suis tombée en amour. Le 5 mai 2012, c’est une date dont François Hollande se souvient, puisque c’est le jour où il devient président de la République. Toi, c’est le jour où tu quittes la France. Tu arrives là-bas.
Comment ça se passe au début? Est-ce qu’assez vite, tu te dis, j’ai fait le bon choix, c’est cool, j’aime ça? Pas du tout. Au début, je pense que les deux premiers mois, c’était des pleurs et de la tristesse. J’étais tellement proche de ma famille, de mes proches, que c’était compliqué.
Mais j’ai toujours ce côté un peu résiliente avec «Ok, c’est bon, on va arrêter de se plaindre maintenant, on arrête de faire la victime». Et donc, au bout de trois mois, ça allait beaucoup mieux. Et petit à petit, le Québec m’a rendue addicte à cet environnement, cette mentalité. Et finalement, ça fait 14 ans. C’est marrant d’ailleurs, les mots français, on dit des proches.
Alors évidemment, quand on est expat, le terme sonne un peu plus difficilement, puisqu’on est à quelques milliers de kilomètres de ses proches. Pour autant, aujourd’hui encore, tu gardes le contact facile avec la France, avec tes parents qui sont à Montélimar. C’est facile, c’est quoi la technologie qui rend tout ça plus fastoche? Oui, surtout aujourd’hui. En 2012, on était encore moins bien technologiquement.
Non, c’est sûr que mes proches sont venus me visiter plusieurs fois et puis c’était un peu un deal parce que moi, j’ai moins de vacances par exemple ici où c’est un peu plus cher. Donc, ils disaient non, tu sais quoi, reste ici, nous, on vient te voir. Et puis, à terme, ils sont venus plusieurs fois et puis jusqu’au jour où même mes deux soeurs ont décidé de s’expat, elles aussi. Donc voilà. Et donc tes deux soeurs sont aussi au Canada.
C’est ça. Donc là, pour le coup, une réunion de famille, c’est vraiment les parents qui doivent venir. Pas de choix. C’est bon, ils sont à la retraite, ils sont encore jeunes, donc ils sont contents de voyager. On va parler tout de suite de l’hiver.
En préparant cette interview, je rappelais qu’un certain nombre de Français qui ont décidé de vivre la grande aventure à Montréal découvrent aussi que l’hiver peut être un peu long. Toi, tu m’as répondu par rapport au froid des Français quand ils veulent. Je préfère le froid qu’on peut réchauffer avec un manteau. C’est rigolo ça comme perspective. Alors, je les aime mes amis les Français, il n’y a pas de problème.
C’est juste que pour moi, c’est plus tolérable de gérer la température hivernale que la mentalité de certains Français, disons. Eh ben voilà, bim! C’est cadeau. C’est ma préférence. Alors tu pars avec ton mari, puisque tu étais marié en France.
Lui va vouloir rentrer alors que toi tu es tombé en amour du Canada. Et donc vous arrivez à une conclusion, je suppose pas simple, c’est de divorcer. Sauf qu’à ce moment là, ton visa ne te permet pas de rentrer pour techniquement divorcer en France. Tu vas donc être une Française vivant au Canada et divorçant de là-bas. Comment tu as passé ce cap?
Oui, c’est sûr qu’on va essayer de faire court, mais en gros, l’obligation en France était de me présenter, même si c’était juste pour cinq minutes, alors que non, techniquement, je ne pouvais pas. Donc, finalement, après un consensus, on a pris un peu de recul. Au Québec, c’était différent. On n’est pas forcément obligé de se présenter. Mais par contre, il faut attendre un an de séparation légale.
Donc, finalement, c’est comme ça que ça s’est passé. Et contrairement à toute la technicité compliquée en France. C’est sûr que quand je suis arrivée au tribunal de Montréal, ça a pris cinq minutes. La dame m’a accueillie avec un grand sourire. Pas de problème.
Tac, tac, tac. C’est bon, vous êtes divorcée. Bonne journée. Parlons administratif toujours avec l’obtention de la citoyenneté. Bon, tu m’as dit, ça a pris neuf ans pour avoir cette résidence permanente et quelques déboires.
Qu’est ce qu’on peut dire à nos auditeurs? Parce que ça peut leur être utile. Ok, bon déjà je pense que je suis la preuve que quand on veut on peut parce que je comprends tout à fait, j’ai connu énormément de français qui au bout de 2, 3, 4 ans rentraient parce que ça devenait compliqué, ça draine beaucoup d’énergie surtout quand on n’est pas bien conseillé ou qu’on essaye de faire les choses tout seul. Moi, je pense que dans notre culture française, on ne va pas forcément automatiquement, comme les Américains, aller consulter un avocat ou aller voir les bonnes personnes, alors que c’est ce qu’il faut faire. Pendant longtemps, j’ai voulu faire les choses seule.
j’ai perdu beaucoup de temps, j’ai perdu beaucoup d’argent, je n’ai pas forcément été non plus aller voir les bons avocats, j’ai perdu des milliers, des milliers et des milliers de dollars, jusqu’au jour où j’ai dit on va arrêter cette stratégie, on va faire les choses correctement, on va mieux s’entourer. Et puis, c’est ça, c’est qu’on nous vend beaucoup l’immigration comme étant quelque chose de facile, notamment pour les Français, ce qui est totalement faux à l’heure d’aujourd’hui. Je pense que c’était vrai en 2005. Après ça, ça s’est complexifié de plus en plus. Ça m’a pris 9 ans pour avoir ma résidence permanente, j’ai accumulé des permis de travail du mieux que je pouvais.
Des fois, j’étais entre deux permis de travail, donc comme tu mentionnais, des fois je ne pouvais pas sortir du territoire, parce que si je sortais du territoire, j’avais plus de statut. Donc ça a été les montagnes russes émotionnelles. Mais en même temps, ça a été à la découverte de moi, parce que je me suis rendu compte qu’à un moment donné, il fallait que j’arrête de me victimiser, que je prenne mon courage à deux mains, que j’aille poser des questions quand c’était inconfortable, et des fois, aller faire un, deux, trois boulots en même temps parce qu’il fallait, voilà. Donc, ça a été compliqué et c’est drôle parce que j’ai eu ma résidence permanente en neuf ans parce qu’il faut savoir que le Canada, comment c’est fait, c’est juste au Québec qu’on a besoin de l’accord de la province pour demander la résidence permanente au fédéral à Ottawa. Les autres provinces, c’est plus rapide, plus simple.
Donc, ça m’a pris neuf ans et par contre, quand j’ai fait ma demande de citoyenneté, ça m’a pris quatre mois. Bon, déjà, parce que je suis passée avec un avocat, je me suis dit qu’on ne va pas tenter. Et ça m’a pris quatre mois et ça a été fait comme une lettre à la poste. Mais Virginie, si j’ai bien compris aussi, pendant toute cette période-là, tu vas apprendre à devenir américaine. On rappelle que le Canada, le mindset est très nord-américain.
On doit pouvoir se valoriser. On doit pouvoir négocier. On négocie quand on est dans un entretien d’embauche, par exemple. Pas comme le français, un peu effacé, un peu timide. Ça t’a servi parce que du coup, t’as basculé dans l’entreprenariat.
C’est sûr qu’à Montréal, quand t’es bilingue, c’est facile de travailler dans des environnements anglophones. Moi, j’ai beaucoup appris à me vendre en côtoyant des recruteurs. on nous apprend que si tu veux un nouveau boulot, il faut que tu apprennes à te vendre, il faut que tu arrives à parler de tes exploits, tes victoires personnelles du passé. Et puis aussi, il me paraît, quand tu vas aller négocier un nouveau travail, tu vas demander 10 000 de plus et 10 000 de plus. Ça m’a beaucoup appris à savoir me vendre, à parler de moi avec bienveillance, avec conviction.
Et c’est pour ça qu’en 2012, j’étais réceptionniste, je gagnais 25 000 dollars par année. On s’entend, quand on parle en dollars, on parle beaucoup, on parle toujours en années et en brut. Mais c’est ça, je suis passée de réceptionniste, 25 000 dollars, à aujourd’hui, je suis gestionnaire des ressources humaines qui gagne plus de 100 000. Et puis oui, j’ai un emploi et en même temps, je suis entrepreneur depuis 2019. Alors en 2019, tu vas découvrir en effet l’entrepreneuriat avec le Airbnb Experience.
Profitant du fait que tu parles trois langues, tu vas proposer notamment des visites dans la ville. Airbnb Experience, c’est le Airbnb plus un petit service adjoint. Mais c’est complémentaire avec le logement. Mais oui, en fait, je me suis dit, regarde, ça fait des années que je fais le tour de la ville à mes amis, à ma famille. Depuis toujours, je la connais par cœur.
Et puis moi, j’adore aller explorer des petits coins sympas et uniques. Je me suis dit, mais pourquoi pas être payée pour ça? Et Airbnb Experience arrivait tranquillement parce que c’est dépendamment des villes aussi. Ce n’est pas dans tous les pays tout de suite. Donc, ça arrivait à Montréal.
Puis, j’ai testé. J’ai fait la guide touristique. Et puis là, je me suis dit, ouais, mais j’ai toujours voulu faire des trucs à moi, personnel, en dehors du salariat traditionnel. Et donc là, je me suis lancée. C’est sûr que Covid est arrivé, mais ça a semé une graine dans mon cerveau.
Et puis là, j’ai entamé des formations, des coachings pour créer quelque chose. Alors en 2022, tu vas t’occuper des nouveaux arrivants au Québec. Et maintenant, création d’événements pour les femmes entrepreneurs. Alors là, c’est ouvert aux expats et aux non-expats. L’idée, c’est de faire de jolies retraites dans des petits coins de nature et donner un peu de temps à penser qui on est, ce qu’on vaut, ce qu’on veut atteindre.
Une retraite paisible entre femmes. Là, tu as les décors qu’il faut là-bas pour faire ça. Ah oui, on a tout ce qu’il faut. On a tout ce qu’il faut et puis en même temps, oui, une retraite pour femmes, mais au lieu par exemple de faire du yoga en allumant des chandelles, moi je propose peut-être un petit cours de boxe, puis on va parler mindset et on va brainstormer tout ensemble autour de ton business. Donc, c’est vraiment l’objectif d’aller peut-être de sortir les entrepreneurs de leur solitude et de dire OK, let’s go, j’ai envie de voyager, j’ai envie de faire des choses nouvelles, mais je ne sais pas, je n’ai pas envie d’un voyage normal.
Là, le Québec, c’est parfait. Puis en plus, avoir travaillé dans le tourisme, à organiser des événements, c’est comme j’ai tous mes contacts, je connais les chalets, les endroits où aller au Québec, donc c’est parfait. Et en plus, tu t’es découverte comme entremetteuse, donc tu adores ce métier. Oui, oui. Moi, j’adore quand je mets les gens en contact.
Puis ensuite de ça, ils s’épanouissent, ils font des projets ensemble. C’est pour ça que quand en 2022, j’ai créé Erably, je travaille énormément avec des avocats et des recruteurs parce que quand on a créé ce service de relocalisation, moi, je ne suis pas avocate, je n’ai pas le droit de donner des conseils. Et puis, je ne suis pas non plus recruteur. Donc, voilà, moi, j’étais cette personne qui allait chercher des logements, aller chercher les gens à l’aéroport. J’adore mettre en contact les gens et puis faire en sorte qu’ils s’épanouissent comme une fleur.
Eh bien, si vous êtes une entrepreneur au féminin sur la zone de Québec et que vous voulez vivre une retraite incubateur, contactez Virginie de notre part. Virginie, si j’ai bien compris, la France, c’est pour les vacances. Aujourd’hui, ta maison, c’est le Canada. Oui, c’est ma maison. Mais en même temps, on ne renie pas d’où on vient.
Au contraire, je pense que quand je visite la France maintenant, quand je viens en France, je viens avec des yeux de touriste et j’apprécie chaque instant. parce que la France, c’est un merveilleux pays, il y a tellement de belles choses. Et les gens évoluent peut-être des fois, tu écoutes les informations, c’est très négatif, mais quand tu es chez les gens, chez les locaux, les gens sont extraordinaires, ils sont créatifs, ils ont plein de nouvelles idées et ils sont pas mal avancés. Je le vois même par rapport au Canada, il y a des choses qui sont faites en France qui ne sont pas encore faites au Canada. Donc, c’est bon aussi de le rappeler et puis de le revivre.
En tout cas, je te souhaite le meilleur pour la suite. Reste branchée sur la radio des Français dans le Monde. Et puis, à bientôt, Virginie. À bientôt, Gauthier. Merci.