Clémentine Latron : Illustratrice Française à Amsterdam

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Comment les déménagements fréquents façonnent-ils notre identité et notre créativité ?

Dans cet épisode de « 10 minutes, le podcast des Français dans le Monde », Gauthier Seys nous invite à explorer la manière dont les expériences de vie en mouvement peuvent influencer notre parcours personnel et professionnel. En s’entretenant avec Clémentine Latron , une illustratrice française installée à Amsterdam, il soulève la question de savoir comment les nombreux déménagements et les changements constants d’environnement peuvent nourrir la créativité et ouvrir des portes vers des carrières inattendues. Cette réflexion pousse les auditeurs à s’interroger sur l’impact de leur propre environnement sur leur développement personnel.

Clémentine, originaire de Meurthe-et-Moselle, a grandi dans une famille de militaires, ce qui l’a amenée à vivre douze déménagements à travers la France et au-delà. Après des études de traduction à Paris, elle a choisi de s’installer à Amsterdam, une ville qu’elle décrit comme l’une des plus internationales au monde. Maîtrisant plusieurs langues, dont le néerlandais, elle a su transformer sa passion pour le dessin en une carrière florissante. Clémentine travaille désormais à son compte, créant des illustrations pour divers clients et collaborant avec des publications telles que Courrier International.

L’épisode se concentre sur la manière dont Clémentine utilise son art pour capturer et illustrer les nuances culturelles qu’elle observe autour d’elle. Elle partage ses expériences de vie à l’étranger et explique comment celles-ci ont inspiré ses projets, notamment son livre sur les expressions régionales françaises et ses dessins humoristiques pour Courrier Expat. Clémentine discute également de son travail avec le réseau des alliances françaises aux Pays-Bas, où elle explore les mots français utilisés en néerlandais avec des significations différentes. À travers ses illustrations, Clémentine parvient à communiquer des histoires et des expériences culturelles de manière visuelle et engageante, soulignant l’importance du dessin comme outil de communication interculturelle.

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https://www.clementinelatron.com/

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Chapitrage de l’épisode :

0:00:01 – Introduction du podcast
0:00:08 – Rencontre avec Clémentine
0:00:34 – Origines et vie de famille
0:00:57 – Adaptation à la vie internationale
0:01:34 – Maîtrise des langues
0:02:04 – Transition vers le dessin
0:02:36 – Premier succès dans le dessin
0:03:16 – Collaboration avec Babel et éditeurs
0:04:50 – Expressions régionales françaises
0:05:39 – Réalisation du livre « Les Expats »
0:06:56 – Projet avec les alliances françaises des Pays-Bas
0:07:44 – Diffusion et visibilité des œuvres
0:08:58 – Vie quotidienne et culturelle à Amsterdam
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Transcription de l’épisode :

10 minutes, le podcast des Français dans le Monde.
Une jolie rencontre en me baladant sur Instagram. Je vois de jolis dessins. Je me renseigne un peu et derrière ces dessins, il y a la main de Clémentine. Bonjour Clémentine. Bonjour Gauthier.
Tu t’es installée à Amsterdam et on va rembobiner un tout petit peu. Tu es originaire de Meurthe-et-Moselle. Ton père était militaire. Tu as vécu douze déménagements. Tu as passé ton temps à changer d’ami et changer de région.
Oui, c’était un peu ça. Ce n’était pas évident pour ce qui était des rentrées scolaires, parce qu’on était toujours les petits nouveaux. J’ai des frères et soeurs, donc je n’étais jamais seule, mais pour ça, ce n’était pas très évident. Mais en revanche, ça nous a permis vraiment de découvrir plein de régions françaises, outre-mer, et c’est quelque chose qu’on n’aurait jamais fait autrement. Et c’est probablement ce qui m’a un peu mis le pied à l’étrier pour repartir à l’étranger ensuite.
Donc, ce n’était pas mal. En l’occurrence, tu t’es installé dans une des villes les plus internationales de cette planète. Tu es aujourd’hui à Amsterdam. Après avoir fait tes études à Paris, des études dans la traduction, tu maîtrises mieux que moi l’anglais, l’espagnol et aujourd’hui le néerlandais. On en a parlé en préparant cette interview.
Le néerlandais est une langue, quand on l’écoute comme ça, qu’on ne comprend pas bien, qui rappe un peu quand même. Voilà, c’est assez guttural, surtout le néerlandais des Pays-Bas, parce qu’en Belgique, le flamand est un peu plus doux. Et c’est vrai qu’ici, ça roule des airs et c’est moins harmonieux que l’italien, on disait. Et tu le maîtrises aujourd’hui, tu peux aller dans un magasin à Amsterdam et on comprend parfaitement. On comprend parfaitement.
Alors, il ne faut pas qu’on parle trop vite non plus et trop de philosophie ou de débat de ce genre, mais je le comprends et je le parle assez pour en avoir fait une troisième langue de travail. En fait, maintenant, je traduis aussi du néerlandais au français. Tu as eu envie de bouger, il y avait le Royaume-Uni, t’as pas trouvé de taf, il y avait Berlin, pourquoi pas finalement, donc c’est Amsterdam qui a retenu ton attention. T’as bossé dans une agence de voyage en ligne, mais depuis trois ans tu t’es mis à ton compte. Faut dire que tu sais bien faire de jolis dessins, Clémentine.
Merci, ça s’est développé un peu. C’est vrai que le dessin, je ne l’ai pas appris, je ne l’ai pas étudié. J’ai toujours dessiné, mais j’ai fait des études de traduction, donc jamais je ne m’étais dit qu’un jour je vivrais de mes dessins.
J’ai commencé à dessiner petit à petit pour des clients et j’ai eu tellement de projets que je me suis retrouvée dans l’obligation de quitter mon travail pour me mettre à mon compte parce qu’il y avait beaucoup de frustration de ne pas pouvoir me consacrer à 100% à tous ces projets. Ça fait un peu plus de 3 ans et ça se passe plutôt bien, je ne regrette pas du tout cette décision. Dans la story Instagram du jour, tu nous as envoyé un petit dessin où tu es derrière le micro de Stéréo Chic. Depuis toute petite, je suppose que quand tu avais une feuille de papier et un stylo, ça venait tout seul au bout de tes doigts. Je raconte souvent la même anecdote, mais quand j’avais deux ans, j’ai dessiné sur les murs de ma chambre et mes parents m’ont demandé qui avait fait ça.
J’ai accusé ma sœur qui avait quelques mois et qui ne pouvait même pas tenir un feutre dans les mains. On va dire que ça a commencé à ce moment-là et puis j’ai continué. Tu as eu l’occasion d’écrire deux livres, l’un qui s’appelle Le Tour de France des expressions régionales. On a plein d’expressions de ouf, ça t’a inspiré ? Ça m’a inspirée.
En fait, ce dessin est parti d’une lecture. J’ai lu la trilogie de Pagnol et je me suis rendue compte qu’il utilisait pas mal d’expressions justement du Sud que je trouvais très imagées et très drôles. Et donc, j’ai fait pour un de mes clients, Babel, j’ai fait un dessin sur les expressions du Sud de la France et qui a attiré l’œil de mon éditrice, qui est arrivée avec ce projet en me proposant de faire un tour de France des expressions régionale illustrée. Donc voilà, j’ai fait une sélection de celles que je trouvais les plus rigolotes. Et voilà, ça fait un petit livre sympa.
Moi, j’ai toujours du mal avec les expressions. Je les connais, mais je ne sais pas mettre les bons mots au bon endroit. C’est quoi ton expression française préférée ? Ah oui, on me l’a pas mal posé avec le livre, justement. Il y en a tellement.
Il y en a une du sud qui est… Tu fais comme moi, tu fais comme moi. C’est le pompon sur la garonne, par exemple. Qu’est-ce qu’il y a d’autre ? Il y en a tellement, il n’y en a aucune qui me revient.
Le pompon sur la garonne, évidemment, quand tu es illustratrice, tu vois, les images viennent un peu toutes seules. Il y avait beaucoup, notamment les expressions de Bretagne, tournent toutes un peu autour de l’alcool, étonnamment. Et là, j’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à les illustrer. Elles sont particulièrement… Je crois que c’est peut-être la région que j’ai préférée illustrer, justement.
Tu as été repérée par Courrier International, pour lesquels tu travailles sur le blog. Tu fournis des dessins sur des thématiques et tu as même sorti un bouquin qui s’appelle Les Expats. Alors, sur la radio des Français dans le Monde, parlons-en de ce bouquin. Qu’est-ce qui t’a inspiré chez Les Expats ? En fait, je pense que c’est quand je suis arrivée ici, et puis avant de venir à Amsterdam, j’ai fait mon érasmus au Pays de Galles, j’ai fait des séjours en Espagne, en Angleterre, et c’est quelque chose que j’aime beaucoup, de vivre à l’étranger, découvrir une nouvelle culture, et je pense que ça m’inspire pas mal parce que j’en ai fait des dessins, et c’est comme ça que Courrier Expat, qui n’existait pas encore à l’époque, qui se lançait et m’a repérée.
Et donc, c’est vrai que c’est un sujet très riche pour des dessins humoristiques comme je le fais, parce que quand on quitte son pays pour s’installer dans un nouveau pays, il y a toujours un petit choc culturel, des différences qui ont l’air comme ça infimes, mais qui sont prétextes à quiproquos et situations rigolotes un peu tout le temps. Donc je m’inspire de ma vie de tous les jours et de cette culture que je découvre pour faire des dessins justement sur toutes ces aventures C’est rigolote, ça. Clémentine, illustratrice française à Amsterdam, tu me disais que Madonna, par exemple, utilise rendez-vous, ça dit rendez-vous. Mais par contre, pas mal de mots français sont utilisés alors qu’ils ne sont pas correctement utilisés. Tu me disais que, par exemple, on utilise en Hollande, par exemple, le mot maillot.
Mais maillot en Hollande, un maillot, un maillot à T-shirt, c’est un collant, en fait. Un collant en laine, voilà. En ce moment, je travaille avec le réseau des alliances françaises des Pays-Bas sur ce projet où je reprends justement ces mots français qui sont utilisés en néerlandais mais pas avec le même sens, c’est-à-dire toujours un petit peu décalé. Et c’est vrai qu’il y a beaucoup de choses. Qu’est-ce qu’on évoquait encore ?
Par exemple, « souterrain », pour nous, c’est plutôt un tunnel et pour eux, c’est un demi-sous-sol. Quand je discute avec mes amies néerlandaises, parfois elles me sortent un mot comme ça et je m’arrête et je dis « Attends, qu’est-ce que t’as dit ? » Nous, on ne l’utilise pas comme ça, mais je note. Il y a beaucoup de mots comme ça, oui. On a pu voir tes dessins sur un site de mariage, sur l’application Babel on l’a dit, on l’a dit également pour Courrier Expat, pour Evian également.
C’est drôle quand on fait un dessin comme ça chez soi, parce que je suppose que tu travailles de chez toi maintenant, de se retrouver en voyant ton œuvre un peu partout se diffuser, c’est un vrai moyen de communiquer le dessin. C’est un moyen, oui c’est sûr que, et je pense que c’est la force justement du dessin, c’est que, comment dire, pour communiquer quoi que ce soit, c’est tellement visuel que c’est l’idéal en fait, et c’est en fait grâce à ça que je peux vivre d’ailleurs. Non c’est chouette, et puis en fait les réseaux sociaux aujourd’hui sont une telle vitrine que C’est incroyable, j’ai même presque pas besoin de chercher des clients, ils voient passer mes dessins et ça leur donne des idées. C’est un moyen de communiquer des choses qui est vraiment très chouette.
Dernière chose sur ta vie à Amsterdam. C’est, on l’a dit, une ville très internationale, une ville où au final, on se rend compte que le français est très en décalage avec la culture hollandaise, le travail, les relations humaines par rapport à la France, qui a tendance à souvent ronchonner et se plaindre. Tu sens cette différence culturelle ? C’est vrai que pour un pays qui est aussi proche de la France, Il y a quand même pas mal de différences culturelles qui ne sont pas des grosses différences qu’on voit tout de suite d’emblée de jeu. Mais dans les toutes petites choses, par exemple, j’ai beaucoup dessiné sur le fait que le midi, dans les entreprises, de manière générale, les néerlandais, ils n’ont pas vraiment un vrai repas chaud le midi.
Ils vont grignoter une petite tartine sur le pouce, une tranche de pain avec une tranche de fromage ou du beurre de cacahuète avec un verre de lait. Et c’est vrai que nous, les Français, je le voyais dans mon entreprise, nous, on aime bien prendre une heure de pause, manger, parler en mangeant alors que c’est une demi-heure. Mais en contrepartie, ici, on finit le travail beaucoup plus tôt, donc à 17h30, tout le monde part. Et c’est vrai que ça permet d’avoir une vie quand même plus… Comment dire ?
Un bon équilibre entre la vie pro et la vie perso. C’est quelque chose qui est… Moi, j’étais à Paris juste avant de venir ici, donc c’est quelque chose que j’ai remarqué. Et puis, je sais pas, le simple fait de tout faire à vélo, C’est vrai que c’est la chose que les gens remarquent le plus quand ils viennent visiter Amsterdam et Ibad en général. Il y a beaucoup de petites différences comme ça qui ne sautent pas aux yeux d’anglais de jeu, mais qui sont là et qui sont hyper intéressantes.
Mais Clémentine, t’es très bien là-bas. Je suis très bien, pour l’instant. Découvrez ces dessins, c’est fabuleux, j’adore, c’est simple et efficace. D’ailleurs, tu m’as mis blablabla à côté de ton micro, comme si les animateurs, ils disaient des bêtises tout le temps. Et tout est efficace.
J’aime beaucoup. Merci d’avoir répondu à cette interview, Clémentine. Je te souhaite une belle journée à Amsterdam. A bientôt. A bientôt.
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