L’art de transformer les vies avec Invisible Cities de Zakia Moulaoui Guery

Avez-vous déjà envisagé comment un simple voyage peut transformer le cours de votre vie ?

Dans cet épisode des Trophées des Français de l’étranger 2026 organisé par Lepetitjournal.com, La radio des Français dans le monde, partenaire média officiel vous invite à explorer un parcours inspirant à travers le témoignage de Zakia Moulaoui Guery, une Française dont le parcours de vie a été profondément influencé par ses expériences internationales. Comment une jeune fille de Saint-Étienne a-t-elle réussi à se frayer un chemin vers l’international et à créer un impact significatif dans une autre culture? Préparez-vous à être inspiré par cette aventure humaine et professionnelle.

Notre invitée, Zakia Moulaoui Guery, a grandi dans une famille modeste à Saint-Étienne. Sa passion pour la langue anglaise et sa détermination l’ont conduite à participer à un programme d’échange à Londres, où elle a étudié au prestigieux lycée français Charles de Gaulle. Après avoir obtenu son baccalauréat, elle a poursuivi ses études en France avant de s’installer en Écosse, où elle a découvert une nouvelle culture et une ville dont elle est tombée amoureuse. Aujourd’hui, Zakia est la fondatrice d’Invisible Cities, une initiative qui offre des opportunités aux personnes en situation de précarité à travers des visites guidées uniques.

Dans cet épisode, nous plongeons dans le parcours de Zakia, depuis ses débuts à Londres jusqu’à la création d’Invisible Cities à Édimbourg. Zakia partage comment son expérience dans l’événementiel et son engagement social l’ont menée à concevoir ce projet novateur qui redonne dignité et emploi aux personnes marginalisées. Invisible Cities propose des visites guidées qui permettent aux visiteurs de découvrir les villes sous un angle différent, tout en offrant une voix et une plateforme à ceux que la société a souvent négligés. À travers son témoignage, Zakia nous montre comment le tourisme peut être un vecteur de changement social et de compréhension interculturelle. Zakia gagne le Trophée « Coup de Coeur » des Français de l’étranger 2026 organisé par Lepetitjournal et remis par le Ministère de l’Europe & des Affaires Etrangères.

https://invisible-cities.org/

Transcription IA du podcast :

Bienvenue dans 10 minutes, le podcast des Français dans le monde, pour aider tous ceux qui se préparent ou qui vivent de près ou de loin la mobilité internationale. Je suis Gautier Sey, c’est dans le cadre du partenariat avec les Trophées des Français de l’étranger. J’ai le plaisir de recevoir Zakia Malawi-Guerry, direction l’Ecosse. 10 minutes, 10 minutes. Le podcast des Français dans le monde.
Je vous emmène dans la deuxième ville la plus touristique du Royaume-Uni, et pourtant, je n’y vais pas très souvent. C’est l’Écosse, où on va retrouver Zakia, qui a retrouvé sa voix après la cérémonie des trophées. Là, le coup de froid des climatisations des aéroports. Bonjour, Zakia. Bonjour, Gauthier.
Comment ça va? Oui, c’est ça, l’avion, le voyage, rester tard un peu aussi, la célébration, tout ça, ça n’a pas été sympa pour ma gorge et pour ma voix, mais voilà, ça va mieux. Tu as raflé le prix coup de cœur remis par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères lors de cette cérémonie au Quai d’Orsay organisée par Le Petit Journal. Monter sur cette salle avec tous ses officiels, faire toutes ces photos, répondre aux interviews. C’est quoi le souvenir qui te reste quelques jours plus tard?
C’est une chance et un joli moment aussi. J’avais deux amis avec moi, donc c’est aussi l’occasion de partager ça avec eux, des gens qui voient ça au quotidien. Et puis oui, de prendre un petit moment, un petit peu en dehors du temps, d’être à Paris, c’est spécial. Après, c’est pour ça que le retour à la vie est un peu difficile, mais non, c’était magique. Alors on va commencer par le début, Zakia.
Toi, tu es originaire de Saint-Etienne, dans une famille assez modeste, où le quotidien n’est pas toujours très facile. Tu as la sensation que c’est grâce à l’école que tu vas pouvoir t’élever dans la société. Et notamment grâce à la langue anglaise, tu te dis que tu participerais bien à ce programme d’échange qui te permet d’aller dans une famille d’accueil et dans un lycée français, direction Londres. Tu es toute jeune. Ta maman a dû te voir partir en disant, mais pourquoi pars-tu?
Pourquoi me laisses-tu seule? C’est ça, c’était le gros drama. Mais bon, elle a compris aussi. Et puis c’est elle surtout qui a instauré le fait de travailler à l’école et de faire du mieux qu’on pouvait. Donc, je pense qu’elle était fière aussi.
Mais c’est vrai que c’était un moment difficile. Mais c’était aussi une aventure extraordinaire qui n’aurait pas été possible sans ce programme, cette bourse, cette organisation de pouvoir partir dans un lycée comme le lycée français Charles de Gaulle à Londres, meilleur lycée français du monde, je crois, toujours. Du moins ça l’était quand moi j’y étais. Donc un super établissement aussi et puis d’habiter dans une ville comme Londres qui est quand même bien différent de Saint-Etienne. Donc c’était une expérience incroyable pour moi à 17 ans et puis de faire ma terminale bac L à Londres où j’ai eu mon bac.
Ça a sans doute changé la destinée de ta vie. C’est ça, ça m’a donné le goût au voyage déjà, à l’expatriation aussi. Ce n’était plus quelque chose que je voyais soit à la télé, soit dans les livres. Je suis revenue complètement bilingue aussi, parce que j’ai eu la chance d’avoir une famille d’accueil où c’était une seule personne et on se faisait un point d’honneur à parler tous les jours, etc. Donc, je suis revenue encore plus indépendante que j’étais partie.
Et puis ça m’a donné envie de continuer dans cette lancée-là de langue et de voyage surtout. Alors tu vas revenir rapidement en France pour terminer tes études à l’université Jean Monnet. Tu vas être un peu prof d’anglais, mais l’envie d’international va te gratter. Après la licence en 2008, tu pars en Écosse. Assistante de français, tu débarques à Edimbourg.
Alors pour toi, Edimbourg, on est en 2008. Il faut se rappeler qu’Internet n’est pas aussi présent qu’aujourd’hui. Edimbourg, à ce moment-là, tu t’imagines quoi? Et quand tu débarques, est-ce que ça correspond à ce que tu avais imaginé? Alors je suis partie avec zéro attente, ni vision, ni rien du tout parce que c’est pas une destination que j’ai choisie moi personnellement.
J’avais un professeur à l’université qui m’a suggéré très très fortement de partir à Edimbourg. Ils connaissaient mon parcours, ils savaient que j’avais déjà passé du temps à Londres, ils savaient qu’ils me connaissaient aussi au niveau de mes études, etc. Donc, j’ai un peu fait confiance sur ça et j’avais une amie à moi, qui depuis est toujours mon amie aussi, Lucie, qui est partie avec moi. Et donc, ces deux éléments-là, c’est plutôt ce qui m’a fait aller vers Edinburgh. Après, en arrivant ici, c’est vrai que je suis tombée complètement amoureuse de la ville.
C’est une ville qui est magique. Pour ceux qui ne sont jamais venus, je vous le recommande très fortement et je suis sûre à 100% que si vous y êtes venus, c’est ce que diront les gens. C’est une ville médiévale. Tu sors de la gare, il y a le château, les murs, etc. C’est vraiment Harry Potter dans une ville ou Disney pour les adultes, peut-être, je ne sais pas.
Et depuis tout ce temps, c’est vrai qu’à chaque fois, j’ai toujours ce wow dans les yeux à chaque fois que je suis dans le centre-ville. Mais ce qui m’a plu, c’est aussi l’accueil des Écossais, le fait que ce soit une ville qui soit assez petite finalement pour une capitale. En même temps, c’est une capitale, donc on a accès à la culture, à tout ça. C’est le meilleur de tous les mondes, vraiment. Et il n’y a pas un seul truc, peut-être la météo.
Peut-être un peu gris, un peu plus vieux. C’est pas une légende, c’est vrai que c’est pas non seulement la météo, mais c’est vrai qu’en hiver à trois heures, il fait nuit noire. Ça, bon, si on pouvait changer, je dirais on change. Le reste, c’est ça va. Le réchauffement climatique va faire son oeuvre.
Ne t’inquiète pas, Zakia. Oui, c’est vrai, c’est vrai. On voit la différence depuis quelques années. Évidemment, on a ces images de ce beau château qui domine la ville, qui abrite les joyaux de la couronne d’Ecosse, de beaux quartiers, l’âme du Royaume-Uni comme la musique. Il y a tout un imaginaire qui porte autour.
Et puis, il y a une relation spéciale entre la France et l’Écosse en particulier aussi, où il y a une culture écossaise différente de la culture britannique, attention, mais avec cette fierté d’être écossais. Et c’est vrai qu’à chaque fois que je dis que je viens de Sainte-Étienne ou à Sainte-Étienne, quand je dis que j’habite en Écosse, on me dit la Coupe du monde 98. On a eu des écossais qui sont venus. Ils étaient tellement gentils et ils étaient tellement rigolos. Mais il y a cet amour entre la France et l’Écosse qui reste vraiment, vraiment.
Et puis cette envie de toute façon, si vous êtes ici, vous êtes l’un des nôtres, bienvenue, on partage tout. Vraiment, ce n’est pas une légende, c’est vraiment ce qu’on vit tout le temps. Et c’est vrai qu’il fait bon vivre ici malgré la météo. Alors en parlant de Coupe du Monde, on va parler d’une autre Coupe du Monde. Tu vas là-bas faire quelques métiers dans l’enseignement, des petits boulots et travailler dans l’événementiel pour la Coupe du Monde des Sans-Abris qui a lieu en 2011.
Il cherchait une francophone puisque ça avait lieu à Paris à ce moment-là. Tu vas te mettre à travailler donc pour ce projet. Tu peux nous rappeler un petit peu? C’est un événement social et solidaire? C’est ça, c’est un événement, donc une coupe du monde, comme son nom l’indique.
Mais la particularité, c’est que tous les joueurs sont des gens qui ont été ou qui sont en précarité, donc soit qui ont été à la rue, en foyer, en prison, qui sont réfugiés peut-être, etc. Donc qui, par le foot, en fait, créent un lien social et une sorte de tremplin vers d’autres opportunités. Et tu vas rentrer à Edimbourg avec une idée, travailler notamment avec les sans-abri mais pas sur le sujet du sport, sur le sujet des guides urbains. Tu te dis que ça pourrait fonctionner et puis tu vas lancer le projet sur Edimbourg, ça s’appelle Invisible Cities. Et puis les choses vont bien se passer pour toi, il va y avoir deux ans après trois villes qui vont mettre en place ces guides, aujourd’hui huit, avec comme objectif d’en avoir cette année dix.
Raconte-moi un peu cette idée d’Invisible Cities. C’est vrai que mon expérience dans l’événementiel, d’organiser tout ça à l’international, ça m’a fait beaucoup voyager. J’étais tout le temps en vadrouille et je rencontrais tout le temps plein de gens qui me racontaient leur histoire de précarité ou de guerre ou de peu importe, mais surtout leurs histoires de comment ils utilisaient le football, leurs rêves, leurs ambitions et tout ça. Et à chaque fois que je revenais, Il y avait une envie ou une attente des gens autour de moi d’écouter et d’entendre ces histoires. On me disait alors tu as rencontré qui, comment ça se passe, etc.
Donc je me suis toujours dit qu’il y avait un pouvoir à avoir, il y avait quelque chose à faire avec ce storytelling, ces histoires à raconter. Et puis, c’est vrai que je voulais aider les gens qui étaient dans ces situations-là sans vraiment faire de l’urgence, c’est-à-dire sans fournir de l’hébergement ou de la nourriture ou des vêtements. Il y a d’autres assos qui font ça très, très bien. Donc, ce n’était pas l’idée de les remplacer. Et les tours, en fait, surtout dans une ville comme Edimbourg, où j’ai commencé, c’est vraiment un outil, c’est une excuse, en fait, pour avoir une rencontre avec quelqu’un qui est complètement différent de ce qu’on pourrait rencontrer lors de nos voyages ou dans notre vie quotidienne, et de partager un moment, et puis voilà, de créer un peu cet espace où on peut se raconter nos vies et ce qui se passe, et puis de casser aussi les stéréotypes qui peuvent exister sur la précarité ou la vie dans la rue.
Si on me demande, on me demandait toujours quand j’étais plus jeune alors mais est-ce que c’est est-ce que c’est safe pour toi t’es sûr que tu es en sécurité etc alors que j’ai jamais eu aucun problème en plus de dix ans de carrière mais c’est vrai qu’il y a un peu cette ce stéréotype là et on veut casser tout ça à travers des tours et puis les tours c’est aussi un outil économique on vend des tours donc dans une ville touristique et grâce au tourisme au voyage on fournit de l’emploi et des opportunités aux gens donc c’est ça l’idée d’Invisible City c’est de de donner un emploi, de ramener une dignité aux gens qui ont eu des moments pas faciles, et puis de donner cette opportunité aux voyageurs de faire des tours, un tourisme un peu différent que le tourisme en masse qu’on peut voir dans certaines villes à travers le monde. Et donner une voix, une dignité, un rôle actif à ceux que la société a souvent mis de côté, ce qui représente aujourd’hui plus de 200 personnes, 200 guides formés, 44 emplois créés, c’est ça? C’est ça. Alors après, on forme beaucoup plus de gens que l’on emploie parce que tout le monde n’est pas prêt à avoir un travail. La vie fait qu’il y a plein de trucs qui se passent aussi.
Les gens ne restent pas guides tout le temps avec nous. L’idée, c’est aussi d’être un tremplin vers d’autres opportunités. En ce moment, on a 22 guides, mais on a 44 personnes qui sont autour de nous, que ce soit dans l’équipe, derrière un ordinateur ou qui nous aident sur des périodes plus courtes. et l’idée c’est de continuer et de continuer à offrir les formations au plus grand nombre de personnes possible dans plus de villes possibles aussi et de montrer que le tourisme peut changer un peu les perceptions et peut être fait différemment. Est-ce que Zakia, la lycéenne à Saint-Etienne, imaginez être chef d’entreprise dans un autre pays que le sien et recevoir un prix comme le prix coup de cœur du Petit Journal?
Ah non, ça c’est clair que c’est non. Mais même il y a dix ans en commençant Invisible Cities, je ne me suis pas dit, tiens, je vais être chef d’entreprise, je vais lancer ma start-up. Je n’ai jamais vraiment eu cette idée-là. Je me suis dit, je sais organiser un événement, je pense maintenant. Un tour, c’est un peu comme un tout petit événement.
Et l’idée, c’était vraiment de voir où ça allait aller. comment ça allait grandir et puis peut-être le passer à un moment donné à un autre projet social plus grand et puis voir comment ça allait se faire. Et puis voilà, dix ans après, je suis toujours là, on est toujours là, on a grandi. Et c’est vrai que c’est cette idée, moi ce que j’aime, ce qui me plaît le plus, c’est cette collaboration. cette visibilité et les gens, surtout quand c’est un projet social, solidaire, coup de cœur comme le Trophée, d’ailleurs les gens se l’approprient un peu et puis il y a plein de trucs qui peuvent se passer qu’on n’aurait pas du tout vu.
Donc c’est vrai que c’est quand même une histoire qui est un peu folle et si ma maman était toujours là, elle dirait on ne l’avait pas vu venir celle-là, mais on savait, on a toujours su que que l’on pouvait faire de grandes choses. Mais c’est vrai que c’est un peu cet esprit de collaboration qui fait que j’en suis arrivée là. Merci beaucoup pour ce témoignage et bravo à toi. Merci beaucoup.

__________________________________________________
Podcast n°2684 (mars 2026)

Français dans le Monde (FDLM): le média de la mobilité internationale
Radios & podcasts disponibles partout, cherchez « FRANCAIS DANS LE MONDE »
Installez l’APP pour votre mobile
www.fdlm.fr

Podcasts à ne pas louper !