Singapour à travers les yeux de Julie Moulin

Avez-vous déjà envisagé comment une expatriation pourrait transformer votre vie ?

Dans cet épisode de La radio des Français dans le monde à ne pas louper, Gauthier Seys nous emmène à Singapour pour une conversation inspirante avec Julie Moulin. Ensemble, ils explorent les défis et les récompenses d’une vie à l’étranger, tout en découvrant comment Julie a su surmonter des obstacles personnels et professionnels pour trouver une nouvelle voie.

Julie Moulin, notre invitée, est une écrivaine passionnée par la Russie, où elle a souvent voyagé et vécu. Diplômée de Sciences Po, elle a développé une fascination pour la culture et la langue russes, bien qu’elle ait finalement choisi de s’installer à Singapour avec sa famille. Après avoir vécu à Londres et New York, elle a suivi son conjoint en Asie, où elle a su transformer une épreuve de santé en une opportunité de réinvention personnelle et professionnelle.

L’épisode se concentre sur le parcours de Julie, de son arrivée à Singapour en pleine pandémie à sa lutte contre des problèmes de mobilité. Elle partage comment la lecture et l’écriture l’ont aidée à traverser cette période difficile, menant à la création de son podcast Marcher entre les lignes. Ce projet lui a permis de redécouvrir Singapour à travers la littérature locale et de partager ses découvertes avec un public plus large. Julie aborde également son dernier livre, L’insulation, et discute de l’impact de l’expatriation sur sa vie et celle de sa famille, alors qu’ils s’apprêtent à retourner à Genève.

Le podcast :
https://podcasts.apple.com/fr/podcast/marcher-entre-les-lignes-%C3%A0-singapour/id1746857740
Le livre :
https://www.editions-marchaisse.fr/catalogue-linsulation.html

Transcription IA du podcast :

Voici un nouveau podcast inspirant à découvrir sur Français dans le Monde, le média de la mobilité internationale. Je suis Gauthier Seyss et j’ai le plaisir de passer 10 minutes avec Julie Moulin, direction Singapour.
10 minutes. 10 minutes.
On va marcher entre les lignes avec notre invitée Julie dans un joli décor singapourien. Bonjour et bienvenue. Bonjour, merci Gauthier. Alors le micro, tu connais le podcast, tu connais, t’es peut-être moins à l’aise dans le fait d’être interviewée. Je suis moins à l’aise dans le fait d’être filmée.
On est filmé pour les raisons, on retrouvera quelques extraits de cette interview sur nos réseaux sociaux et le podcast restera en audio parce que quand même, la magie de la radio ou du podcast, c’est de pouvoir fermer les yeux et de se projeter. Je dis ça à quelqu’un de convaincu. En effet. Alors, avant d’expliquer ton parcours, retour sur la naissance à Paris, les études à Sciences Po et une passion pour la Russie. Tu ne sais pas vraiment pourquoi.
Il n’y a pas d’explication rationnelle à tout ça, mais ça devient la deuxième langue vivante pour toi. Pas mal d’aller-retour dans ce pays. Tu vas adorer la Russie, son histoire, son architecture, sa gastronomie, peut-être. Gastronomie. Oui, les palmenites et les sernikis, c’est vrai.
D’ailleurs, j’en ai cuisiné même à Singapour. J’avais trouvé une petite épicerie russe. Alors pourquoi Singapour et pas la Russie? Ça, c’est l’histoire, c’est le parcours, c’est l’amour même, peut-être un peu. Ça, c’est le parcours d’une vie.
Mais c’est vrai que tu aurais pu t’établir là-bas. Tu vas travailler depuis Genève et faire beaucoup de voyages en Russie. Évidemment, la Russie, depuis quelques années, avec l’entrée en guerre en Ukraine, ça a changé les lignes, même si beaucoup de nos auditeurs sont aujourd’hui sur ce territoire. Il y a beaucoup de francophones, beaucoup de francophiles. Il y a une vraie passion pour la langue française en Russie.
Oui, en effet. Alors moi, j’étais accueillie par une famille qui était francophile et qui parlait français. Donc oui, il y avait une incohérence des deux côtés. Moscou est une capitale assez impressionnante. Moscou est une capitale impressionnante.
Aujourd’hui, c’est une vitrine de la Russie qui est un petit peu fausse puisque le reste de la Russie ne ressemble pas à Moscou. D’ailleurs, il y a un d’âge connu qui dit que Moscou n’est pas la Russie. Moi, quand j’ai connu Moscou, elle était beaucoup plus brute et il fallait connaître les Russes pour connaître Moscou. On ne pouvait pas s’arrêter à la surface des choses. Mais quand on est sur la Place Rouge, on ressent l’histoire quand même.
Surtout aujourd’hui, si on a fait un défilé du 9 mai. Oui, je ne sais pas si je remettrai les pieds un jour à Moscou. Alors, on va parler de ton aventure internationale. Avec ton conjoint, vous allez connaître Londres, New York. Tout ça pour dire qu’un jour, ton homme a une proposition de job à Singapour.
À ce moment-là, vous avez trois enfants et vous vous dites tous les deux que ce serait bien que les enfants connaissent l’aventure de l’international. Vous vous dites que ce serait important pour eux, pour leur expérience, pour leur parcours de connaître l’expatriation. Oui, peut-être parce que nous, on avait eu la bougeotte et qu’on avait beaucoup voyagé. Et comme tu l’as dit, on avait passé quelques temps à New York, à Londres. Moi, je faisais beaucoup, beaucoup d’aller-retour entre la France et la Russie.
Je considérais à cette époque la Russie comme mon vrai pays. Ensuite, on a vécu à la frontière avec la Suisse. On avait un peu une jambe de chaque côté et on s’est dit que nos enfants gagnerait à découvrir d’autres cultures qu’à leur être exposées à d’autres cultures. Notre aîné étant déjà adolescent, il était comme une urgence, il était temps de repartir quelque part avec eux, sinon on ne le ferait plus. Et puis Singapour a été l’opportunité qui s’est présentée.
Alors, il s’avère que vous allez arriver là-bas en août 2020. Petit rembobinage, on est en pleine pandémie. Résultat, la première chose que vous allez découvrir à Singapour, c’est une quarantaine. Vous allez passer 15 jours à 5 dans une chambre d’hôtel. Et quand on en a parlé en préparant cette interview, c’est pour toi un de tes meilleurs souvenirs.
Oui, ça paraît étrange comme ça de se dire qu’on est heureux enfermés, mais ça restera vraiment un des meilleurs souvenirs, en tout cas le souvenir le plus intense de notre séjour à Singapour. Ça a été vraiment un moment privilégié ensemble, sauf pour ma fille du milieu qui a un peu craqué au bout de dix jours. Bon, ça, ça peut se comprendre. Alors, sept mois après votre arrivée, on va découvrir des lésions nerveuses. Tu vas te retrouver dans une situation de santé extrêmement périlleuse.
Voilà, tu es face à l’immobilité. Oui, longtemps alitée, plusieurs fois opérée à l’hôpital, avec la possibilité de me déplacer un peu avec des taxis et surtout, je ne pouvais pas m’asseoir. J’avais besoin d’être allongée, donc même quand j’allais rendre visite à des gens, je m’allongeais, j’allais au restaurant allongée. Et forcément, c’est très difficile de perdre sa mobilité avec beaucoup d’incertitudes, sans savoir ce que j’aurais récupéré ou non. Une incertitude qui se combinait à celle de l’époque, puisqu’on était en pleine pandémie, avec des mesures de distanciation qui changeaient, les frontières qui fermaient, qui ne s’ouvraient pas.
Tout était assez mélangé. Les mois vont passer, tu vas retrouver une mobilité, notamment grâce à une championne de badminton, il faut que tu me racontes. Oui, ça c’est très récent. D’après, j’ai réussi à m’asseoir davantage, j’ai réussi à marcher un peu plus, disons une demi-heure, à retrouver une vie quotidienne assez normale. Mais quand même, j’étais bien gênée au niveau de ma jambe gauche qui se paralyse à l’effort.
Et j’ai rencontré, via l’outil, la championne d’Europe de Parabellington, Milena Suro. qui porte des orthèses externes pour jouer au badminton. Autrement elle est en fauteuil roulant, mais sur le terrain elle est debout avec ses orthèses. Donc je l’ai contacté pour me demander ce que c’était que ces orthèses. Le fabricant de ces orthèses est québécois et il a acheminé à Singapour un modèle que j’ai pu essayer pendant 15 jours, qui me facilite vraiment la vie parce que je peux marcher maintenant presque une heure.
Et donc, le joli compte de paix, c’est qu’ils m’ont offert cette orthèse. Pour moi, c’est quelque chose de très important, évidemment, puisque ça touche à ma vie, mais quand on se bat comme ça pour récupérer ses moyens et qu’on est toujours dans une forme de lutte, quand tout d’un coup, quelque chose nous est donné sans qu’on ait véritablement cherché, Certes, je l’avais contacté sur LinkedIn, j’avais posé des questions, etc. Mais vraiment, quand il y a eu cette annonce qu’on m’offrait leur thèse, ça. A été une grande nouvelle. C’était assez incroyable.
Julie, pendant toute cette période, l’écriture va être un moteur, la lecture, une occupation. Alors, tu m’expliquais que ce n’était pas facile. Tu ne pouvais pas être raciste, tu ne pouvais pas non plus vraiment être allongé. Tu as dû inventer un peu, mais en tout cas, l’évasion, les promenades, tu les faisais à travers la lecture et notamment la lecture d’auteurs de Singapour. En effet, j’ai un ami ici qui m’a d’abord conseillé de lire un recueil de nouvelles d’une autrice singapourienne et en lisant, j’ai eu l’impression de retourner en ville.
C’est-à-dire que je n’étais plus dans mon lit ou sur mon canapé dans le salon au 20e étage de mon immeuble. J’étais à nouveau chez les gens, surtout que c’est un recueil de nouvelles. Chaque nouvelle me faisait rentrer dans une famille différente. Singapour est multiculturel, multiconfessionnel. Les Singapouriens sont de différentes cultures et de confessions, mais en plus il y a énormément de populations étrangères.
Tout ça est un grand brassage et à chaque fois je rentrais dans une famille différente et surtout j’étais au cœur des préoccupations des Singapouriens. C’est différent d’aller visiter un quartier et d’en apprendre ce qui est très intéressant sur l’histoire du pays. avec des Singapouriens. Et donc je me suis dit, de toute façon, pour connaître un pays, il faut connaître sa littérature. D’ailleurs, la Russie, que je connais vraiment très bien, je pense que je la connais bien, non seulement parce que j’y suis beaucoup allée et que j’ai vécu avec des Russes, mais aussi parce que j’ai beaucoup, beaucoup lu d’auteurs russes.
Un jour, il va y avoir une rencontre. Il s’avère qu’on a un point commun, puisque moi aussi, je l’ai rencontré. Il s’appelle Vincent. Il va t’inciter à travailler autour du domaine du podcast. Pour la petite histoire, Vincent pilote le studio Nomade, qui s’est occupé de l’intégralité de l’habillage de la radio des Français dans le monde.
Tout ce que vous entendez, tous les jingles, le top horaire, l’info, le tapis qu’on vient d’entendre. Tout ça, c’est signé Vincent. Et lui va te dire, parle. Fais un podcast et c’est ainsi que va naître Marcher entre les lignes. Tu m’as carrément dit que ça a été pour toi une renaissance.
Oui, parce que justement, je me servis à marcher entre les lignes, c’est le cas de le dire, puisque en parcourant les pages de livres d’auteurs singapouriens, je me remettais à marcher dans Singapour. Et avec le podcast, je pouvais le partager et je n’étais pas seule à lire et à faire ces découvertes. Je pouvais les communiquer à plein de monde. Et puis, j’ai appris grâce à Vincent, à poser ma voix, utiliser un logiciel de montage. Et ce qui devait être une formation unique et la construction d’un épisode s’est transformé en la création d’un podcast avec aujourd’hui 13 épisodes.
Près de 10 000 téléchargements, 13 épisodes en effet. On peut donc marcher entre les lignes, découvrir Singapour, son histoire, sa culture et se promener avec toi. C’est un peu comme moi avec la radio, une sorte de voyage immobile. Oui, je dis souvent que c’est un voyage immobile parce que beaucoup de gens me disent qu’on l’écoute en marchant ou en faisant notre jogging, mais beaucoup d’autres personnes l’écoutent à l’arrêt. D’ailleurs, je pense que le mixage sonore de Vincent étant tellement bon, j’encourage tout le monde à marcher entre les lignes au calme avec un casque chez soi pour pouvoir effectivement entendre tous les effets sonores, toutes les créations musicales de Vincent derrière.
Et puis, comme moi, je suis quand même beaucoup plus mobile qu’avant, mais je reste beaucoup plus immobile que la moyenne des gens. C’était important pour moi de continuer à faire voyager et à faire se mouvoir juste par la voix. Chaque épisode est en fait la rencontre d’un auteur et d’une oeuvre, mais j’explore à chaque fois un lieu en particulier de Singapour. et un aspect culturel. Il y a vraiment l’idée de voyage et c’est là qu’on se rend compte que Singapour, tout petit, est très très riche et passionnante.
Alors la passion pour l’écriture que tu avais déjà plus jeune, ton premier roman, tu l’as sorti en 2016, ça s’appelait Jupes et Pantalon, nous amène jusqu’à aujourd’hui une autre actualité puisque tu viens également de sortir un nouveau livre. Oui, L’insulation, Nouvelle de Singapour aux éditions Thierry Marchès. C’est mon troisième livre. Juppe et Pantalon est sorti en 2016, puis Damavoy qui se passe en Russie, lui, est sorti en 2019. L’insulation est inspirée, c’est pas un roman, c’est un recueil de nouvelles sur 15 textes inspirés par Singapour.
Ce ne sont pas des nouvelles sur Singapour, parce que je transforme et je métamorphose Singapour, mais c’est inspiré d’événements ou de vignettes que j’ai vues de tableaux à Singapour. J’en dis pas plus. Le lien pour en savoir plus est disponible dans l’escriptif de ce podcast. Julie, on arrive à la fin de ce podcast. Vous allez vous aussi arriver à la fin de votre expérience singapourienne, puisque vous allez rentrer prochainement cet été à Genève.
Les enfants ont grandi. Le plus âgé, c’est déjà un petit expat qui fait ses études à Montréal. Ça va être la même chose pour tout le monde. Vous avez donné le virus, ça y est? Oui, c’est le risque.
En effet, on ne sait pas où sera notre fille qui passe son bac cette année ou elle partira l’année prochaine. Nous, on retourne vivre à Genève avec notre La suite, c’est la vie qui me dira. Et est-ce que tu vas marcher entre les lignes de la littérature européenne, par exemple, pour la suite? Tu as une petite idée comment tu vas faire vivre le projet? Je ne sais pas du tout.
Je ne sais pas encore. La bonne nouvelle Julie, c’est que tu seras obligée de revenir pour nous raconter. Un grand merci pour nous avoir raconté ce parcours qui a été en même temps sans doute parfois extrêmement pénible et qui t’a changé. Aujourd’hui, tu es une nouvelle Julie. Forcément.
Je pense que déjà, quand on part en expatriation, on est changé. Et en plus, effectivement, j’ai dû traverser plusieurs deuils, dont celui de ma mobilité. On doit renaître après ça et en tout cas devenir quelqu’un d’autre. Son identité est forcément métamorphosée. D’ailleurs, si j’écris un livre sur les métamorphoses, c’est sans défense là aussi.
Voilà. Merci Julie.

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Podcast n°2652 (février 2026)

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