Direction l’atelier québécois d’Isabelle Frot

Avez-vous déjà envisagé de tout quitter pour commencer une nouvelle vie à l’étranger ?

Dans cet épisode, nous plongeons dans l’histoire fascinante d’Isabelle Frot, une artiste peintre qui a fait le choix audacieux de quitter la France pour s’établir au Québec. Elle nous raconte son parcours, depuis son départ de Paris jusqu’à son installation dans la région de Québec, en passant par les défis et les découvertes qui ont jalonné son chemin. Isabelle partage ses réflexions sur le choix de s’intégrer pleinement à la culture québécoise, évitant de se cantonner à la communauté française expatriée, et nous invite à réfléchir sur les différences culturelles entre la France et le Canada.

Isabelle Frot est une artiste accomplie, formée aux Beaux-Arts de Versailles, avec une carrière riche en expériences variées. Avant de s’installer au Québec, elle a fondé une école de dessin à Paris, démontrant son sens entrepreneurial et sa passion pour l’enseignement. Au fil des années, elle a su s’adapter à son nouvel environnement, donnant des cours particuliers et animant des ateliers pour des publics diversifiés, notamment des personnes âgées et des jeunes en situation de handicap. Sa carrière artistique est marquée par une grande sensibilité et un engagement profond envers son art, qu’elle continue de développer tout en vivant au Canada.

L’épisode explore en profondeur le parcours d’Isabelle, sa transition vers la vie au Québec, et les choix artistiques qui ont accompagné son voyage. Elle évoque ses diverses séries de peintures, notamment celles sur les chevaux et les hominidés, et partage son désir de renouer avec le monde des expositions après une période personnelle difficile. Isabelle nous invite à découvrir son univers artistique et ses projets futurs, notamment son ambition d’exposer ses œuvres en France. À travers son récit, elle nous offre un aperçu inspirant de la résilience et de la passion qui animent son parcours de vie et de création.

https://isabelle9057.wixsite.com/isabellefrot

Transcription IA du podcast : 

Et je vais me rendre dans l’atelier d’artiste d’Isabelle au sein de son condo. J’ai appris ce que c’était qu’un condo grâce à toi. Bonjour, bienvenue Isabelle. Bonjour Gauthier, enchantée. Alors un condo, c’est un appartement en copropriété.
C’est ça, parce que j’ai vécu plusieurs années dans une maison où j’avais mon atelier en sous-sol et un très grand espace. Mais au fil des années, on était un petit peu tannés de faire le déneigement. C’est-à-dire que le déneigement ici, c’est quand même une affaire sérieuse. Quand vous avez un mètre de neige dans le jardin, l’allée qu’il faut faire déneiger en tracteur, plus le toit qu’il faut aussi faire déneiger une fois par an. À un moment donné, on se dit bon, ça y est, ça suffit.
La part, c’est plus tranquille. En dos, le déménagement est organisé globalement. Alors tu es à Saint-Augustin, c’est collé à Québec, entre la ville et la nature. C’est un des atouts que tu aimes beaucoup, d’autant que tu es une ancienne parisienne. Là, si tu veux, tu pars dans les grands espaces.
C’est ça. Moi, j’ai vécu à Paris jusqu’à l’âge de 40 ans. J’ai fait mes études au Beaux-Arts de Versailles pour avoir une formation académique. J’ai étudié également le graphisme à Maître de Pédingaine. Et puis, j’ai passé une maîtrise d’art plastique à Paris 8.
Donc tout ça, ça m’a donné une solide formation artistique, mais en ville. Puis à un moment donné, j’ai eu envie d’autre chose que juste la ville, les transports, le train, etc., le stress. Alors j’avoue qu’à un moment donné, j’avais pensé peut-être aller déménager en province. Ça aurait été un autre choix. Oui, c’était peut-être plus simple que d’aller de l’autre côté du monde.
Oui, mais en même temps, je me suis dit pourquoi pas. D’abord, j’ai toujours été attirée par les voyages. En parallèle à mes études d’art, j’avais passé un BTS de tourisme, donc c’était bien la preuve que j’étais intéressée par le voyage d’une manière générale. Et puis j’étais très attirée par l’Amérique du Nord. Je me suis décidée déjà dans un premier temps à faire une demande pour les États-Unis, mais là c’était quand même assez complexe avec la carte verte.
Je m’étais heurtée à ce système de loterie de carte verte, ça n’avait pas fonctionné. Donc après je me suis dit qu’à côté des États-Unis on a le Canada. Le Québec, parce qu’il y a un accord France-Québec. J’ai fait le saut définitif en 2007, après un petit voyage quand même dans les années 90, mais vraiment en 2007. Et puis là, ça s’est fait quand même assez rapidement.
Le processus d’émigration s’est fait en deux ans. le temps de faire les démarches, de s’installer. Je précise qu’aujourd’hui c’est beaucoup plus difficile, beaucoup plus long, donc je mets un peu une petite mise en garde parce que j’ai entendu dire qu’il y avait beaucoup de publicités du gouvernement du Québec en France pour émigrer. Or, maintenant, il faut savoir que ça prend 5 à 10 ans, en moyenne, pour suivre le processus d’émigration et qu’actuellement, il y a des milliers et des milliers de Français qui sont coincés au Québec, qui ont leur visa expirée, qui ne peuvent pas rentrer. Donc, il ne faut pas rêver.
Nous, on a eu de la chance. On est arrivés en 2007, on est citoyens canadiens et on est bien ancrés dans la vie québécoise. Alors justement, quand t’arrives, tu décides d’éviter de traîner de trop avec les Français, les maudits Français, comme on dit. Ce n’est pas une expression très cool, en fait, en vrai, quand on parle de ces Français un peu hautains. C’est ça, c’est à dire que ça vient un peu, il faut comprendre aussi dans l’histoire du Québec qu’ils ont toujours été dominés par les anglophones et qu’il a fallu se battre pour défendre la langue française.
Alors quand ils ont vu dans les années 60 arriver beaucoup de journalistes français de France, qui ont pris un peu le monopole de la radio, de la télé, puis qui parlaient avec des accents français. Donc ça, ça ne va pas forcément plus. Puis quand on voit des expats, c’est une différence entre immigrés et expats. Moi, je suis immigré, j’ai fait mon choix de vivre, mais il y a les expats qui viennent pour deux, trois ans et qui repartent. Donc moi, je ne voulais pas être assimilé aux expats parce que je pense que pour bien comprendre une culture, il faut la vivre de l’intérieur.
C’est un peu extrême. Mais j’ai bien mis dix ans avant de parler à d’autres Français. Je leur faisais la gueule, mais je ne les cherchais pas. Tu ne cherchais pas à voir les Français? Maintenant, ça ne me dérange pas.
Je sais qui je suis, mais pour me faire accepter, j’ai pris une partie de ne fréquenter que des Québécois. Tu ne voulais pas voir ce qu’on appelait les Français du plateau? Non, les Français du plateau, disons que c’est le quartier de Montréal où tous les Français se retrouvent. Donc, je n’ai pas l’intérêt de quitter la France. Moi, j’habitais Paris.
Quitter Paris pour me retrouver à Montréal, une autre grande ville entre Français. Non, j’ai plutôt fait le choix de vivre en dehors de la ville. En 19 ans, j’ai déménagé plusieurs fois. J’ai d’abord vécu sur la rive sud de Montréal. Ensuite, de là, je suis allée en estrie.
Là, c’était vraiment la vie à la campagne, mais c’était peut-être trop isolé. Surtout pour les études de ma fille, là, c’était un petit peu difficile. Donc, on est revenu sur Québec. Puis, Québec, c’est bien. C’est 900 000 habitants.
Donc, c’est quand même une grande ville. C’est la capitale provinciale. Donc, c’est là où vous avez toutes les administrations, les ministères et tout ça. Mais en même temps, c’est une ville à échelle humaine. Moi, je suis en banlieue, je suis en 20 minutes au château Frontenac dans le Vieux-Québec.
J’aille n’importe où à Québec, j’ai 30 minutes de route, donc c’est quand même assez agréable. Et puis de l’autre côté, à 20 minutes, je suis dans la forêt. Ma grande passion, à part la peinture, ce sont les chevaux, donc je fais des randonnées à cheval dans la neige. 20 minutes de Québec, c’est quand même extraordinaire. Mais Isabelle, tu es là depuis presque 20 ans, on en parlait en préparant cette interview, tu n’as pas l’accent.
Alors tu me dis qu’à Québec, il y a moins l’accent qu’à Montréal. Mais cela dit, je trouve que tu n’as pas pris du tout d’expression tout ça. Je trouve que Montréal, il y a un accent qui est plus traînant, je dirais pas anglais parce que là, ils. Vont tomber une chaise. Ils vont me trucider si je dis qu’ils ont un accent anglais à Montréal.
Mais par exemple, un mot simple comme « arrête ». Un montréalais, il va dire « arrête ». Puis un Québécois de Québec va dire « arrête ». Donc je trouve que l’accent est plus proche de l’accent français ici à Québec. Mais ça dépend des régions, si vous allez en Gaspésie.
Ça va être encore autre chose. Inversement, 20 ans loin de la France, malheureusement ces dernières années quand tu rentrais c’était pour un enterrement, t’as dû rentrer pour les décès de tes parents. Venir vivre en France aujourd’hui, tu te poses la. Question de savoir si t’y arriverais. Non, je ne pense pas.
Je ne pense pas. La dernière fois que je suis allée, c’était en 2022. Ça dépend parce que je suis allée sur Paris et j’ai trouvé qu’il y avait quand même pas mal d’agressivité. Et puis, je suis allée voir mon frère qui habitait à l’époque à Toulouse et là, j’ai trouvé des gens beaucoup plus sympas. Ça dépend aussi où on va.
Absolument. C’Est comme partout dans le monde. Je me souviens arriver à l’aéroport de Roissy, il y a eu un bug pour acheter ma carte de transport, donc je me suis fait incendier par la dame à l’accueil. Bref, c’est parce que je ne sais pas ce qui se passait, ils ne voulaient pas ma carte de crédit canadienne. Bref, peu importe.
mais je me suis fait incendier. Ça, vous ne verrez jamais ça ici. Ici au Québec et au Canada, d’une manière générale, les Canadiens sont considérés comme gentils. On se moque d’eux des fois. Les Américains se moquent d’eux parce qu’ils trouvent qu’ils sont trop gentils.
C’est une façon d’être, une façon de vivre différente. On est beaucoup. Moins dans le stress et l’agressivité. On va maintenant parler de ton travail. Tu es artiste, peintre depuis quelques années maintenant, professeur également.
Tu donnes des cours. Tu as donné des cours particuliers, des cours en groupe. Tu avais même monté une école de dessin avec beaucoup d’élèves à Paris. Tu n’as pas voulu la recréer? C’était plus difficile.
En fait, c’est une question de choix. J’ai monté une école d’art. C’était un truc de fou. J’avais 24 ans. J’ai démarré direct.
Je me suis installée rue de Rome dans le 17e arrondissement. Puis j’avais un très grand appartement avec la moitié école, la moitié logement. Et ça marchait très bien, j’avais des profs qui travaillaient avec moi, on était une équipe de 5 enseignants, on est monté jusqu’à 300 élèves, c’était un truc de fou. Puis tout ça à la préhistoire, parce qu’on n’avait pas encore l’ordinateur, c’était la machine à écrire et puis tout à la main. Et ça marchait très bien.
Mais à un moment donné, je me suis trouvée dans une dynamique trop commerciale. Et moi, je voulais peindre. Alors, j’ai toujours réussi, quoi qu’il arrive, à maintenir une journée entière de peinture par semaine. Mais ce n’était pas assez pour moi. Je voulais me tourner plus vers la peinture.
Donc, j’ai décidé de réduire un petit peu. En fait, tout ça, ça s’est fait un peu en même temps avec le départ au Québec. Et là, j’ai commencé à donner des cours, mais je me suis plus orientée vers les cours particuliers. J’ai fait des choses assez différentes. J’ai fait des animations pour des personnes âgées en CHSLD.
Les CHSLD, c’est les EHPAD. Donc, j’ai fait des animations pour les personnes âgées. J’ai fait des animations artistiques aussi pour des jeunes en situation de handicap. C’était très enrichissant, mais très difficile, émotionnellement parlant, pour avoir le cœur bien accroché. Mais alors j’ai rencontré des gens extraordinaires.
J’avais un petit papi, les cheveux blancs, il arrivait, il me faisait un dessin d’enfant, il me prenait dans ses bras, « Isabelle, c’est pour. Toi ». J’ai vécu des moments très forts. Isabelle, on peut voir sur ton site internet, le lien est dans le descriptif, de très belles peintures de chevaux. Tu disais que c’était l’une de tes passions.
Tu as notamment écouté un podcast d’une autre francophone, qui était Elle Belge, Anouk, qui s’est établie pas très loin de Montréal. Donc maintenant, tu. Travailles en écoutant les podcasts de la radio. Voilà, c’est ça. J’aime bien écouter de la musique, des livres audio, des podcasts, parce que quelque part, ça me soutient dans ma.
Peinture. Donc voilà, je vous écoute en peignant. Et pour terminer, en 2027, l’un de tes rêves, c’est de venir pour une fois dans l’autre sens avec tes peintures exposées en France. Ça fait partie de tes projets de l’année? C’est ça.
Depuis trois ans, j’ai réduit un petit peu les expos. Je parlais de décès tout à l’heure. Je ne sais pas si c’est quelque chose de positif à dire, mais en même temps, oui, mon fils est décédé en 2023. Il avait 33 ans, cancer du cerveau. Ça a été épouvantable.
J’ai continué d’enseigner parce que je n’ai jamais arrêté. J’ai continué d’enseigner, j’ai continué de peindre, mais j’ai mis un stop sur les expositions. J’étais plus capable de rencontrer des gens. Là, aujourd’hui, avant le podcast, c’est très sympa, mais… Ça fait quand même quelque chose.
Parce que je sors d’une période sombre et noire. Et là, j’ai décidé de me réouvrir au monde. J’ai décidé de me relancer, de refaire des projets d’exposition que j’avais mis de côté depuis trois ans. et là c’est parti, donc je peins par séries, j’ai peint une série sur les chevaux, j’ai peint une série sur les anges, là c’est sûr que c’est quelque chose qui m’avait beaucoup influencé pendant la période de maladie de mon fils, à un moment donné j’ai peint un phénix qui renaît de ses cendres, c’était symbolique, c’était pour lui. Et là, maintenant, je ne sais pas, j’ai une idée qui me trotte en tête et ça fait des années que j’y pense, je suis en train de faire une série sur les hominidés, à savoir les hommes préhistoriques, en comparaison avec les hommes modernes.
Alors, j’ai fait Toumaï, j’ai fait Lucie, là je suis sur Homo habilis, après j’enchaîne sur Homo erectus, etc. Donc, je suis sur cette série-là. En fait, pour moi, c’est un peu chercher l’origine de l’homme et puis comprendre où on va. Puis j’ai envie de montrer ça. Et je pense que je.
Vais aller le montrer à Paris l’année prochaine. Pour ton retour dans la lumière, Isabelle, merci d’avoir choisi la radio des Français dans le Monde. Si tu veux un nouveau Erectus qui pose, je peux le faire pour toi. Il n’y a pas de problème. D’autant que si mes informations sont bonnes.
Quand tu avais 13 ans, tu étais à l’école de Beaux-Arts de Versailles et tu peignais déjà des modèles vivants, des monsieurs tout nus. T’As dû avoir une autorisation parentale à l’époque. C’est ça! Oui, oui, j’ai oublié de le signaler tout à l’heure. J’ai commencé mes tout premiers cours de dessin à l’école des Beaux-Arts de Versailles à 13 ans et demi.
Et mes parents ont dû signer une autorisation pour que je puisse voir des modèles nus, des fois que ça m’aurait perturbée. Mais. Je pense qu’aujourd’hui, ça ne serait plus possible. Je pense que si tu fais une peinture de moi nue, tu risques d’être perturbée aussi, c’est moi qui te le dis. Isabelle, merci beaucoup d’être venue sur le thème de la radio, de t’être dévoilée et de nous avoir offert un petit bout de Canada, toi qui maintenant.
Est établi là-bas depuis près de 20 ans. À bientôt, merci beaucoup. 

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Podcast n°2637 (janvier 2026)

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